La 3e circo du Gard, épisode 2 : la division, à droite aussi

Le renoncement du député sortant devrait lui profiter, et pourtant la droite se donne toutes les chances de perdre cette troisième circonscription du Gard. En cause : les divisions entre Les Républicains et l’UDI, symbole d’une fracture qui est au moins autant géographique que partisane.

Patricia Garnero (UDI) et Muriel Dherbecourt (LR) © Thierry Allard / Objectif Gard Patricia Garnero (UDI) et Muriel Dherbecourt (LR) © Thierry Allard / Objectif Gard
Pour l’instant, et probablement jusqu’au bout, deux femmes se disputeront le leadership à droite sur la troisième circonscription. 

Deux femmes, deux partis, deux territoires

Première à dégainer, la première adjointe au maire de Saint-Etienne-des-Sorts Patricia Garnero, pour l’UDI. Elue d’une petite commune de 500 habitants située au nord de la circonscription, cette centriste tendance juppéiste a vu depuis la première adjointe de Castillon-du-Gard et conseillère départementale du canton de Redessan Muriel Dherbecourt être investie par les Républicains. Castillon-du-Gard, à 40 kilomètres de Saint-Etienne-des-Sorts, à l’autre bout de la circonscription. 

Une investiture que Muriel Dherbecourt a obtenu au détriment du deuxième adjoint au maire de Villeneuve, Xavier Belleville. Référent LR sur la troisième circonscription, premier candidat déclaré à l’investiture, il s’est heurté à la décision de son parti d’investir une femme sur la circonscription. Sur le terrain, cette décision a été interprétée comme une victoire de Nîmes sur Villeneuve, place-forte historique de la droite sur la circonscription. C’est en tout cas une candidate issue d’un canton intégrant une partie de la métropole nîmoise et une petite partie seulement de la troisième circonscription, loin des bassins de vie de Bagnols et Villeneuve, les deux principales communes.

A Bagnols, on est loin de tout ça : les Républicains ne sont plus au pouvoir depuis l’élection du socialiste Jean-Christian Rey à la mairie en 2008, et leur influence s’est réduite à peau de chagrin, tant dans la ville-centre qu’à Laudun-l’Ardoise. Entretemps, le leadership à droite a été repris par l’UDI, qui avait notamment obtenu l’investiture unique sur le canton de Bagnols lors des départementales de 2015, via le binôme composé du conseiller municipal d’opposition bagnolais Claude Roux et de… Patricia Garnero. 

Un binôme qui n’avait pas réussi à profiter des divisions de la gauche, le sortant Alexandre Pissas (PS) ayant dû affronter un binôme issu de la mairie de Bagnols, fruit de son inimitié tenace avec Jean-Christian Rey, et un binôme Front de Gauche. Arrivé deuxième loin derrière le FN au premier tour, Alexandre Pissas sera finalement réélu et l’UDI sortie, certes de peu, dès le premier tour. Une défaite que les centristes attribueront aux divisions à droite sur le canton, accusant à mots pas toujours couverts certains poids-lourds de la droite locale, très (très) discrets durant la campagne, d’avoir choisi Pissas ou a minima d’avoir sciemment fait perdre le centre.

L’UDI revancharde

Naturellement, une certaine méfiance s’est installée au centre depuis cet épisode, et Claude Roux a quitté le groupe emmené par le LR Serge Rouquairol au conseil municipal de Bagnols. Malgré la mise sur pied d’une association censée rassembler les forces de la droite et du centre dans le Gard Rhodanien, force est de reconnaître que la situation ne s’est pas vraiment arrangée. Reste que dans le marasme ambiant dans lequel la droite est engluée depuis près de dix ans sur le nord de la circonscription, l’UDI semble toujours aujourd’hui en position de force. 

En position de force, et revancharde : depuis deux décennies, la droite dans le Gard rhodanien est dominée par le sud de la circonscription. Solidement implanté dans son fief de Villeneuve, le maire Jean-Marc Roubaud, député de 2002 à 2012, peut compter sur un canton dont les principales communes (Villeneuve, Les Angles, Rochefort-du-Gard) sont chez LR. Seulement voilà : défait en 2012, devenu depuis président de l’agglomération du Grand Avignon, il n’a jamais envisagé de repartir en 2017. L’UDI bagnolaise y a donc vu sa chance, et a très vite regardé d’un mauvais oeil les velléités de Xavier Belleville, signe pour elle de la continuation de la domination villeneuvoise. Au lieu de cela, et Bagnols et Villeneuve se retrouvent face à ce qui ressemble à une reprise en main des Nîmois. 

Des Nîmois qu’on retrouve aujourd’hui dans le jusqu’au-boutisme de la candidature UDI : la première circonscription, où la situation entre LR et UDI s’est de nouveau tendue ces dernières semaines, est clairement évoquée à Bagnols où la remise en cause par LR du deal réservant la circonscription Nîmoise à l’UDI ne passe pas. De quoi crisper un peu plus les centristes bagnolais, fatigués de n’être qu’une roue de secours des Républicains et décidés cette fois-ci à ne pas s’effacer. C’est que l’enjeu pour eux dépasse le simple clivage avec la droite : il s’agit aussi d’exister dans un paysage politique en pleine recomposition, où les positions centristes sont préemptées par le mouvement d’Emmanuel Macron En Marche, surtout depuis le ralliement de François Bayrou. 

 

(Re)lire l'épisode 1 ici.

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