Dans un univers économique dominé par le chômage de masse on est tout surpris parfois d'apprendre des nouvelles inconvenantes.
Jugez en plutôt l'entreprise :"Jaidespartsdanslamondialisation" vient de révéler hier que son usine qui fabrique de la colle à amiante surcompressée ne trouve pas de personnel d'exécution . Malgré les dix mille offres d'emplois qu'elle a adressées ses derniers jours aux différentes intervenants dans le domaine, ces propositions sont restées lettres mortes, et ce malgré le fait que Pole (dés) Emploi et les différentes agences d'intérim aient passé des milliers de coups de téléphone pour susciter des vocations !
Les offres ^proposées ont beau ne pas requérir de grandes qualifications, puisqu'il suffit de contrôler des chaines automatiques de fabrication, le travail ne semble pas convenir à cette main d'oeuvre pourtant pléthorique qui semble ne pas vouloir se contenter des 700 euros par mois que leur offre l'entreprise pour un travail à mi temps !
Il est vrai que la société n'engage que des employés à temps partiel pour ne pas soumettre les personnels à des conditions de travail trop pénibles une journée entière et que la faiblesse du salaire n'est compensée dans les meilleurs cas qu'une fois sur deux !
Il est vrai aussi que l'entreprise elle même se trouve à 50 kilomètres du premier bassin d'emploi, du fait des risques de pollution qu'elle fait courir au voisinage , nécessitant du même coup la possession d'un véhicule pour s'y rendre et en revenir, en fonction d'horaires décalés très contraignants. Et il est non moins vrai que, même s'ils sont sous contrôle, les risques industriels déjà répertoriés ne sont pas négligeables !
Oui mais que diable, me direz vous courroucé : ce sont des emplois ! des vrais ! et au moins les gens qui les occuperont ne seront plus des chômeurs, des "assistés" !
Eh oui, on entendra ce genre de discours qui fait flores dans les catégories sociales les plus protégées : "ce pied à l'étrier permettra peut être à certains de trouver un emploi durable et à plein temps "- diront ainsi les bonnes consciences !
Comment mieux dire, en effet : "que l'emploi appelle l'emploi" ?
Peut être, en vous révélant si vous ne l'avez déjà deviné que l'entreprise "Jaidespartsdanslamondialisation" n'existe évidemment pas, ou tout au moins qu'elle n'existe pas sous cette appellation.
Mais en vous alertant aussi sur le fait que nombre de nos compatriotes se contenteraient bien d'une résorption du chômage par une baisse massive du coût du travail ! Non contents pour beaucoup d'entre eux d'avoir été les complices d'une disparition quasi totale des emplois peu qualifiés les français trouveraient tout à fait normal aujourd'hui de recouvrer la possibilité de constituer une caste de domestiques taillables et corvéables à merci, sans se poser la question de leurs conditions de vie ! La baisse des charges sociales sur les bas salaires, les "emplois trucs" les "emplois machins" ne sont que les derniers avatars d'une lutte désespérée pour obtenir la reconstitution de ces groupes sociaux que l'on croyait disparus !
Et d''ailleurs : si l'entreprise Jaidespartsdanslamondialisation existait, que donnerait elle à faire aujourd'hui à ses employés et surtout qui nous garantirait qu'elle engagerait sur ces postes des gens effectivement sans diplômes, ni qualifications précises ?
Car voilà bien l'autre travers de notre société : désemparés par la situation de l'emploi, nombre de nos compatriotes acceptent aujourd'hui "le travail à tout prix", et ce prix c'est non seulement l'abaissement des prétentions salariales des intéressés, mais c'est surtout leur déqualification durable, (déqualification que nous payons tous bien sûr). Ainsi fait non seulement les plus qualifiés perdent ils leurs matières tandis que les moins dotés sont définitivement exclus du jeu économique !
Quand donc la problématique du chômage sera t'elle abordée sous ces aspects là, dénoncée, et facturée de bon droit aux entreprises qui se servent sur le marché humain au meilleur prix ? Gageons que si l'entreprise "j'aidespartsdanslamondialisation" existait, il faudrait aussi lui faire prendre conscience des coûts sociaux qu'engendre sa politique et la mettre à contribution ! Et d'ailleurs, puisque nous avons tous, plus ou moins, des parts dans la mondialisation, pouvons nous fermer les yeux sur le sort de ceux qui en sont les victimes ?
Il est faux de dire qu'on peut changer d'emploi, se reformer, se réformer tout au long de sa vie, bien souvent ce processus n'est que l'apanage de ceux qui ont reçu la meilleure formation initiale (les autres...). Alors cessons de ne regarder que le verre plein, celui de notre avantage à acquérir toujours moins cher et interrogeons nous aussi un peu sur les "coûts cachés" de nos attitudes de nos choix politiques et surtout là : économiques ! "Pas cher c'est toujours trop cher" disait ma grand mère, et en tant que consommatrice avertie elle savait de quoi elle parlait.
Alors, à moins de décider définitivement de vivre dans une société duale et d'accepter de côtoyer la misère à espace régulier, pouvons nous abdiquer aux grands groupes économiques nos responsabilités citoyennes ? Notre responsabilité de consommateur n'est elle pas aussi en cause, et si oui : n'est il pas temps pour nous de cesser de nous comporter en gamins trop gâtés et inconséquents ?
Nous pouvons sans doute faire quelque chose...