N'empêche

Vous avez vu, vous ? Ou mieux encore avez été comme moi, victime d’hallucinations ? Je ne sais pas, mais en tout cas ce qui est certain c’est que quelque chose d’extraordinaire s’est produit ces derniers mois, quelque chose qui ressemblait à un reniement en rase campagne de toutes les « vérités » qu’on semblait nous assener depuis près de trente ans !

 Oui nous avons assisté à quelque chose qui, après le sentiment de sucré qu’il laissait dans la bouche, fait soudain ressortir une lourde amertume qui a encore du mal à passer !

Aller, je ne devrais pas autant bouder mon plaisir et tout à ma joie je devrais ici même me féliciter de ces derniers mois qui ont sonné pour moi comme autant de noël chaque jour ! Oui je devrais oser le dire sans complexe que le covid a été pour mes finances une excellente, une merveilleuse affaire, et pourtant je ne suis ni médecin, ni pharmacien, ni même inventeur de médicament miracle. Loin de pleurer dans mon coin, sur la perte de mon petit commerce, je devrais me sentir pousser des ailes et m’écrier avec une joie aussi indécente qu’insolente : « Hourra ! »

De là à dire : « vive le … » je ne suis pas un monstre tout de même !

Mais justement c’est précisément parce que je ne suis pas un monstre que je ne peux m’empêcher de me poser certaines questions, à commencer par celle qui concerne l’attitude de notre Exécutif : Avez-vous vu comme, moi, E Macron mais aussi tous les membres de son gouvernement changer leur fusil d’épaule et affirmer désormais que la question des déficits publics devait passer au second plan, et qu’il nous fallait vaincre le virus : « quoi qu’il en coûte » ?

Avez-vous vu et surtout perçu avec quelle prévenance notre gouvernement s’est attaché à nous protéger en garantissant nos salaires et revenus pendant plusieurs mois, et surtout, surtout, avez-vous vu, comme moi, « l’argent hélicoptère » couler à flots, comme si les chèques pouvaient s’imprimer à l’infini et que les billets de banques à peine secs pouvaient déjà être dépensés ?

Alors même qu’on nous a présenté la crise du covid comme un élément majeur de déstabilisation de nos sociétés, celle-ci a été sans aucun doute aucun, l’occasion pour nombre de petits malins d’enregistrer des gains substantiels grâce à des marchés devenus pour le coup totalement irrationnels.

Bref si pour beaucoup la crise du Covid a constitué un désastre elle a été pour d’autres l’occasion de se remplir les poches à bon compte ….Et pour l’Etat de se réimposer au centre du jeu économique, ce qui ne manque pas là aussi de m’interpeler !

Eh quoi, vous ne vous souvenez pas ?

« je suis à la tête d’un Etat en Faillite », nous disait un certain Premier il y a quelques années pour justifier le resserrement de ceinture qu’il était obligé de nous infliger ! On était là, parait -il, en pleine rigueur budgétaire et il était impossible de dépenser plus.

Mais…

Vous avez raison l’antienne n’était pas de lui, déjà la gauche de gouvernement s’était pliée à cette fameuse rigueur budgétaire, et s’il était facile à ce personnage politique de parler de rigueur, c’était parce que depuis 1983 ce mot s’était imposé avec force !

Juré promis on n’irait plus flirter du côté du Keynesianisme, on détesterait à tout jamais l’intervention de l’Etat, et on marcherait de toutes nos forces vers un libéralisme libérateur et salvateur pour notre pays . On privatiserait à 100% pour ne plus que l’Etat vienne souiller (par son intervention malsaine) les entreprises privées, et seul le marché serait apte à réguler l’offre et la demande ! Laisser faire, laisser agir, laisser privatiser…Laisser licencier surtout

Et là soudain, patatra ! On s’aperçoit qu’on peut dépenser encore, qu’ON DOIT DEPENSER ENCORE ! MIEUX QU’ON DOIT DEPENSER SANS COMPTER, et quoi qu’il en coute !

Mais alors pourquoi a-t-on sacrifié toute une jeunesse au temple de la rentabilité et des privatisations ? Pourquoi avons-nous systématiquement détruit nos emplois industriels pour les laisser se délocaliser en Inde ou en Chine, au risque d’accélérer aussi « le Libre échange » des pandémies ?

Peut-être que le temps des comptes a sonné et que nos cadres de tous poils doivent s’interroger sur la société « défaillante » qu’ils nous laissent. Au fond s’ils ont été les « Grands Timoniers » de notre « Nouveau Monde » peut-être que le temps est venu pour eux de faire leur autocritique.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.