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Billet de blog 3 juillet 2024

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J'avoue : j'ai perçu le RMI

J'espère que vous me pardonnerez ma faute, ma très grande faute : oui j'ai perçu le RMI, vous savez l'ancêtre du RSA...Et j'ai nagé dans le bonheur...

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Bah voilà vous savez tout  : j'ai, un jour béni, perçu le RMI (revenu minimum d'insertion) !

C'est vrai que j'avais un peu honte quand j'ai fait mon dossier, et puis j'avais aussi un peu peur ! Il faut dire que quelque mois plus tôt j'avais dû faire ouvrir des droits pour ma soeur et je me voyais déjà fusillé du regard par tous ces employés de mairie qui pensaient : "il va encore nous faire..." 

Décidément on doit avoir à faire à une famille de...

Faut dire qu'aux yeux de ces gens là j'étais un gosse de riche et que si, pensaient ils, j'avais relevé mes manches j'aurais trouvé du travail dans la minute...

Ils avaient sans doute raison, il était bien possible que dans la famille il y ait un grand nombre de gens désaxés, mais en ce qui me concernait c'était précisément à cause de ces difficultés que je demandais à bénéficier du revenu minimum !

J'avais beau travailler, lorsque j'ai appris que je devais subir une grave opération qui me laisserait sur le carreau plusieurs mois durant,  la sécurité sociale m'a assuré que je n'aurais aucun droit aux congés maladie ! En effet, enchainant les petits contrats à durée déterminée, j'étais incapable de démontrer que durant ma période de convalescence je devrais effectivement être au travail...si l'opération n'avait pas eu lieu...

Donc pas de congès maladie, pas plus que de salaire évidemment, le RMI était donc la seule solution pour ne pas sombrer...

L'opération a eu lieu quelques jours seulement après ma demande auprès de la CAF

Pendant plus de deux mois je n'ai pas touché terre (pas plus que de revenus d'ailleurs...). Je me levais parfois pour manger et..re-dormir a nouveau, alors que mon cerveau se remettait très lentement à l'endroit. On m'avait d'ailleurs prévenu : "vous monsieur, les prochains mois c'est chaise longue et activité réduite...pas plus de deux heures par jour !"

Recommençant à toucher terre, j'ai pris le premier boulot venu, et miracle j'ai perçu un peu plus du Smic. Ainsi la situation a t-elle duré trois long mois, trois mois dans le bruit, l'agitation permanente, et parfois même les caisses de fruits et légumes à sortir, si bien qu'une de mes connaissances m'a dit : "tu ne devrais pas plutôt te reposer ?"

Avec quoi l'aurais je fait ? Plus de deux mois après avoir créé mon dossier RMI, je n'avais aucune nouvelle et si j'avais du payé un loyer j'aurais sans doute fini à la rue...et convalescent !

J'ai reçu en même temps mes premiers salaires, et mon premier RMI accompagné d'une demande de déclaration de ressource que j'ai évidemment remplie sans oublier de mentionner mes périodes de travail sur les trois derniers mois.

"- monsieur nous avons constaté lors de nos derniers relevés que vous avez travaillé les mois précédents et que vous avez dépassé le seuil au delà duquel vous pouvez bénéficier du RMI, en conséquence nous vous le supprimons !" signé C.A.F.

J'ai travaillé un long mois encore, et un jour, brutalement on m'a appris que mon contrat n'avait pas été renouvelé et que je n'avais plus rien à faire dans le magasin ! 

De retour à l'ANPE, j'ai été félicité par mon conseiller pour avoir tenu si longtemps dans des conditions de travail difficiles, mais celui ci m'a signalé aussitôt que je n'avais pas assez travaillé à ses yeux pour m'ouvrir des droits au chômage ! 

En fin de compte, j'avais travaillé trois mois pour un revenu assez proche du SMIC, perdu mes droits à la sécurité sociale gratuite, ce qui m'obligeait à souscrire à une mutuelle, et je ne pouvais même plus prétendre au RMI...Je suis resté sans ressource pendant un an, et sans mes parents je ne serais même plus là pour écrire ces lignes !

J'ai entendu dire que parmi les précaires, nombre d'entre eux ne demandaient pas le RSA. Serait ce par hasard parce qu'ils ont bien conscience d'être dans des situations inextricables qui produisent chez eux un fort phénomène de rejet ? Serait ce aussi, par hasard, parce qu'ils sont passés par le type d'expérience que j'ai décrite plus haut et qu'ils en sont sortis encore un peu plus abimés ? 

Je ne sais pas, mais en revanche ce que me suggère mon expérience personnelle, c'est que si l'on veut effectivement que les gens retournent vers le travail, il faut que le travail paie, et surtout surtout que cet effort parfois difficile, s'accompagne en toute circonstance d'une sécurisation des ressources inconditionnelle ! 

Retourner vers l'emploi est aussi un risque pour celui qui entame cette longue marche. il est temps qu'on s'en rende compte et qu'on accompagne réellement les plus en difficulté, surtout, surtout si l'on veut effectivement lutter, par tous les moyens, contre la désespérance sociale et ces conséquences !

N'est ce pas Emmanuel ?  

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