Intouchables ?

Tous ceux qui me suivent savent combien j'aime à souligner les ambigüités de notre société, et çà tombe bien parce que ce soir justement, TF1 (vous savez la chaine qu'on a donnée à F Bouygues) propose le film "intouchable". Un modèle de fossé entre le discours et les actes en matière de handicap.

Je n'ai que rarement rapproché les deux notions jusqu''à ce jour mais il se trouve que le titre même du film recouvre déjà deux "définitions" antagonistes : l'intouchable en Inde c'est le membre sale de la société indienne, c'est celui qui de génération en génération est voué par nature aux basses oeuvres et à une condition pauvre voir misérable ! L'intouchable dans le règne des sectes, c'est ce qui est impur, indigne, c'est ce qui est voué par nature à l'indignité !

Jusqu'à la vous me direz que la notion française n'est pas très éloignée de ce qu'elle recouvre en Inde. Chez nous aussi les intouchables ce sont un peu ces gens que l'on ne regarde plus et que l'on ose pas frôler de la main tant on peut penser qu'ils sont déjà porteurs des maladies les plus infâmes. Et dans ce contexte, l'association d'un noir de banlieue repris de justice et d'un tétraplégique pourrait effectivement entrer dans ce cadre et laisser entendre que "nos intouchables"  à nous ce sont les handicapés et les personnes appartenant aux "minorités visibles" coupable de surcroit des pires horreurs.

Oui seulement voilà, le parti pris du film vise à faire de ces deux "intouchables" des personnages que le "handicap" va rendre plus fort, intouchable justement dans la mesure où, finalement ils n'ont plus rien à perdre et vont atteindre l'inateignable !

La romance est belle d'un certain coté, et surtout elle est d'une certaine manière enthousiasmante. On se demande d'ailleurs pourquoi à la suite de ce film, il n'y a pas eu une envolée massive des vocations de garde malade ! L'aventure d'Omar SY et de               nous emmène ainsi dans un tourbillon dont beaucoup de contemporains aimeraient être les acteurs. Sauf que, sauf que dans cette histoire il y a au moins deux autres personnages, jamais cités mais omniprésents : la force physique d'Omar SY et son humour, et surtout, surtout l'Argent, l'Argent qui ouvre bien des portes et qui surtout fait tourner bien des têtes ! 

Pour sûr qu'Omar Sy au volant de la Testarosa de son "protecteur protégé" éprouve des sensations de puissance et d'envie qu'il n'aurait jamais perçues dans sa lointaine banlieue et sans doute que les "maigres avantages" que lui concède son mentor ont de quoi le retenir et le rendre raisonnable ! L'argent que j'vous dis ! Rien d'autre...

S'il n'y avait pas l'argent en fond de tableau, l'aventure aurait elle eu lieu ? Omar aurait il, comme il le fait : porté, lavé, bichonné son protégé ? 

Honnêtement j'en doute et à voir le peu de cas que la population française fait du handicap, de son accompagnement, et de son intégration dans la société, j'ai bien l'impression que cette histoire d'intouchable ne vaut que par son caractère par trop exceptionnel. Si le millionnaire n'avait pas été en mesure combler le handicap social d'Omar Sy, l'aventure se serait arrêtée à la première toilette !

Et voilà bien le problème : tant les accompagnants, que les aides a domicile, tous ces gens là restent bien mal traités par nos systèmes. Par ailleurs, il existe bien peu de choses pour faire en sorte que les accompagnants ou les handicapés, eux mêmes, ne soient pas plongés dans la pauvreté, sinon parfois dans la misère !Et on voudrait tant que cela cesse : surtout quand le handicap reste tapis dans l'ombre et ajoute à la misère matérielle  la honte sociale et l'isolement ! Le handicap, loin de devenir une belle histoire, pourrait alors devenir quand même : une histoire tout court, banale, presque invisible, mais tellement humaine !

Certes on n'en ferait peut être pas des films, mais çà pourrait bien multiplier les p'tis bonheurs, et rendre le sourire aux petites gens,  dans la mesure où, effectivement nous serions amenés à changer notre regard sur le (les) handicap et rendre à ceux qui en sont comme interdits une dignité qui n'aurait jamais dû leur être disputée !

 

   

 

 

 

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