le faux débat des retraites

Vous avez vu qu'on cherche à relancer un débat d'hier et d'avant hier : celui des retraites ?

Il parait qu'il n'y a pas de sous et que nos systèmes sont au bord du gouffre : à bon ?

Mais allez, faut quand même être un peu sérieux :  depuis 2002 au moins, on nous sort la même chose : " y a pas d'sous !"

Mais alors comment fait on depuis 2002, nous n'avons pas de sous, mais nous continuons, vaille que vaille à verser des retraites ! Et mieux encore nous n'avons toujours pas reposé ces questions d'une meilleure prise en compte des petites retraites et des conséquences du chômage sur le montant des pensions !

Alors à quoi çà sert encore et encore de brandir le chiffon rouge des retraites, comme s'il fallait, à espace régulier, fixer la contestation sociale ?

Et d'ailleurs l'urgence sociale n'est pas au niveau des retraites et les retraités dieu merci sont plutôt bien traités dans leur ensemble, on affirme même que certains d'entre eux ont "une rente" supérieure au salaire moyen et que dans l'ensemble la catégorie des jeunes retraités serait la catégorie d'âge la plus à l'aise financièrement parlant, au point d'ailleurs d'aider généreusement les actifs actuels à s'en sortir un peu mieux alors...

Je sais, il y a des pauvres parmi ces retraités, des gens qui perçoivent à peine plus de huit cents euros par mois !

Oui, mais qui parle d'eux justement ?

Personne, ou peut être si, Notre Président, qu'on voit se pencher avec un peu d'humanité sur le sort de ce pauvre monsieur qui crie famine parce que notre système social, indigne, et infiniment couteux, condamne les plus pauvres à finir leur vie encore plus pauvre à la retraite ! un comble !

25% du PIB serait, dit on, consacré au paiement des pensions et pourtant le système des retraites récuse l'idée d'une retraite universelle et digne pour tous les cotisants ! Autrement dit, l'un des systèmes de solidarité les plus couteux au monde échoue dans sa mission première qui devrait être "d'abolir la pauvreté" !

Ici donc devrait se situer LA Réforme des retraites !

Alors que le système prive une partie non négligeable de jeunes gens de possibilité d'insertion (du fait du cout des charges sociales uniquement calculées sur le travail) le système des retraites devrait garantir aux "moins chanceux" au "moins talentueux" diront certains, un droit inconditionnel à une fin de vie digne et en ligne avec l'ensemble des autres catégories de retraités !

On en est loin aujourd'hui, et malheureusement salariés et retraités bien installés passent le phénomène sous silence, voir le justifie au nom d'une légitimation de l'effort tout à fait hors de propos.

Ce faisant ils font une erreur fondamentale : en justifiant la présence de retraités pauvres dans notre pays (au nom d'un système de cotisation sociale injuste), ils ouvrent la voie à une paupérisation de plus en plus importante de ce qu'il faudra bien demain réapprendre à appeler : "les vieux" !

Autrement dit en fixant le débat social sur le seul thème des retraites, les gouvernements successifs ont trouvé la parade à toute contestation sociale radicale !

Ils ont agité le chiffon rouge des retraites, et nous en avons oublié que le débat social devait avant tout se situer, sur le travail, les conditions auxquelles on y accède, et la dignité qu'il devait impérativement garantir ! Alors que nos têtes pensantes du syndicalisme ont axé leur combat sur la fin de vie professionnelle, ils sont tombés dans le piège qui les conduit à accepter qu'aujourd'hui un jeune sur quatre est au chômage, et condamné de ce fait à travailler bien au delà des 65 ans qui semblent poser problème !

Comment se sont arrangés les partenaires sociaux et le gouvernement pour nous enfermer dans ce débat sans fond, et pourquoi refusons nous d'en sortir ?

Peut être qu'à ce stade il faudra un jour poser aussi la question de la responsabilité des syndicats qui ne sont peut être pas totalement étrangers à la déroute qui s'annonce ! Si dans les années qui viennent il faudra travailler au delà de soixante cinq ans, ce n'est pas en raison de la balance démographique déficitaire, mais plutôt en raison du fait que depuis une trentaine d'années on refuse au chômeurs les plus fragiles le simple droit à une vie digne.

Il n'y a pas de lien entre la cause et l'effet me direz vous !

Si vous pensez comme celà c'est que vous n'avez jamais entendu les biens pensants et les parvenus traiter les chômeurs de parasites et justifier par là même le durcissement de la politique sociale à leur encontre.

Aujourd'hui le chômeur est un paria pour tous ceux qui ont su "traverser la rue", alors même qu'il ne représente que cinq millions d'individus. Comment pouvez vous croire dés lors qu'il en sera différemment demain pour les retraités en "sur nombre", alors même que les causes profondes des deux phénomènes auront été les mêmes ?

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