Vers une grève des cotisants ?

Qu'il y ait un problème retraite, c'est probable, seulement ce problème n'est ni une surprise ni surtout sans précédent. Le chômage des années 1980/2000 a constitué un élément annonciateur puissant, et pourtant...

L'assourdissant silence des partenaires sociaux et des gouvernements successifs sur le cas de ces "non retraités" qui ont vu leur droit réduits à peau de chagrin du fait de durée de cotisations insuffisantes a de quoi surprendre ! Gageons, donc, que le prochain problème social massif ne sera plus le chômage, mais précisément l'émergence d'une population retraitée pauvre, voir misérable (parce que tout le monde s'en fout) !

L'urgence sociale sera ainsi symbolisée par le retour de ces petits vieux qui peupleront les hospices et sans doute aussi les rues à la recherche d'une pauvre pitance qu'on ne leur accordera qu'avec parcimonie (j'en vois déjà qui font les poubelles) ! A voir la dureté avec laquelle on s'attaque aujourd'hui aux sans emploi, on est effectivement de plus en plus inquiet pour ces milliers (millions ?) de gens, qui, faute d'emploi, ne cotisent pas à une caisse quelconque et constituent une clientèle de choix pour madame Misère dans les années à venir !

Bien sûr, cette question n'est jamais abordée dans la mesure ou les gens les plus éloignés de l'emploi n'ont personne pour les représenter, mais tout semble fait dans notre système social "si ouvert" "si généreux" pour que les exclus de l'emploi aujourd'hui, soient aussi définitivement les parias de la retraite demain : Pauvre un jour, pauvre toujours !

L'affaire est juste et sans doute qu'on trouvera de nombreux contradicteurs pour affirmer que ces gens là n'ont que ce qu'ils méritent ! Et Mieux encore, il est très probable que Notre Président actuel adhèrera à cette idée d'une pension alignée à l'Euro prêt sur les cotisations ! Au fond dira t-on : "ils n'avaient qu'à"...

Reste que cette préoccupation devrait animer tous les esprits et pas seulement les plus menacés. L'affaire du chômage de masse hypothèque en effet massivement la légitimité des retraités dans la mesure où elle remet en cause la position de ces cotisants intermitants. Pour chaque euros gagnés en emploi, ces derniers cotisent en effet pleinement, au point que leur salaire net ne leur permet parfois même pas de vivre, mais ils savent déjà qu'ils ne sont que des salariés de seconde zone condamnés dés leurs 20 ans à mourir au travail ! 

Le danger dans ces conditions est de voir une catégorie croissante de : " à quoi bon ?" émerger préférant le travail au noir ou l'inactivité, parce que le prix du travail légal est infiniment trop élevé (surtout au regard du coût des dépenses contraintes ) ! Pensez : 45 ans de cotisations (sans période de chômage ou d'exclusion ? ) qui pourra encore y prétendre dans quelques années : le vrai danger qui menace lourdement notre système de retraite n'est il pas plutôt du côté de la population active qui comprend de plus en plus tôt qu'elle risque de voire son salaire amputé sans aucune garantie pour l'avenir ?

Cà parait peut être incensé comme çà, mais si rien n'est fait pour établir les bases d'un parachute minimum au profit des plus fragiles, c'est toute la structure sociale qui risque d'être remise en cause ! La rupture de convention entre les salariés pauvres et le système social, risque en effet de faire peu à peu tâche d'huile, mais surtout de donner de mauvaises idées aux entrants sur le marché du travail, ceux là même auxquels on va demander de financer le système ! Or si le système des retraites apparait plutôt comme un tonneau des Danaïdes auprès des plus pauvres ce sont des pans entiers de populations qui risquent d'aspirer à quitter une organisation qui ne leur promet rien de bon ! Ainsi si les cotisants les plus modestes commencent à comprendre qu'ils n'en auront jamais pour leur argent, ils risquent tout simplement de laisser ce dernier mourir à petit feu, préférant au combien un travail au noir qui leur promet au moins une perspective à court terme !

J'affirme donc  pour ma part que ce système ne fait que garantir les inégalités déjà installées, et qu'il risque de faire ressortir de plus en plus souvent de véritables drames humains au fur et à mesure que les générations chômage  vont faire valoir leur droit ! En fait en terme de désastre social, j'ai peur que l'on ait encore rien vu et que l'on s'achemine vers une guerre sociale de grande ampleur entre les ayants droits et les "ayants devoirs" ! On assisterait alors à un crash social sans précédent !

A moins, à moins bien sûr que la révolte future de ces "gueux prédestinés" ne finisse par embraser toute la société révélant ainsi les ruptures béantes déjà apparentes avec la crise des Gilets jaunes...

 

 

 

 

 

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