thierry caron

Abonné·e de Mediapart

431 Billets

1 Éditions

Billet de blog 10 septembre 2016

thierry caron

Abonné·e de Mediapart

barbarie : douce ?

thierry caron

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

On s'accorde bien souvent à admettre que nous avons civilisé notre monde et que "l'empire occidental" est devenu : un havre de paix et de prospérité, un modèle de civilisation indépassable !

Ceux qui me lisent ont déjà compris que je m'apprêtais à dénoncer cette vision idilique des choses et ils ont raison, mais ils ont raison au delà de ce qu'ils imaginent.

Notre monde n'est, en rien, plus civilisé, plus doux que ne l'ont été les mondes qui l'ont précédés. Il n'y a pas eu d'amélioration de l'humanité dans les pays industriels malgré ce que je continue de décrire comme un phénomène d'enrichissement permanent et massif ! Si nos pays, si notre pays est de plus en plus riche, de plus en plus prospère, en fait, il semble aussi qu'il soit de plus en plus égoïste, malsain, et confirmant en tout point le vieil adage de Thomas Hobbes selon lequel : "l'homme est un loup pour l'homme " ! Ainsi, malgré deux siècles d'une croissance vertigineuse (si on la compare aux siècles précédents) , ni la pauvreté, ni le mépris qu'elle suscite n'ont disparu !Pire, il s'est établit une telle compétition entre les hommes, je devrais dire entre les hommes et les femmes, qu'il n'est même plus besoin de la figure tutélaire du patron pour organiser à la fois : l'exploitation de l'homme par l'homme et (au sein même des pays riches) l'éviction des plus fragiles de la sphère économique et sociale !

Les SALARIES s'en chargent !

Oui, désormais les salariés, et encore une fois essentiellement ceux de la classe moyenne, organisent sciemment et sous le regard amusé du patronat (on le comprend) : la disparition ou tout au moins la mise à mort économique d'un nombre grandissant de personnes, jugées inutiles, dépassées, incultes, voir tout simplement trop jeunes ou trop vieilles, celles ci sont mises au rencard, au rebut de la vie économique et condamnées ( à bon droit ?) à une relégation définitive au nom même d'une salubrité publique qui n'ose pas s'exprimer à visage découvert !

C'est peu dire, en fait,  que sous le couvert de grandes intentions de fraternité, on assiste à un combat sans pitié entre perdant et gagnants de la mondialisation. Combat dans lequel, non seulement on met à mort le plus faible, mais chose nouvelle on lui fait porter la responsabilité de sa défaite ! Oui, dit-on, d'une manière ou d'une autre : ceux qui perdent sont trop faibles, trop feignants, ou mieux encore  complètement crétins ! Ressuçitant le loup de la fable de la Fontaine, les "moyens" justifient leur mépris et leur indifférence craçeuse à l'égard : de la misère, de la faiblesse intellectuelle, ou du handicap  par leur propre victoire qui consacre des années de luttes d'efforts et de combat justement ! Atteints d'une sorte d'aveuglement épouvantable, ils semblent subjugués par plus riche, mais paraissent autistes dés qu'on leur parle des plus faibles !

Pas de logement abordable ; pas d'aides sociales qui dissuade d'un travail (salvateur à leurs yeux) ; pas de faiblesse à l'encontre des tricheurs qui "odieusement, osent cumuler RSA et travail au noir. " Pensez : "ces derniers doivent sans doute gagner des millions, sur le dos des honnêtes travailleurs !" En fait il  en est  jusqu'au monde des retraités qui vivent pourtant, eux aussi, de la générosité du système par répartition, pour dénoncer ces gugus incapables vivants grâce à l'assistanat ! Oui, oui, l'assistanat dont nous parlait monsieur S il n'y a pas si longtemps !

C'est dire que la France n'a rien compris, que les français eux même restent incapables de saisir ce qui est en jeu !

L'aspirateur à misère est en route, le désastre social est en marche et s'il ne vous atteint pas (plus de la moitié des emplois peu ou pas qualifiés pourraient disparaitre dans les vingt prochaines années !), vous n'avez sans doute pas échappé à l'image de ces gens qui jonchent nos rues, ou qui vous assaillent à chaque station de métro pour demander de l'aide !

A ma grande honte je détourne trop souvent le regard, mais comment est il encore possible de rester indifférent au phénomène quand dans le même temps on fait le triste constat d'une croissance inexorable du chômage, et celle concomitante d'un nombre de travailleurs détachés dans les entreprises de travaux publics de terrassement ou mieux encore de service ? Nos pays exploitent la misère sans bien comprendre qu'elle participe véritablement à menacer notre prospérité présente et surtout future ! La pauvreté appelle la pauvreté !

Alors certes, beaucoup de gens se frottent les mains et se félicitent d'une situation dans laquelle, les prix de "l'inessentiel" baisse, mieux certains s'extasient du courage de ces travailleurs venus d'ailleurs "vider les poubelles à Paris", ou de ces robots magiciens prêts à tout fabriquer pour pas cher, mais au bout du compte, gagne t-on vraiment ?

Pas sûr : nos enfants n'ont pas d'avenir, nos relations sociales ne sont plus que des relations de combat, et même s'il ne faut pas le dire : le descenceur social est en marche et le "sauve qui peut généralisé" prend les allures d'une Bérésina.

Pauvre pays, dont le seul tort est d'avoir abdiqué sa colère !

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.