Là où le ruissellement ment

Comment ne pas avoir été conquis par la théorie de notre président candidat quant il affirmait que l'enrichissement des uns entrainerait forcément à. terme, l'enrichissement des autres, de tous les autres ?

Moi j'y ai cru, enfin j'y ai cru jusqu'à hier !

Pourquoi hier ?

Et bah simplement parce qu'hier j'ai vu l'impensable, le summum de l'injure, l'exploit dont tout le monde parlait : le minable saut de puce de Jef Bezos !

Oh certes il y avait des images, il y avait le petit frisson que suscitent ces héros de l'inutile quand on prend conscience qu'on pourrait bien les voir griller en direct (pour peu qu'ils ne nous tombent pas sur la tête en le faisant). Il y avait le clinquant du fric, de la débauche, du ridicule (?). Il y avait tout pour avoir envie de gerber !

Non, non je ne parle pas de l'effet qu'a fait sur moi ce lancement, comme si j'avais subi en même temps qu'eux le malaise des astronautes (?), non je parle de fric foutu en l'air, bazardé, pardon, brulé un peu plus vulgairement que ce minable billet de cinq cents balles que nous tendait naguère un certain...

Ouais, après coup j'ai mal au coeur quand on pense aux traitements réservés aux salariés d'Amazone : "bossez, votre patron s'envoie en l'air avec le fruit de vos efforts !"

Sacré pied de nez à l'opinion, sacré pied de nez aux Etats qui passent leur temps à rapiécer leur budgets en lambeaux : Jeff Bezos s'envoie en l'air !

On aurait pu réver d'autres exploits, d'autres petits pas pour l'homme qui sentent un peu plus "le grand pas pour l'humanité" ! On aurait pu imaginer, Jeff Bezos, fortune faite, dans le rôle éminent de logisticien pour la vaccination contre le covid ! On aurait pu croire à son rôle de visionnaire, s'il avait participé de manière très concrète à l'accès de tous à la culture ; en finançant par exemple les spectacles, les artistes...

Mieux on aurait pu le rêver, lui plus que tout autre dans un mouvement en faveur de l'alphabétisation.

Au lieu de celà on aura eu quelques images floues et mal retransmises, d'un non évènement qui aura sans doute nourri l'égo de quelques ingénieurs, mais certainement pas alimenté les près d'un milliard d'humains qui crèvent de faim !

"j'ai tutoyé les étoiles" pense t-il certainement .

Mais que n'a t-il connu le sort d'Icare, histoire de le ramener à son rang d'humain ?

Peut être alors aurait il saisi la vanité de son geste !

Oui je sais ce que vous allez me dire : son non exploit lui rapportera sans doute de l'argent, alors que le fait de se pencher sur les lépreux n'a jamais rien rapporté à personne !

Peut être est-il temps que cela change, peut être même est il temps que nous (j'ai bien dit "nous" ) cessions de nous extasier devant ces records crétins, assassins si l'on pense à la débauche nécessaire d'électricité qu'il faut pour produire quelques grammes d'hydrogène liquide et à toute la problématique du réchauffement de la planète.

Partout elle ci semble craquer, de toute part on nous avertit du désastre à venir, et là, sous nos yeux trop stupides pour réagir on nous propose la geste de Saint Jeff Bezos (ou faut il l'appeler giggawattus maximus ?) prochain héro de l'espace pour tous !

Promesse futile et irréalisable !

C'est sans doute plus valorisant pour l'égo de flotter dans l'espace que de côtoyer la misère. Chacun se voit sans doute beaucoup plus en "Jeff Bezos qu'en mère Thérésa !" Et s'il a lui même l'occasion de croiser un mendiant, sans doute détourne t-il le regard en levant les yeux au ciel.

Possible, mais ce qui m'inquiète moi, c'est que nous avons tous, plus de chance de finir comme le mandiant dont je viens de parler que dans la peau de Jeff Bezos, ne serait ce que parce que nous vivons dans un monde fini, même si des astronautes de pacotille veulent nous faire croire le contraire !

La prochaine fois donc : fermons la télé ! Manifestons notre désapprobation, au moins nous démontrerons par ce geste que nous  : "nous gardons les pieds sur terre"...Et que nous nous voulons citoyens du monde !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.