Partager la richesse et non le travail

La société française est elle en retard d'un débat ? C'est ce que nous tentons de démontrer à travers cet article qui préconise d'abandonner le débat sur le partage du travail qui occulte le vrai défi que nous avons à relever : celui d'un partage efficient et juste des richesses !

Bien des années maintenant après l'avènement des trente cinq heures, on revient progressivement sur les résultats réels ou supposés de ces mesures, sans finalement  bien réussir à départager les tenants des lois Aubry et leurs détracteurs.

Il faut dire que la loi sur les trente cinq heures nous a été présentée, à nous simples mortels, comme LE moyen de réduire le chômage, phénomène qui n'a pas cessé de s'amplifier depuis 2002. Si l'on étudie donc les trente cinq heures à l'aulne de l'évolution du chômage on aura donc le triste privilège de constater leur échec criant dans le domaine.

Bien entendu les personnes favorables à la baisse du temps de travail insisteront pour signaler que sans les trente cinq heures, le bilan social de la France serait encore plus désastreux et que nous aurions non pas cinq mais sept à huit millions de sans emplois !

Peut être, mais le prix payé à la baisse du temps de travail n'a pas, à mon sens, été contrebalancé par des avantages nets pour les travailleurs. Pire même, plus on descend dans l'échelle sociale, plus on déplore, semble t-il, ces mesures qui se sont accompagnées d'une stagnation voir d'un replis du pouvoir d'achat des plus modestes ! Nombre de salariés à temps partiels, de travailleurs précaires, se sont trouvés pénalisés par ces lois qui ont aggravé leur situation sans autant offrir de nouvelles perspectives professionnelles à leurs enfants. Et voilà sans doute que se profile le plus grave argument du réquisitoire contre ces mesures : l'absence de résultat concret et net contre le chômage des jeunes.

En fait tout s'est passé comme si partout où le travail pouvait être automatisé, il l'avait été sans qu'aucun syndicat ni parti politique ne s'en émeuve outre mesure !

En quelques années, les caissières des super marchés ont quasiment disparu ; les employés de banques sont devenus des espèces en voie de disparition et si l'on y prend pas garde nous achèterons bientôt notre baguette du matin à un robot !

Ainsi faites les trente cinq heures n'ont non seulement créé aucun emploi mais elles ont participé à détruire ce qui restait de culture ouvrière et populaire dans notre pays ! Alors qu'elles devaient sauver le peuple, elles sont devenues avec le temps un nouveau marqueur de sa disparition ou tout au moins de sa marginalisation !

Oui me direz vous, mais les entreprises elles ne s'en sont pas si mal tirées !

Sans doute, et c'est peut être un des effets les plus pervers du système ! Les trente cinq heures ont offert aux entreprises de trop nombreuses occasions de désocialiser les salaires (j'entends par là de ne plus payer de charges sociales patronales), ce qui non seulement revenait à baisser la masse salariale, mais aussi à accélérer la faillite de notre système de protection sociale !  Aujourd'hui les déficits s'accumulent et nous déléguons à nos enfants la charge de payer la note, ce qui est impensable philosophiquement  !

Alors me direz vous, que reste t-il d'argument en faveur de ces fameuses lois Aubry ?

Pas grand chose, en fait. Pas grand chose surtout si l'on s'intéresse au vrai débat qui devrait nous mobiliser tous, à savoir : une plus juste affectation des richesses. Nous le savons tous : la moitié ou presque, des emplois non ou peu qualifiés vont disparaitre dans les dix à vingt ans qui viennent, or nous continuons à penser et à organiser l'essentiel de notre système autour et par le travail !

Sans doute est il temps de changer d'idée et de braquet en reconnaissant que l'ère du travail pour tous a définitivement vécu ! Cà n'a l'air de rien comme idée, c'est peut être même totalement farfelu, mais si l'on part de ce constat simple, alors d'autres idées et modes d'organisation sociale sont à mettre en place.  Il devient, en effet, impossible de compter sur le seul travail pour financer la protection sociale, et cela rend urgent la redéfinition d'un contrat social dans lequel enfin : chacun doit avoir selon ses besoins et participer à la charge de la société de manière progressive à hauteur de tous ses revenus !

Peut être qu'avec le temps, cette société, non égalitariste mais pragmatique, verra enfin le jour. Enfin on aura reconnu que la lutte contre le chômage ne sert à rien, sinon à éluder le débat central qui devrait tous nous préoccuper à savoir : comment vivre sans travailler dans une société de plus en plus riche ? Ce faisant nous aurons peut être ruiné une partie de la vieille morale bourgeoise et de l'éthique ouvrière qui nous contraignent  encore mais nous nous serons donner des moyens supplémentaires pour rendre le sourire à des millions d'hommes de femmes et par conséquent d'enfants suspendus à l'heure actuelle à des échéances des plus violentes !

 

 

 

 

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