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Billet de blog 14 octobre 2017

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Pour une défense des boureaux

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Il y a bien longtemps que j'entends ce discours qui ne peut me laisser indifférent dans la mesure ou j'ai sans aucun doute été victime de ces violences verbales dont parle Moina Fauchier-Delavigne dans Le monde.

Oui, je peux le dire maintenant : j'ai entendu ma maman, pour ne pas la nommer reprocher à ses très nombreux enfants (6 + 4 "occasionnels") d'être les enfants de leurs pères, d'avoir leur caractères, tout en énumérant un à un les défauts de chacun d'entre eux. Oui, je l'ai entendue encore dire que j'étais (personnellement) trop lent, trop étourdit pas assez "compétent" et en ce qui me concerne je me souviens encore de cette petite phrase de ma grand mère (pour le coup ) : "ta jumelle, elle, elle réussira. Toi..."

Sans doute que sa prévision aura été réalisée, à moins comme semble le dire M qu'elle soit devenue une injonction à ne pas réussir si l'on en croit toujours la psychanalyste

Elle aura alors été d'autant plus efficace, il faut le dire, que du coté masculin (mon père bien sûr), mon père n'a pas été en reste en matière de petites phrases assassines : Sa fille ainée était décidément dans la lune, la seconde (...) quand au troisième,celui qui nous intéresse au premier plan : le pauvre homme ne pouvait que regretter de ne point l'avoir élevé et de l'avoir abandonné à un monde exclusivement féminin !

Sans tête, sans caractère, sans personnalité, ce pauvre garçon ne réussirait décidément jamais rien si on voulait bien l'en croire. Nul doute que la chose eut été bien différente s'il avait pris à temps quelque bons coups de pieds au cul bien sentis...Coups de pied au cul, infiniment salvateurs qu'il se serait proposé de m'administrer.

Je sais, certains observateurs reprocheront à mes ascendants cette violence inouïe, cette brutalité sans nom, brutalité qui aurait fait plus de mal que les coups s'ils avaient plu en averse ! Et d'ailleurs longtemps mes "petits défauts ont passé pour le résultat de ces brutalités infinies"

La chose était si simple : si j'avais des problèmes c'était sans nul doute parce que "mon" maman et "ma" papa avaient été des brutes sans nom, déversant sur mon dos des insultes et des malédictions irrémédiables! Oui, drapé dans mon statut de victime j'étais sans doute, je le redis, ce modèle de garçon perturbé que même sa jumelle persécutait !

Quelle dramatique analyse, qui passait à coté de l'essentiel, on fustigeait le doigt sans regarder ce qu'il pouvait bien montrer réellement, et surtout loin d'être satisfaisantes d'un point de vue "technique" ces explications occultaient la nature de mon mal jusqu'à risquer de me couter la vie !

Une fois n'est donc pas coutume mais je me place du coté du bourreau supposé et je reprends une autre petite phrase de ma grand mère pour mieux me justifier : "sans ta mère que serais tu devenu ? Si elle n'avait été là pour faire chauffer la soupe, pour t'orienter, pour t'aider au quotidien, bref, si elle n'avait été omniprésente que serais tu aujourd'hui ?

C'est aussi de ce coté là qu'il faut regarder : ma maman et mème mon père ont sans doute fait pleuvoir les petites phrases assassines, mais je ne suis pas certain de ne leur avoir jamais répondu sur le même ton. En m'affirmant à plusieurs reprises comme : "fils de Caron et d'ailleurs" je renvoyais une part des fautes qu'on me reprochait sur celle qui en avait fait le choix, manière d'insolence qui m'aurait sans doute valu des châtiments plus sévères dans des familles plus rigides !

Et d'ailleurs, la violence verbale fait du mal, certes, mais elle occasionne aussi, parfois, des scènes touchantes (magiques même) de réconciliation.

Ce tout petit "je m'excuse" d'un père acculé devant un neuro psychologue critique vaut toutes les fortunes du monde : "je m'excuse je ne savais pas" !

Un moment au moins dans ma vie de jeune adulte j'ai pu percevoir qu'on pouvait déstabiliser l'incroyable brutalité de mon père ! J'ai pu comprendre que derrière le verni il y avait autre chose, et j'ai même pu penser qu'à un age avancé, il saurait changer ! Et d'ailleurs, un moment au moins, son attitude a changé radicalement !

Pire, dans un autre contexte, j'ai suscité une rencontre entre les deux "auteurs de mes jours" et j'ai assisté là, à une scène touchante d'affection et d'attention mutuelle, ce que je n'avais jamais vu de ma vie. Et ce petit repas improvisé m'a bouleversé au point que je ne cesse plus de m'interroger sur les causes profondes des violences qui ont fusé de part et d'autres. J'avais cru, un temps, resemer les ferments de la guerre, et j'entrevoyais dans l'instant un amour, certes ruiné, mais qui brulait encore ! Pouvais je me priver d'un tel spectacle, le risque pris d'une énième bataille, n'avait il pas été mille fois récompensé ?

En d'autres termes aurais je du me contenter de vivre dans un monde aseptisé au risque de me priver à jamais d'une scène qui fleurait presque la réconciliation : le pardon mutuel ?

A mon sens, c'est moins dans l'interdiction de ces petites phrases, de ces piques assassines qu'il faut compter, que dans l'apprentissage à y faire face ! Quoi que nous fassions : l'homme est (aussi ) un loup pour l'homme, imaginer que malgré la vie, malgré les aléas et les retours de fortunes éventuels, on puisse être toujours d'une humeur égale, surtout avec ses enfants, c'est un peu croire au père noël ! Non ? C''est aussi, quoi qu'on en dise : mettre en accusation des parents qui, mon dieu, n'ont, bien souvent, fait que ce qu'ils pouvaient faire !

Alors qui serais je pour juger ?

Au fond j'ai de la chance dans mon malheur : celle de ne pas avoir été parent. Au moins je ne peux pas me reprocher quelque brutalité bien sentie à l'égard de mes enfants, puisqu'ils ne sont pas nés et que je n'ai jamais souhaité prendre un tel risque, une telle irresponsabilité !

Possible.

Mais justement me répondrez vous : Ces enfants ne demandaient peut être que çà : vivre, chose dont je les ai privé par pur égoïsme, par pure lâcheté justement ! Tiens donc : et si n'être pas parent était encore plus impardonnable ?

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