En finir avec un faux discours fiscal

On est surchargé d'impôts me répondait un internaute alors que je condamnais notre apathie contre la fraude fiscale. Il criait haut et fort qu'il fallait que Facebook et autres paient leurs impôts, mais il envisageait donc déjà qu'on baisse les siennes; Mauvais présage...

Cà n'est en effet peut être qu'une impression vous me direz mais j'ai bel et bien le sentiment que nous, français, nous jouons les martyres pour mieux cacher notre situation sociale et bénéficier à plein des avantages dont nous pouvons jouir !

Tenez j'prends un seul exemple, celui des impôts justement.

Tout le monde hurle contre les impôts et les plus riches condamnent un système qui "les étouffe" pendant que la moitié de la population n'y est pas assujétie ! A les en croire on aurait là, à l'évidence une rupture d'égalité et une volonté toute spécifique de brimer les riches qui sont pourtant "le sel de la terre".

Oui bien sûr les prélèvements obligatoires atteindraient dans certains cas la moitié des revenus des couples les plus aisés et çà pourrait paraitre énorme, "confiscatoire même". Gagner 6000 euros par mois (quelque chose de modeste au demeurant) pourrait ainsi, si l'on en croit toujours les intéressés, devenir une véritable catastrophe, un enfer dans lequel le fisc et l'URSAFF rythmeraient à eux seuls le déroulé de votre existence ! -Un drame-

Pourquoi pas ?

L'idée du racket fiscal pourrait effectivement faire des petits et sensibiliser l'ensemble de la population, si on en restait la cependant.

Seulement voila lorsque les riches parlent de leurs impôts, ils ont en tête leurs "impots théoriques" celles qu'ils devraient verser au fisc, pas leurs impôts ou leurs charges réels, une fois défalquées toutes les exemptions réductions...

Bref, les riches affichent le fait qu'ils paient beaucoup d'impôts et nous posent sous le nez les barêmes tous théoriques de la fiscalité pour étayer leurs dire, mais bien peu d'entre eux acquittent réellement ce montant. On peut même imaginer que certains d'entre eux réussissent à...

Entre les femmes de ménages qui sont exemptées de charges patronnales et qui sont déductibles de la feuille d'impôt pour partie après les 65 ans de leurs employeurs, les déductions possibles pour la détention de bois et forêts, ou encore les multiples avantages dont doivent jouir les artistes et autres délocalisteurs forcenés, le niveau de la fiscalité des personnes aisées en France doit être bien inférieur à ce qu'elles affichent dans leur discours.

Vous me direz que c'est de bonne guerre surtout dans un pays dans lequel la Révolution qui a mené à l'élaboration des Droits de l'Homme fut d'abord et avant tout une révolte fiscale !

Peut être mais en attendant, si on tient compte du fait que la majorité des personnes aisées bénéficie peu ou proue des conseils de fiscalistes "pour réduire la note justement, on a peut être là les causes réelles de notre dérive budgétaire depuis une trentaine d'année. J'en veux pour preuve ma seule et petite expérience de salarié modeste qui grâce à une simple étude des mécanismes fiscaux a réussi d'une année à l'autre à me faire passer d'un statut de "lourdement imposé" (deux mois de salaire en tout) à une exemption fiscale l'année suivante, exemption accompagnée, bien évidement des quelques centaines d'euros de crédits d'impôts que l'Etat m'a généreusement remboursé !

Alors, évidemment il ne s'agit là que d'une "petite expérience" très modeste au demeurant, mais si on s'intéressait réellement à ce que paie les uns les autres au regard de leur revenus réels et de leur connaissance des mécanismes fiscaux, peut être qu'on aurait là, et pas ailleurs justement, les ferments d'une nouvelle révolte fiscale.

Surtout au moment où Notre Etat va nécessairement commencer à. crier famine !

Une nouvelle réforme fiscale, qui tienne compte de ce que les gens percoivent réellement et peut être même (pourquoi pas) de leur train de vie, pourrait alors devenir très intéressante, dans la mesure où elle permettrait sans doute à l'Etat de sortir de son impasse budgétaire pour voler enfin réellement au secours des victimes de la crise.

Les questions de la dette et du déficit sont donc et avant tout des questions politiques.

Si l'Etat manque d'argent c'est que les politiques manquent à leur premier devoir de collecter vraiment l'impôt et s'arrangent (par clientélisme sans doute) pour reporter sur d'autres (les générations à venir ?) des ajustements qu'ils n'osent pas faire de peur de froisser l'opinion qui compte. Ainsi d'années en années notre Etat accumule les déficits alors même que notre pays n'a jamais été aussi riche !

Une bizzarrie non ?

Sans doute mais les gouvernements successifs qui sont d'abord et avant tout le reflet des classes moyennes, et des classes moyennes aisées, auront ils le courage dans l'avenir de s'attaquer à leur coeur de cible privilégié et de les rappeler à leur devoir citoyen ?

Voilà peut être la question qui résume à elle seule l'impasse dans laquelle nous nous trouvons...

Peut être qu'en cessant dors et déjà d'honorer ou de mettre en avant certains de nos compatriotes qui préfèrent, fortune faite, s'expatrier pour des raisons fiscales, "le monde qui compte pourrait faire oeuvre utile", mais si dans le même temps l'Etat créait une notion comme "l'indignité fiscale" consistant à refuser toute entraide, toute assistance publique à certains compatriotes "exilés fiscaux", alors peut être que notre monde commencerait à évoluer vers une plus grande justice !

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