Deux heures, et puis... rien ?

Deux heures ? Mais deux heures pour quoi faire ? Nous mentir à nous même, ou démoraliser un peu plus une population qui n'a pas vraiment besoin de çà pour aller mal ?

Eh oui on y revient encore et encore ! Notre Premier et son Chef relancent encore cette vieille antienne du "boulot pour tous".
A les en croire il serait bon de contraindre tous ces chômeurs à occuper un poste quelques heures par jour pour justifier du versement des prestations sociales qu'ils reçoivent !
Sans le dire donc, mais en le disant quand même : nos Chefs bien aimés souhaiteraient voir les chômeurs retrousser leurs manches pour gagner leur pain quotidien !
Comme çà l'idée pourrait paraitre juste et semblerait correspondre aux choix libéraux qui sont les nôtres.
Oui mais voilà l'idée est loin d'être excellente, pire elle peut s'avérer profondément néfaste pour l'Etat, les chômeurs eux mêmes, et bien entendu pour toute l'économie en général !


Pourquoi ?
Et bien d'abord parce que qui dit travail, dit le plus souvent productivité, rendement. Travailler, en principe c'est donc créer de la richesse, activer l'économie !
Or, quelle pourrait être la richesse créée par ces individus, armée de chômeurs mobilisés pour la forme ?
On imagine mal ces gens, peu ou pas formés, souvent éloignés du travail depuis des années, devenir d'un coup d'un seul hyper rentables par simple esprit patriotique, sauf à dire que l'économie n'aura pas su repérer leur talent !
Premier point donc, ces gens qui ont perdu l'habitude de se lever tôt, resteront longtemps des personnes à réadapter au travail, et ce n'est pas en le faisant deux heures par jour qu'on réussira à les remotiver !


Surtout que derrière il y a un objectif louable, en principe : celui de faire de ces quelques heures travaillées : une passerelle vers l'emploi !
Or pour cela, il faut trouver des encadrants, des tuteurs capables d'orienter, de conseiller tous ces gens, bref, pour beaucoup d'entre ces chômeurs chroniques il faut un univers adapté et souple, qui puisse servir de sas de décompression, entre chômage et vie normale !
Or si le service public est capable de débloquer ces moyens humains, imagine t-on que les entreprises, elles aient autant de "logistique" à mettre à disposition de non qualifiés, difficilement employables dans l'état ?


Aller, posons donc la question autrement : ces deux heures de contraintes infligées aux sans emploi ont elles pour réelle finalité l'emploi ?
L'idée me vient qu'elles ont un tout autre objectif.
En effet s'il est possible de dégager deux heures de travail par chômeur de longue durée et par jour, on peut penser qu'il y a un vrai volant d'emploi, et si c'est le cas pourquoi alors ne pas créer (en nombre certes moins importants) : de vrais emplois avec de vrais salaires ?
Eh bien gageons que le but de ces deux heures de travail contraintes est de contraindre précisément chaque chômeurs à un contrôle social renforcé. "Sous la main" de leur autorité de tutelle, ou sous celle encore plus scrupuleuse d'entreprises privées avides d'abaisser en permanence ses coûts de production ces "non chômeurs" vont devenir des sous-employés, des sous salariés définitivement cloitrés dans des sous statuts et des sous salaires !


Enfin ! Enfin me diront les plus réactionnaires de mes lecteurs : ils bosseront !
Sauf que là encore : la création de ces sous emplois finira nécessairement par peser sur l'emploi lui même ! Au lieu de créer de vrais postes (on le voit dans le public, on créera à qui mieux mieux de ces emplois aidés ou de ces "emplois 2 heures" qui ne seront jamais de vrais emplois ni de réelles portes de sortie pour ceux qui les empruntent (contraints et forcés en l'occurence) !
Sûr qu'avec une telle démarche on aura beaucoup avancé sur le thème du chômage : on aura, en fait, transformé nos entreprises et administrations en cour de récréation ou en "parc à ennui" selon le cas. Le tout pour se donner bonne conscience à pas cher !
Comment mieux dire qu'on aura juste, un peu plus, tué l'espoir et laissé un goût amer dans la bouche de ces sous employés à vie ?

Ces sous employés à vie qui auraient justement un besoin urgent qu'on leur redonnât un horizon... acceptable !

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