Le sel et le poivre

Sans doute que ceux qui me connaissent savent combien je suis attaché à une certaine justice sociale et combien j'abore tous les crétins qui prétendent remettre les chômeurs au travail en leur coupant les vivres. Mais il est vrai que jusqu'à maintenant, au moins, j'avais essentiellement fustigé, alors...

Alors permettez moi d'aller à contre courant de la doxa libérale dominante qui veut que l'on sanctionne le chômeur pour son apathie et son repli sur soi.

Beaucoup de choses me semblent, en effet, participer à la situation de chaque demandeurs d'emploi, chacun d'entre eux étant effectivement différent et possédant un passé propre (y compris au sein de la même famille ) !

Premièrement donc : affirmer qu'il suffira d'abaisser les allocations de ces derniers pour les re-conduire vers le marché du travail, me parait bien insuffisant comme démarche !

Les chômeurs roulent peut être sur l'or, mais si l'on en croit les études réalisées sur le sujet, moins de la moitié perçoit plus de mille euros parmois !

A l'évidence, les "parapluies sociaux tels qu'ils ont été définis" rendent donc l'emploi quasiment toujours plus attractifs que le chômage, tout au moins en théorie !

En théorie, effectivement parce qu'il y a une autre donnée que les économistes mettent volontairement de coté et dont peu de gens parlent finalement : le cout du travail pour le salarié lui même...Il est évident que si pour travailler il faut un nouveau logement, une nouvelle voiture et (...) beaucoup d'emplois atteignent des coûts exorbitants ! Et travailler pour perdre de l'argent : bien peu de chômeurs peuvent en prendre le risque !

Alors, alors pourquoi ne pas aborder le sujet, encore une fois dans l'autre sens, et imaginer pour tous un socle social de vie suffisamment important pour que personne n'ait plus à perdre en retournant vers l'emploi ?

Les salaires ne sont pas assez importants ?

Qu'importe dira t-on alors, on continuera à vous aider !

Tiens donc, et si par ce biais on abolissait vraiment le "travail pauvre" ?

Mais, mais me direz vous il n'est pas certain que cette démarche serait encore suffisante !

Bah oui parce qu'on le sait bien aussi : prendre n'importe quel travail, pour travailler à tout prix peut s'avérer contre productif pour celui qui l'accepte !

Non seulement ce "p'tit boulot" ne lui rapportera pas suffisamment pour vivre, non seulement il lui fera perdre ses indemnités éventuelles, mais en plus, suprême injustice : ces travaux "vivriers" apparaitront bientôt comme des tâches sur les CV, alors même que les jeunes sont de plus en plus diplômés !

On vit quand même un sacré paradoxe qui nous conduit à avoir un discours volontariste en matière d'emploi, en directe opposition avec la réalité du terrain !

-" allez : t'es bac+3 mon gars ?

remets donc ta casquette mac do, et va balayer la salle !"-

Et si l'autre faute politique de notre pays avait résidé dans le fait d'augmenter sans cesse le niveau de connaissance et de prétention de nos concitoyens (80% de bacheliers) sans avoir réfléchi à augmenter aussi l'attractivité de l'emploi, en matière de contenu s'entend ?

Ce serait donc l'emploi, qui n'aurait pas su, lui, s'adapter aux espoirs des gens ?

Pourquoi tant d'offres d'emplois dans l'hôtellerie ne trouvent elles pas preneur ? L'offre ne serait elle pas assez attractive ? L'hôtellerie n'aurait elle pas fait un travail suffisamment important sur elle même pour apparaitre comme un secteur d'avenir (s) ?

Il manquerait ainsi au moins deux éléments essentiels à notre nouveau festin de croissance : Habitués que nous sommes aux plats tout préparés, on aurait oublié de mettre sur la table le sel et le poivre, en quelque sorte, oubliant par là même qu'il faut donner un minimum de goût à la vie salariée, et que, de plus en plus, chacun entend l'assaisonner à sa sauce ! Dans une société de plus en plus individualiste : c'est sans doute maintenant à l'emploi de s'adapter aux salariés et non plus le contraire ! Les pénuries qui se font jours dans certains secteurs sont d'ailleurs là pour illustrer le phénomène !

Une revanche prochaine pour le monde salarié ?

Tiens tiens : qui donc parlait de liberté et de flexibilité en matière économique ?

 

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