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Billet de blog 18 avril 2025

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Loin, très loin du romantisme débile...

Moi j'aime mes contemporains. A les entendre tout serait merveilleux et surtout notre société aurait enfin compris que les personnes handicapées peuvent nous apporter des choses ! En regardant tous ces films traitant du handicap et en particulier du handicap mental on pourrait y croire en effet, mais notre société est elle si inclusive qu'elle le dit ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Ah çà y'est voilà qu'on nous a encore sorti un énième film sur le handicap et en particulier sur le handicap mental. On nous y chante encore et sans doute les vertus de l'inclusion et de la mixité, de la cohabitation entre valides et handicapés. Et nul doute qu'on s'apprête à rire des vannes du type "pas de bras, pas d'chocolat" pour bien marquer qu'en fait les handicapés sont des gens comme les autres : riant, souriant, blaguant et...

A en croire ces films, le handicap, se serait dans la tête, et en particulier dans la tête des gens "normaux" qui bâtiraient des frontières artificielles  des classifications insensées !

Possible. 

Reste quand même que le handicap, et en particulier mentale est particulièrement compliqué à. vivre. 

Compliqué pour les accompagnants : il n'y a rien de plus difficile que.d'expliquer et ré expliquer ce qui se passe à la personne handicapée qui ne saisit pas toujours ce qu'on fait pour l'aider ! Il n'y a rien de plus difficile pour un proche que de s'entendre dire que toutes les démarches sociales qu'il a entamées pour protéger le handicapé ont été faites dans son intérêt à lui : " je signe mais c'est pour te faire plaisir !"

Non sans blague : aller expliquer à un médecin qu'un proche est malade  et l'entendre dénier ces propos sur tous les tons, n'a rien de confortable, de romantique !

Bon bien sur je m'éloigne là du propos du film que je critique qui parle de personnes trysomiques. On reconnait souvent d'un simple regard les personnes atteintes de ce syndrome, alors... Est il nécessaire d'avoir ce type de discussion ? 

A mon sens, oui, précisément parce que dans l'article auquel je fais allusion on parle aussi d'une jeune femme trysomique, dont "le petit truc en plus" ne se voit pas. Il y a donc de ces personnes qui portent des "handicaps invisibles". 

Etre victime de ces handicaps n'est jamais chose facile. Personne en fait ne devine que derrière ce clavier se cache...

Et pourtant...

...Et pourtant, être frappé d'un handicap invisible, c'est souvent la double peine : Personne ne comprend bien ce qui se passe, et soit même on est en grande difficulté pour admettre et faire comprendre les difficultés qu'on rencontre !

Trouver un emploi adapté, quand on mesure mal l'impact de ses problèmes est impossible, surtout quand on vous a appris à les nier !

Vivre comme tout le monde quand on perd plus rapidement que les autres ses repères temporaux et spatiaux est quasiment du domaine du rêve, surtout dans une société qui magnifie la rapidité, l'efficacité et la force !

Une fois et une seule ai- je entendu ce miracle : "vous avez l'air perdu monsieur, avez vous besoin d'aide ?" 

En fait, à l'image d'une deux chevaux qui avance péniblement à 20KM/heure, les gens qui nous dépassent dans leur 4X4 Flambant neuf à 250, ont l'impression que nous reculons quand ils nous aperçoivent dans leurs rétroviseurs et quand ils discutent avec nous, ils nous le font bien sentir !

Ainsi qu'on les appelle handicaps mentaux ou psychiques, ces handicaps ont ceci de particulier qu'il est bien difficile de mettre en évidence le "fauteuil roulant" qui trône devant l'ordinateur et çà n'est pas pour rien que la société catalogue bien vite les handicapés cérébraux ou psychiques parmi "les débiles". Inventer d'autres modes de pensée, d'autres regards, d'autres organisations du travail suppose de l'imagination, de la générosité et de la patience, autant de vertus que notre société a décidé d'ignorer, n'en déplaise à certains réalisateurs.   

" C'est très dommage" s'est récrié une neuro psychologue en épluchant les résultats de mes tests...

"Et comment voulez vous avoir une vie normale avec çà" m'a affirmé doctement un neurologue qui contemplait mes clichés d'IRM.

"Voici un cas très intéressant " dira enfin le professeur de neurologie Machintruc s'adressant à ses étudiants devant moi comme s'il avait parlé d'un chimpanzé de son laboratoire !

 Et après ?   

"Une vie normale" c'était ma seule revendication en fait. Tout a contribué à faire en sorte que ce soit impossible, à commencer par une petite tumeur "bénigne" qui a mis le bazar, causant des dégâts irréversibles  ! Un petit truc en plus en fait...Mais une sacrée différence au final ! Une différence que la société n'a jamais vraiment admise...Alors je veux bien croire qu'on peut parfois faire des miracles et voir certaines personnes avoir des parcours exceptionnels malgré...Le problème c'est que c'est loin, très loin d'être la règle, ce qui décidément ne prête pas vraiment à sourire, en fait.         

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