Les faussaires de la retraite

Nous n'en sommes plus à discuter des droits ou non à la retraite, nous en sommes à démontrer à une quantité croissante de cotisants qu'ils pourront bientôt s'assoir dessus, perdant du même coup les dizaines d'années de cotisation, qu'ils ne reverront jamais !

Il y a un vol sans précédent qui se déroule sous nos yeux sans que nous soyons invités un tant soit peu à réagir. Le système de retraite est en train de se réformer à toute vitesse sans que nous soyons effectivement consultés sur l'essentiel, mais en plus nous constatons avec amertume que les plus fragiles au travail seront aussi les moins bien lotis à la fin de leur vie, faute d'une réforme "humaine" !

Bien sûr , sur papier glacé tout le mode a droit à une retraite, et comme semble le marteler notre Président : chaque euro versé au système doit avoir de la valeur (la valeur du point sans doute).

La retraite universelle semble donc un principe acté, et je ne vois pas pourquoi j'écris ces quelques lignes.

Sauf que malheureusement le diable, comme  toujours, se cache dans "les détails !

En effet si chaque euro cotisé à la même valeur, que l'on soit dieu ou misérable, il n'en restera pas moins vrai que si dieu a l'éternité  pour cotiser, c'est de moins en moins vrai au fur et à mesure que l'on descend dans l'échelle sociale : les ouvriers ont en effet des espérances de vie bien inférieures à celles de nos cadres et dans ces conditions il est à peu près certain qu'ils verseront moins d'Euros au système ce qui nécessairement impactera leur retraite !

Ce premier accroc au principe d'égalité énoncé par notre Président en cache cependant un deuxième encore plus vicieux : celui du chômage.

En effet si les chômeurs indemnisés par le régime de l'assurance chômage continuent à cotiser (même à taux moindres), l'essentiel des sans emploi, eux, n'en ont même pas l'occasion du fait de la faiblesse de leurs humbles revenus !

Vous me direz là aussi que le chômage touche tout le monde, instaurant ainsi une autre forme d'égalité entre "citoyens travailleurs"  !

Mais malheureusement nous savons tous que c'est faux et que moins on est qualifié, plus il faut de temps pour se sortir de l'ornière !

Et voilà que surgit une autre variable que les points semblent ne pas prendre en compte : le temps ! 

Si en apparence celui ci est égal pour tout le monde, les marques qu'il laisse sur chaque individu sont infiniment variables. Le temps et les aléas qu'il impose à chacun d'entre nous, maladies, accidents de la vie, blessures de guerre parfois, handicap (...) sont autant de paramêtre que cette réforme semble encore passer sous silence. Nous le savons, derrière le principe d'égalité énoncé par notre fameuse Déclaration des Droits de l'Homme, se cache des disparités d'histoires, de naissances, d'évolution (...) qui cadrent mal avec un système universel qui, non seulement va s'avérer couteux pour les cotisants, mais en plus, ne va servir qu'à reproduire les inégalités sociales, voir à les amplifier !

Vous me direz encore que "si les pauvres sont pauvres (et c'est particulièrement vrai pour le système de retraite) c'est parce qu'ils l'ont mérité, au fond, ils n'avaient qu'à adhérer à la république de l'effort que E Macron appelle de ses voeux" !

Peut être, mais à cela je pourrais très bien opposer une autre forme de mauvais esprit consistant à partir du constat que chaque euros gagné au travail donne lieu à cotisation ( Vous savez ces cotisations qui servent à financer ce fameux système de retraite !) : que se passera t-il donc le jour ou ces "petits cotisants", cotisants d'un jour, d'un mois,  de quelques années, réclameront à sortir du système s'ils ne le font déjà ?

C'est d'autant plus vrai que derrière ce système se cache encore un autre monstre qui pourrait bien, là, nous exploser à la figure : la valeur du point ! Dans un système équilibré, on pourrait à juste titre faire confiance à la mécanique pour se réguler toute seule, mais dans la mesure où le papy boom risque de tout déstabiliser nous risquons de voir apparaître un gap croissant entre la valeur du point cotisé et celle du point reversé, assistant ainsi de facto à une dévaluation croissante des retraites, et à une fragilisation galopante des retraités les plus modestes !

Attention donc : danger !

En effet dans notre "civilisation" du travail, le fait d'exclure un nombre croissant de personnes (qui sentent bien  que le système n''est pas pour elles)  n'est pas sans risque au regard de l'acceptation à l'impôt et surtout aux charges sociales ! En d'autres termes : à quoi bon cotiser, puisque je n'aurai aucun droit le jour où j'en aurai besoin ?  Voilà peut être aussi l'autre question qu'il faut se poser !

Nos chantiers sont peuplés de personnes "allogènes" souvent européennes, cotisants donc dans leur pays d'origine, et constituant une forme de concurrence déloyale à l'égard de la main d'oeuvre française.

Aujourd'hui donc les cotisations sociales, loin d'être perçues comme un "salaire différé" sont considérées comme un frein majeur à l'entrée sur le marché du travail, et un handicap certain dans la quette d'un mieux vivre mérité ! Pire dans nombre d'activité l'emploi peu ou pas qualifié, voir l'emploi automatisable, disparait sans aucune contre partie pour le système ! Et je n'ose même pas parler du CICE qui va couter des milliards au système social sans aucune contre partie pour la société !

Dans ces conditions que va t-il advenir du système de retraite et quel crédit les salariés cotisants peuvent ils accorder aux promesses qui leur sont faites (parfois à l'espace d'une génération !) ? Peut être est il temps pour beaucoup de gens, de se poser ces simples questions et de se donner les moyens de quitter ce système !

 

 

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