derrière le consensus : le désastre

On a entendu ici ou là des youyous et des hourras pour saluer, de manière profondément hypocrite, la victoire d'E Macron. On voudrait croire que tous les problèmes sont réglés et que l'avenir s'est illuminé, mais rien n'est moins sûr. Je gage même que si nous continuons de prétendre que cette coalition est préférable, elle pourrait bien se révéler : le pire des maux pour notre pays.

Si je regarde circonspect les derniers évènements politiques que nous vivons c'est que je suis loin de partager les youyous et autres enthousiastes qui ont salué l'élection d'Emmanuel Macron et la formation de son gouvernement !

On aura beau me répéter, me seriner que grâce ou à cause de la candidature Macron nous avons évité le pire, je répondrai que nous n'avons rien évité du tout et qu'au contraire nous préparons avec soin l'avènement de celle contre laquelle nous prétendons lutter !

L'Extrême Droite, de plus en plus décomplexée, étale maintenant ses idées, déroule son programme, et voit son action saluée dans les urnes par près d'un quart de la population française. Au regard de ce désastre, l'idée qu'elle ne soit pas, pas encore au gouvernement me semble tout à fait secondaire et cela pour la raison essentielle qu'elle est désormais le centre de l'échiquier politique !

Plus rien ne semble pouvoir s'organiser, se constituer sans tenir compte un tant soit peu de l'ED et de ses critiques, ce qui constitue déjà une victoire considérable pour ses partisans et son leader !

Le gouvernement Macron, une sorte de fourre tout "déconstitué" se veut ainsi un moteur de la recomposition politique autant qu'un rempart contre le Front National, mais à bien des égards il est surtout l'illustration la plus flagrante des échecs des partis républicains et un avoeu de faiblesse face à Marine Le Pen, qui devient de ce fait "l'autre pole politique du pays". En voulant isoler l'ED et en démontrant que les modérés sont capables de travailler ensembles ces derniers ont d'abord et avant tout fini de porter le Front National sous les fonds baptismaux et consacré le parti comme le seul vrai parti d'opposition, le seul vrai clan de l'alternance !

Quelle erreur !

Mais me direz vous, c'est que la France n'attend que çà depuis des années. Elle se dit lassée de ces querelles sans fins entre la droite et la gauche et elle aimerait bien voir tous ces gens là travailler ensemble. Le "macronisme" est issu de cette pensée, il en est l'expression la plus visible et en cela on ne peut pas reprocher au Président de La République de transcrire dans les faits le souhait le plus profond des Français !

Peut être, mais c'est une faute quand même, une faute très risquée qui, en cas d'échec, nous conduira inévitablement dans le mur. Si sur les thèmes du chômage, de la précarité, du mal logement, pour tout dire de la croissance ou plus précisément d'une autre croissance, il n'y a pas de résultat tangible, alors non seulement la preuve aura été administrée que finalement droite et gauche, c'est pareil mais en plus, plus personne ne voudra plus de l'une ni de l'autre dans la mesure où elles se seront montrées incapables de travailler séparément ou de s'unir efficacement dans l'intérêt du pays !

Mais, mais alors qu'aurait il fallu faire ?

Gageons que l'on aurait dû sortir de ce consensus mou qui garantissait déjà les résultats de l'élection avant qu'elle se soit déroulée ! Gageons que ce que l'on aurait dû appeler de nos voeux, aurait dû ressembler plutôt à un projet nouveau qu'à un homme nouveau. Le renouvellement tout relatif de cette classe dirigeante aurait alors pu constituer une véritable révolution !

Malheureusement, pour cela encore eut il fallu que les Français souhaitassent une véritable refonte de leur système politique économique et social, ce qui est loin d'être le cas, en fait ! En choisissant Macron, en plébiscitant Macron, les Français ont surtout choisi de ne pas choisir de ne pas prendre de risque, bref ils ont délibérément écarté une part d'eux même qu'ils ne veulent plus reconnaître : cette part de la France qui se dit elle même abandonnée et souffrante !

Si les choses se passent comme prévu vous me direz que cette partie là de notre pays sera peu à peu marginalisée, dégagée même de l'espace politique. Mais outre le mépris que dénote votre réflexion pour une part non négligeable de notre électorat, je vous ferai remarquer qu'il existe toujours une part d'imprévisible dans nos systèmes économiques et sociaux, part qui si elle s'accroit pourrait bien balayer au passage, notre république, si nous n'y prenons garde, si nous ne savons rien promettre ni tenir envers cette France qui souffre et qui pourtant espère...

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.