Hypocrisies et faux semblants

Non sans blague çà faisait longtemps que je n'avais pas autant ris jaune, il paraitrait en effet que les Français seraient des billes en matière financière et qu'ils ne connaitraient rien aux choses de l'argent !..

C'est prendre à mon sens ces derniers pour des moutons qu'ils ne sont pas, les classes moyennes françaises ont largement compris les avantages de la finançiarisation de l'économie, et elles s'en délectent !

Allez cessons au moins notre hypocrisie et disons les choses telles qu'elles sont : çà fait longtemps en fait que les français bénéficient de la financiarisation de l'économie, et ça fait encore plus longtemps qu'ils en sont conscients. S'ils semblent dénoncer les effets de la bourse et des politiques bancaires ils n'en sont pas moins de millions à se rouler dans les plaisirs que procurent la politique monétaire et l'augmentation continue des actifs immobiliers !

"Haro -disent ils- sur la finance" ?

Mais ils en croquent tous les jours : un demi point de baisse des taux d'intérêt, et c'est 2 points de hausse de leurs actifs ! Si on s'intéresse au seul marché immobilier, financé par la dette (n'est ce pas ? ), les propriétaires en place sont parfois devenus millionnaires sans lever le petit doigt en trente ans ! Et mieux encore si on se tourne du coté des marchés boursiers  les choix effectués par la BCE ces derniers mois ont procuré aux actions une occasion de flamber de manière inimaginable !

Est ce un hasard si les anciens sont aussi aujourd'hui les plus riches ? 

Bah non, bien sûr, s'ils se sont enrichis (et je ne leur en fais pas grief) C'est parce qu'à la fin des années 1970, ils ont à la fois bénéficié de marché immobilier encore mal évalué et d'une inflation qui mangeait leur dette un peu plus tous les mois ! 

Mais lorsque les choix politiques ont changé ils ont encore bénéficié de la conjoncture sans avoir à bourse délier, parce que l'inflation qui rongeait le porte monnaie de monsieur tout le monde s'est soudain concentrée sur les actifs : boursiers et immobiliers ! Alors que leurs dettes s'éteignaient ils pouvaient maintenant investir ! 

Au fond, et on le voit bien dans la permanence des votes de la classe moyenne, qu'importe le chômage et les restructurations à la chaine, qu'importe même la triste baisse des salaires réels (notamment en terme immobilier) : ces derniers sont largement compensés par l'augmentation des actifs. Grace à des choix politiques objectifs de lutte contre l'inflation et contre les couts il est devenu aujourd'hui possible de s'enrichir, voir de devenir millionaire sans rien faire...et à ce petit jeux depuis quarante ans, les classes moyennes se frottent les mains.

Oui bien sur elles poussent les hauts cris quand elles voient certaines entreprises délocaliser ou fermer des usines au seuls fins d'améliorer leurs profits ! Elles dénoncent haut et fort les salaires mirobolants des patrons du CAC 40, mais tout soudain elles s'indignent quand un de ses membres se voit condamné par les tribunaux pour avoir loué un cagibi 400€ par mois ! Et mieux encore elles ne comprennent pas qu'on puisse leur reprocher d'étouffer la génération qui la suit en faisant peser sur elle seule le prix en constante augmentation d'une indépendance qu'elle a de plus en plus de mal à prendre !

Au moins, richissimes, pourraient elles acheter français... Mais de leurs propres aveux çà n'est même plus possible, tant elles ont aimé ces délocalisations qui rimaient pour elles avec baisse des prix, ou encore augmentation du pouvoir d'achat : regardez ces "quatre quatre" monstrueux qui peuplent désormais nos rues et déforment nos villes ! "Regardez ces Chinois : ils ne comptent pas leurs heures...Eux!" 

Alors comment faire confiance à ces classes moyennes, qui finalement nous dirigent et fondent le "consensus mou de notre pays", pour changer les choses et notamment s'intéresser de près à la question du changement climatique ? Comment croire que dans quelque mois Macron 2 ne succédera pas à Macron 1, et ce malgré les dénégations de ces professeurs, commerçants ou autres entrepreneurs ? 

L'avertissement qui vient de nous être donné et qui risque d'approfondir la crise de manière inédite aurait dû être l'occasion de prises de décisions radicales notamment en terme de lutte contre l'étalement urbain et contre les inflations dont je parlais tout à l'heure, mais voilà qu'on ne dénonce à nouveau que les très riches, les "brahmans" en fait, pour masquer l'attitude de ces classes moyennes qui les singent, et n'aspirent à rien d'autre (en fait de révolution) qu'à prendre leur place !

Dommage pour la planète...et les plus pauvres !

 

 

    

 

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