Contre sens ?

Je dois reconnaitre mon erreur...

" Non mais franchement quel peut donc être le lien entre la lutte pour le pouvoir d'achat et la préoccupation climatique ?  Enfin, si l'on est pour l'augmentation du pouvoir d'achat, on est forcement contre les préoccupations sur le climat ! Non ? "Bah c'est peut être plus compliqué qu'il n'y parait justement et il n'est pas du tout certain que ces deux questions soient si opposées que cela, à la condition toutefois que l'on s'interroge enfin sur les conséquences des inégalités au niveau national et planétaire !

Ce qui m'a choqué évidemment dans les différentes commissions COB machin ou COB truc, c'est de voir nos chefs d'Etat et autres têtes pensantes se balader en avion pour aller deviser doctement sur la nécessité qu'il y avait à réduire la production de CO2 au niveau de la planète ! Tout en prétendant, en effet se pencher sur l'état de santé de notre bien commun, ils contribuaient ainsi de manière massive à sa destruction ! A l'heure des télécommunications de masse, nos chefs d'Etat se livraient ainsi à une grand messe planétaire pour nous faire croire qu'ils allaient agir enfin, alors qu'ils savaient déjà  qu'ils ne feraient rien !

Comment çà ?

Eh bien parce que nos responsables politiques sont bien conscients que leur "bonnes intentions" planétaires, vont directement en contradiction avec les préoccupations sociales de leurs populations les plus fragiles (dans le contexte de la pensée unique) !

On le voit bien avec la question de l'essence qui a mis le feu aux poudres en France : augmenter le prix du carburant et en limiter son usage est un impératif absolu. Pire c'est une obligation pour aujourd'hui, mais c'est aussi une obligation pour demain !

Or précisément ce qui entrainait le consensus en matière sociale, fiscale, géographique (...) c'était le fait que les grands centres urbains pouvaient rester accessibles notamment grâce à des prix du transport acceptable. Oui les prix de l'immobilier  pouvaient grimper de manière délirante, oui les centres urbains pouvaient se dé-populariser de manière massive, oui on pouvait s'éloigner de plus en plus de son travail, parce que "notre" sacro saint pétrole ne nous coutait pas bien cher !  Mieux, parce que beaucoup de prix (en dehors du prix de l'immobilier, bien sûr) continuaient de baisser. La contre partie de la pauvreté ou tout au moins à la modestie, dans les pays riches : c'était la croissance et surtout la baisse des prix de nombreux, de très nombreux produits !

Seulement voilà : la variable prix semble avoir repris le dessus dans un secteur crucial. Celui de l'essence, ou plus prosaïquement celui du transport. 

Et voilà que reviennent sur le devant de la scène d'autres questions qui étaient en suspens : pourquoi ne peut on plus se loger en centre ville ? Pourquoi n'a t-on jamais accès aux services publics dans les zones rurales ? Pourquoi les petits hôpitaux de campagnes ferment ils leur portes les uns après les autres ? 

Pourquoi et comment c'est donc construit à notre échelle nationale cet espèce de ghetto social qui fait qu'on a pas que l'impression qu'il y a deux France qui coexistent sans jamais se voir ; la France du chômage et des petits salaires / La France qui va bien et qui jouit à plein de la mondialisation heureuse ?

Vous avez dit Gilets Jaunes ?

Vous me direz que la question, on la connait. On la rabâche même à longueur de journée : la situation économique et sociale est injuste. 

Ceci posé justement on pourrait s'attendre à une autre attitude de la part de la France qui va bien, cette France qui s'acquittera  sans difficulté de la taxe carbone à venir (car elle viendra) !

On pourrait se dire que ce droit à polluer, ce droit à détruire (y compris l'environnement des plus modestes d'ailleurs ) entraine un surcroit d'obligation sociale à l'égard des plus modestes ! Seulement voilà : nos politiques ont choisi d'agir sur un secteur qui n'a pas le même impact pour les gens selon leur situation sociale et géographique ! En frappant sur l'essence et seulement sur l'essence ils ont changé une imposition juste et progressive, en une taxe de plus en plus lourde au fur et à mesure que l'on descend dans l'échelle sociale ! Conscient qu'ils étaient du pouvoir de nuisance des riches ils ont repris leur discours de protection de la nature et de baisse d'impôts, contre l'idée d'un développement social harmonieux et égalitaire ! Ils auraient pu accepter de faire payer plus d'impôts au nom de la cohésion nationale : ils ont préféré le chemin de la taxe plus simple à mettre en place au nom de la protection de l'environnement des plus riches !

Voilà pourquoi la question des Gilets jaunes est une question sociale et politique. Face à une époque de croissance nulle peut on garder les mêmes outils fiscaux et sociaux pour assurer la cohésion sociale ?

Face à une époque de croissance nulle, peut on reporter le coût et les nuisances de la pollution sur les populations les plus fragiles sans prendre de risques majeurs et surtout sans répondre à la question de la surconsommation ?

A l'évidence non ! Si l'on veut continuer à voir la pluie irriguer nos terres et nos champs se couvrir de récolte, il faut d'urgence que la question climatique devienne aussi une question sociale ! Si l'on veut organiser maintenant une société sans croissance, au nom même de la protection de l'environnement, il faut d'urgence poser la question sociale...parce que la croissance ne viendra plus amoindrir les effet inexorables de la montée des inégalités !

A moins que... 

 

 

 

 

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