Ils ont tué Jaurès !

La nouvelle n'a pas l'air de vous étonner et vous commencerez cette chronique en vous exclamant que "le vieux commence à radoter grave".
Certes, mais si vous pensez ainsi, c'est que vous ne vous souvenez pas des raisons qui ont conduit certains français à comploter et à assassiner Jeaurès, le seul défenseur de poids d'une solution pacifique dans le conflit opposant la France et l'Allemagne de l'époque !
Ces français nationalistes voulaient la guerre, voulaient d'un conflit dont on ne pourrait alors sortir que vainqueur et pour cela il fallait tuer l'idée socialiste, l'idée que tous les peuples sont frères et qu'il faut parvenir à un réel partage des richesses pour que les gens vivent dans la paix et l'harmonie !
Oui, il y avait des gens qui voulaient la guerre, et peut être qu'il y a des gens qui la veulent encore !  
Oh certes ceux d'aujourd'hui ne veulent plus d'une guerre sanglante, ils ne veulent plus entasser les morts comme on le faisait sur cette vidéo d'époque, ni même parler d'envoyer au front la fine fleure de notre pays. Mais ils parlent bien de mener une guerre contre l'égalité, contre l'égalitarisme et l'espoir social !
Oh ne croyez pas qu'ils soient pacifistes ces gens là. Ils ont des armes bien plus violentes, bien plus sauvages que les armes d'autre fois. A preuve ils ont commencé par tuer l'idée même de société sans classe, l'idéal socialiste. Ils n'ont certes pas directement versé le sang de nos concitoyens, mais ils ont enterré le seul espoir qui les faisait vivre et maintenant ils s'attachent à les diviser, à les parcelliser aux seules fins de les maintenir dans une angoisse permanente du lendemain, en les rendant seuls responsables, chacun individuellement, de leur propres échecs ! Finie donc l'idée sociale, l'idéal socialiste, l'individualisme roi salit tout, détruit tout !
Oh certes, ces gens qui utilisent encore le terme de socialisme pour s'en parer, s'en draper, veulent bien décliner quelques phrases des illustres héraut d'autres fois. Ils veulent bien lors des campagnes électorales se souvenir du fait que leur lointain ancêtre fustigeait le capital, la corruption, et la guerre. Mais passé l'étape de la conquête du pouvoir ils remisent l'ancêtre au placard, ou pire, ils le sortent comme une relique qu'il faut balader en procession, comme on ballade les électeurs ! Histoire de se donner bonne conscience, ou de se procurer une once de frisson ! Ces gens là ont plus infiltré un organe de pouvoir, le parti socialiste, qu'intégré sa doctrine et son idéal.
Oubliée alors la guerre au Mali ! Oubliée encore les vagues promesses des campagnes ! Oubliés même ces gestes symboliques de candidats montant au front de la lutte pour fustiger le capital et la violence sociale ! Oublié même, le sang de Jeaurès répandu en guise d'introduction à la boucherie de 1914. On répend maintenant d'autres sangs, peut être moins graves, moins dramatiques, encore que. On laisse sur le carreau des milliers de salariés qui n'ont plus aucun avenir et dont le seul tort le plus souvent a été de s'engager, volontairement, à corps perdus  dans cette guerre économique dont ils sont maintenant les victimes. On ferme même les yeux sur ces morts dramatiques qui surviennent au sein même des entreprises ! de ces entreprises qui exploitent l'homme jusqu'à lui faire perdre toute fierté, toute dignité, toute autre raison d'être ! On ferme tout court ! On ferme pour aller rouvrir en Chine ou au Bengladesh et exploiter la misère ! On ferme les yeux sur cette guerre sauvage que l'économie mène à l'homme, sans merci, sans rémission !  
Ainsi la guerre est elle partout...Le socialisme, nulle part !
A coup sûr Jaurès se serait ému de cela. Il aurait dénoncé avec la dernière violence le sort fait aux victimes de la guerre économique. Il se serait emporté devant tant de richesses accaparées par quelques uns, et nul doute qu'il aurait chassé de son entourage les relents pestilentiels de l'affairisme qui menacent notre démocratie, et ce avant même que la presse ne les découvre. Il aurait dénoncé cette division sociale, cette fracture sociale brutale, entre la classe moyenne tirant profit de l'ouverture économique, et le reste de la population, exposée aux affres de la mondialisation !
Seulement voilà, voilà que cent ans après : Jaurès est mort une deuxième fois, refermant ainsi le caveau du socialisme ! La guerre est maintenant partout, la paix nulle part. Les hommes et les femmes se jalousent et il arrive même parfois que les enfants lancent des pierres, au lieu d'aller à l'école ( vous savez cette chose qui devait fermer les prisons !),  parce qu'ils sont saisis d'effroi devant le fatalisme social qu'ils entrevoient malgré leur jeune âge ! Oui, la guerre est partout, la paix nulle part. L'économie, celle qui a ruiné le peuple et produit tant de riches, profiteurs de guerre en 1914, tue maintenant le peuple a petit feu. Et les tenants du capitalisme sauvage  font basculer le monde entier dans la guerre. Une autre guerre. Une guerre dont on a pas fini de compter les morts parce qu'au lieu de les mettre au nom du profit, on en fait porter la responsabilité à eux seuls, individus isolés, parcellisés, exploités ! Chômeurs de tous poils uniques responsables de leur propre malheur !
La guerre est ainsi partout... Le socialisme nulle part. Mais personne n'ose s'en plaindre ! Au contraire on fait mine de le célébrer, comme pour mieux promener son linceul ! Manipulation ?    
Normal me direz vous : ILS ONT TUE JAURES !Ils ont battu en brêche l'idée du collectif et porté sur les fond baptismaux l'individu roi ! Le dieu argent a tout détruit sur son passage en promettant monts et merveilles, et les gens ont suivi sans voir que derrière le pillage des richesses en vue de promettre un "bonheur immédiat", il y avait la misère qui pointait le bout de son nez et que des millions de gens commençaient à s'inquiéter !

Jaures revient! Endormis par un faux confort matériel, nous sommes devenus idiots !           

   
   

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