Pour beaucoup d'observateurs l'enrichissement des uns serait donc un bon signe pour l'économie toute entière et il suffirait de voir se multiplier les Bill Gates pour qu'une nation soit en passe d'abolir la pauvreté !
L'idée peut paraître judicieuse dans la mesure ou si l'on observe la quasi totalité des pays riches on peut effectivement trouver une relative synchronisation entre la des richesses produites et l'amélioration des conditions de vie des plus démunis. On peut même considérer que la baisse des prix massive dans beaucoup de secteurs industriels a offert à un public de plus en plus nombreux un accès accru à de hautes technologies.
Dans ce cadre là on peut donc valider la théorie du ruissellement, si l'on se limite à la forme et au simple constat de ce phénomène. Emmanuel Macron pourrait donc avoir raison !
Malheureusement, de nombreux exemples viennent quelque peu contrarier cette idée :
On note en effet que même aux Etats Unis, le pays d'internet et de la révolution numérique, le nombre de riches a certes augmenté, mais le nombre de pauvres, lui ne baisse plus, pire : entre 2000 et 2010, il a même massivement augmenté passant de 31 à 46 millions de personnes ! Autrement dit, au pays du capitalisme roi, de l'imposition "humaine" la redistribution ne fonctionne plus, pire : la pauvreté croît alors même que le pays prétend prospérer !
Voilà donc un fait qui pose problème : l'enrichissement des gafa et autres, la prospérité des stars et l'aisance même de la classe moyenne cachent même de plus en plus mal le désespoir croissant d'une part non négligeable des "Etats Uniens", pas seulement noire d'ailleurs. Et il y a fort à parier que c'est précisément cette part de "petits blancs" qui a fait le succès de Donald Trump, un des présidents les plus réactionnaires et les plus imprévisibles qu'ait connu la Première puissance économique du monde !
Alors, ce ruissellement est il moins évident qu'il n'apparait ? Y a t-il dans les pays les plus libéraux, en matière d'imposition j'entends, un véritable gap qui se crée entre riches et pauvres et l'Afrique du Sud (pays à la croissance enviable ces dernières décennies) n'en a t-elle pas donné l'exemple ?
A mon sens, sans une politique de redistribution centralisée, organisée, ce ruissellement n'existe pas : l'idée d'un partage équitable des richesses (et je ne parle que d'équité) n'est pas née des riches eux mêmes, elle a été, même aux USA, menée par des groupes plus proches de préoccupations morales et religieuses qu'économiques ! Bref, sans qu'il soit nécessaire de s'étendre sur l'exemple allemand en la matière, c'est bien plus parce que des hommes et des femmes ont posé la question d'une plus juste répartition des richesses que les systèmes sociaux sont nés et se sont développés ! C'est parce que des hommes et des femmes ont eu la pauvreté et la misère en horreur, qu'il a été possible à un moment donné d'y mettre un terme !
Et je rajouterai même que c'est parce que le capitalisme lui même a fini par y trouver son compte que les choses se sont faites !
Alors, peut on "laisser aller" , "laisser faire" le système ?
Personnellement j'en doute. Le capitalisme excelle certes dans la manière de multiplier les petits pains, mais il ne s'est que rarement vanté de savoir les répartir en fonction des besoins !