Remercier le Corona virus ?

Bien sûr les victimes de la maladie et leurs familles vont sans doute être choquées par cette entrée en matière et je m'en excuse.

Remercier le Corona virus semble, en effet, vouloir dire que je fais l'impasse sur les milliers de deuils, sur les centaines de faillites, sur toute la cohorte des emplois perdus et des situations ruinées. Et là forcément je me vois déjà obligé de m'excuser pour avoir si mal commencé cette chronique.

M'excuser, mais m'excuser de quoi au juste ?

Les propos peuvent paraitre choquant, certes, mais derrière ce que cette crise a pu révéler d'épouvantable et de dramatique, il y a eu sans doute des choses absolument extraordinaires, qui (oui je le dis) donnent encore l'envie d'espérer à un vieux râleur tel que moi !

Tiens, un exemple seulement, un exemple qui me tient particulièrement à coeur : celui de l'inactivité économique et de la gabegie budgétaire, que certains '(...) avaient si souvent l'occasion de fustiger !

Avez vous vu ce qui c'est produit dans notre pays, ce qui c'est produit et que tout le monde aurait cru impensable ?

Pendant trois mois la France s'est quasiment arrêtée sans que personne ne soit mort de faim, ou pire encore que la Révolution ne soit survenue !

Mieux encore, alors que nous nous pensions au bord de l'agonie, tous assiégés par un monstre sans visage :" L'ADAITE", l'équivalent des milliers de tonnes de billets de banque nous sont tombés dessus sans que nous ayons seulement à lever le petit doigt, pardon je devrais plutôt dire : à la condition unique que nous ne levions surtout pas le petit doigt !

Cà ne vous a pas interpelé, vous les autres ? Tous ceux à qui depuis des quasi millénaires on explique que la France est ruinée, qu'elle est au bord du gouffre et qu'elle ne peut pas se permettre de dépenser "un pognon de dingue" pour entretenir une bande de feignants indécrottables ?

Mais alors on nous aurait menti depuis la fin des années 80 ?

On aurait sans cesse chanté les vertus de la rigueur budgétaire, du travail "libérateur", alors qu'on imaginait possible d'appuyer sur le bouton "'pause" voir "arrêt d'urgence", sans pour cela provoquer de drame ?

On aurait vanté le sacro saint travail et dénoncé l'apathie des chômeurs, tout en sachant pertinemment qu'on pouvait se permettre d'arrêter la machine en rase campagne à la condition de partager un peu plus ! Un peu mieux et de salarier des gens sans contre partie aucune ?

Pire encore, alors qu'on ne cessait de fustiger l'Etat et son infernale propention à se mêler de tout, on l'aurait vu tout soudain voler au secours des petits commerces, des cafetiers, des industriels de tout poils sans se poser de questions sur les choix politiques économiques et sociaux qui ont été les nôtres depuis trente ans ?

Horreur : l'intervention de l'Etat aurait elle démontré son efficacité et l'exigence de solidarité de tous nos concitoyens à l'égard de tous les malades présents ou à venir, nous auraient elles permis de soulever des montagnes ?

L'impôt, le déficit, le secteur public, l'autorité politique, la solidarité inter générationelle et inter personnelle tous ces mots qui jusqu'à il y a quelques mois sonnaient comme autant de gros mots auraient soudain retrouvé leur saveur et leur valeur d'antan ? AU SECOURS KEYNES REVIENT !

Aïe Aie, on nous affirme maintenant qu'il va y avoir un "après corona" qui deviendra sans doute bientôt un avant "autre chose". L'idée devrait nous faire réagir, changer, changer tous (et pas seulement les politiques), changer parce que nous avons prouvé qu'il était possible de dissocier travail et revenus, rigueur et redistribution, efficacité économique et pingrerie ! Nous avons démontré, et les médecins les premiers bien sûr : que ce qui coûte : rapporte, et à mon sens nous ne sommes qu'au début de cette démonstration !

Alors, me direz vous : "Nous sommes au bord du gouffre !" Peut être mais cette proximité nous a déjà donné l'occasion (et convenez en c'est une idée plutôt rare chez moi ) de constater que nous étions un grand pays capable de faire face : Ensemble ! Médecins, certes, mais aussi éboueurs, employés de commerces, livreurs, et j'en passe...

Oublier cette idée force et revenir, comme semble vouloir en rêver E Macron au "buisness as usual" serait donc non seulement une lourde erreur, mais en plus çà nous empêcherait de reconsidérer le sort que nous avons réservé aux quelques millions de nos concitoyens que nous avons enferrés dans la pauvreté durant des décennies, au nom de principes maintenant surannés !

Et la finance m'opposerez vous maintenant ?

Pour le peu que j'en sache, je sors plus riche de la crise que je n'y suis entré et à mon sens la bourse serait mal venue à reprocher maintenant à l'Etat sa générosité nouvelle envers les populations les plus fragiles ! Elle a, à mon sens largement bénéficié de ses largesses et de son intervention durant la crise: a preuve son niveau "d'après Corona"! Il serait bien qu'elle souffrît un peu du fait que l'on s'occupât, et d'urgence, des gens dans le besoin, ne serait ce que pour éviter que les prochaines crises du même genre ne provoquent les même drames et ramènent en nos contrées un autre mal que l'on pensait avoir définitivement éradiqué : la faim !

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