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Billet de blog 27 septembre 2016

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Disparition des ouvriers du champs politique et social

On affirme très souvent que l'ouvrier a disparu de l'espace politique et social. Si ce constat est partagé par de nombreux observateurs, peut on cependant exclure une résurgence (sous d'autres formes ?) d'une nouvelle classe ouvrière et d'un combat "ouvrier" ?

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On affirme maintenant que la classe ouvrière est la grande absente de la vie politique française et que les classes laborieuses font pâles figures dans les assemblées !

Comment s'en étonner pourtant quand on pense à la particulière ferveur avec laquelle la France s'est attachée à démanteler et parcelliser la classe ouvrière française.

Il y a seulement trente ans, en effet, la classe ouvrière avait un nom, un ou des visages (Marchais , Laguillé...), une couleur (le bleu) ! Bref être ouvrier c'était : ETRE, appartenir à une catégorie, une masse, et mener un combat !

Oui, je sais ce que vous allez dire, alors on va pas continuer sur ce terrain parce que...

Non, non, les ouvriers n'étaient ni des feignants ni des semeurs de troubles ! Ils avaient pour la plupart une valeur en commun : le respect du travail bien fait et l'amour de ce travail. Pour beaucoup d'entre eux, il y avait peut être le bar et les rigolades lourdes à la fin de la journée, mais il y avait aussi le sentiment de participer à la construction de quelque chose qui les dépassait tous : le progrès ! Et pour beaucoup d'entre eux, le progrès avait un sens et constituait une promesse : celle d'un lendemain qui chante !

Oui, devenir ouvrier chez Renault ou PSA c'était sans doute un premier pas vers une assençion sociale : "une perçée ver le haut" en quelque sorte !

Le mauvais génie des années 1980/2000 a constitué essentiellement à détruire çà, à ruiner à la fois le groupe social et à démanteler les grandes centrales qui l'animaient ! Au nom d'un libéralisme sauvage et sans limite ; par une brutalité sourde et sans réponse possible les grandes entreprises ont, une à une destructuré leur base ouvrière. Ici on a remplacé les hommes par des machines (regardez ce qu'est devenu Peugeot Poissy); là on a purement et simplement fermé les unités de productions pour aller produire moins cher ailleurs ! Parce qu'un ouvrier çà coûte !

Pour la faire courte, en quelque sorte toute la société s'est mise à "bouffer de l'ouvrier" , en commençant d'ailleurs par ne faire payer la protection sociale que par le travail ! En démultipliant à l'excès le coût du travail, notre organisation sociale a tué l'ouvrier, l'a rendu obsolète !

Vous me direz que l'ouvrier en lui même n'a pas disparu pour autant, il est maintenant opérateur chez MC DO, cuisinier chez Leroy Merlin, ou caissier à temps partiel chez Mariaunod... Bref il n'est plus rien, plus qu'un vague morceau de chaine interchangeable, cotoyant le plus souvent de jeunes intrants sur le marché du travail qui espèrent bien, eux, finir leur vie ailleurs qu'à la caisse... Qu'à la casse devrais je dire !

En fait je dis à la casse, pour ne pas dire chômeur en CDI : les ouvriers sont devenus des sans paroles, des sans voix, auxquels même l'Extrême Droite qui prétend les représenter ne promet rien de constructif ! On leur a inventé le RSA pour patienter, les emplois jeunes pour rigoler, mais beaucoup sentent bien qu'on a pas besoin d'eux : à preuve on ne construit plus de logements ouvriers !

Alors, alors hier l'ouvrier était peut être sale, il sentait peut être mauvais, mais comme le disait mon grand père :" la main d'un ouvrier qui travaillait n'était jamais sale " et il fallait être fier de la lui serrer !

Aujourd'hui le chômeur qui le remplace est devenu un épouvantail à coté duquel on détourne le regard. Aujourd'hui l'ouvrier, c'est celui que les biens pensants refusent comme voisin. Il est faut de dire qu'il a disparu, qu'il s'est évanoui du champ économique et surtout social (il vide encore les poubelles à Paris à temps partiel), mais la nouveauté c'est qu'on lui a définitivement interdit de rythmer la vie économique et sociale.

Du point de vue du patronat et surtout de l'encadrement, cette mise au pas pourrait sonner comme une grande victoire, prometteuse de paix sociale et politique, de cohésion et de bonheur retrouvé. Le Brexit vient pourtant à point nommé pour leur rappeler que l'ouvrier trouve encore des modes de contestation à sa mesure, et risque de provoquer de nombreuses surprises dans les débats à venir (en particulier sur l'Europe)...

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