Faire la paix ?

Au delà du Covid, faut il un plan d'urgence pour la jeunesse afin de lui montrer qu'elle ne sera pas la "grande brulée collatérale" de la crise ?

A mon sens la question vaut d'être posée ainsi quand je vois autant de bonnes consciences s'insurger contre la violence actuelle des mineurs ! A en croire ces bonnes gens : les jeunes seraient de plus en plus violents, et leur manque de repères serait de plus en plus criant, au point qu'on pourrait presque les "excuser de leur comportements".

Ces monstres d'un nouveau genre seraient donc à bannir plus durement, à châtier sans pardon pour faire exemple, pour tarir cette soif de sang qui semble animer tant de nos "nouveaux jeunes" abreuvés d'images et d'idéologies violentes par internet et maintenant le darkweb !

Ces propos qui semblent ranimer le débat sur la tolérance zéro, paraissent pourtant sonner comme de très vieilles antiennes, des polémiques sans cesse remises au gout du jour depuis la nuit des temps en fait. Disons le donc avec force, le problème de la violence juvénile n'a rien de nouveau, la seule chose qui différencie notre époque des autres c'est qu'aujourd'hui nous apparaissons tout à fait désarmés face à ces comportements alors même que la résonance de ces événements n'a jamais été aussi forte ! On tue à Marseille ou à MLJ et dans l'heure qui suit le monde entier est au courant, les média répercutant avec forces ces actes odieux à l'infini, et les politiques s'en emparant sans coup férir pour faire monter la sauce !

Il y a trente ans on parlait déjà d'anomie, de manque de repère, de manque de perspective, d'absence de figure d'autorité, et on  montrait du doigt ces cités dortoir qu'à force de ne plus vouloir on a fini par détruire malgré la crise du logement que nous vivons ! On aurait donc  pu penser qu'en trente ans maintenant les choses avaient évolué et qu'à force de démolir des tours on avait résolu le problème, parce que forcément c'était les tours le problème...

Pendant ce temps, nous avons pourtant  choisi de taire définitivement les soubresauts de MLJ ou de la banlieue Lyonnaise quitte à laisser dériver ces continents de violence interne, de No Futur endémique. Les rares exceptions sortant du rang ne servaient alors qu'à discréditer un peu plus le reste de la population condamnée à vivre de petits traffics et d'arrangements inavouables. SILENCE...OR le confinement n'a dû, à cet égard,  que renforcer la violence de ce milieu, encore plus condamné que d'habitude à vivre sur lui même !

Ce qui m'étonne donc, non en tant qu'observateur avisé, mais simplement en tant que citoyen, c'est qu'on puisse s'étonner des violences actuelles, qui si on opte à nouveau pour un confinement très dur, risquent de s'aggraver à un point dont on a pas conscience !

Confiner, compresser des gens dans des conditions sociales de plus en plus précaires, c'est sans doute s'exposer à plus ou moins long terme à de véritables explosions qui pourraient très bien être spontanées, surtout si rien de nouveau ne les attend à la sortie ! A force de ne pas vouloir voir que 30% de nos jeunes sont sans solutions, sans avenirs, et brûlent d'être condamnés au néant parce que nous avons trop pris l'habitude de faire de ces derniers des variables d'ajustement,  nous risquons de faire du covid, un peu plus qu'une pandémie : une catastrophe nationale alors même que nous sommes en train de dépenser sans compter.

Un geste donc, une parole, une promesse de lendemains meilleurs, mieux l'exposition de nos buts de guerre vers la jeunesse (puiqu'il parait que nous sommes en guerre...) serait peut être un acte de courage et de bon sens à entamer envers ces gamins qui se morfondent dans leurs trop petits appartements. Ce serait déjà , en tout cas un appel à la responsabilité en leur direction Un appel qui ferait d'eux, enfin, des acteurs politiques réellement pris en compte Mieux, un geste pécuniaire envers ces mômes, pour leur permettre comme à tous de couvrir au moins leurs besoins primaires serait  un acte politique fort leur rappelant à eux aussi qu'ils font parti intégrante de la nation et qu'on ne les oublie pas !

Il ne s'agit pas là de faire nos jeunes des assistés comme on l'entend si souvent à la télé ou à la radio, il s'agit au contraire de les apaiser et de leur permettre d'attendre des jours meilleurs, dans de MEILLEURES CONDITIONS DE VIE, tout en leur rappelant qu'on prend en compte leur souffrance, parce souffrance il y a !

Cà n'est pas parce qu'à force de vieillir nous avons idéalisé notre jeunesse et laissé croire que nous étions tous de gentils petits agneaux taillables et corvéables à merci, qu'il faut tolérer que comme hier, les jeunes soient encore les grands brulés de notre système social ! Nous leur apprenons à force de répétition que : "les hommes naissent et demeurent libres égaux en droit" !

Qu'attendons nous donc pour appliquer ce beau principe envers notre jeunesse en accordant le RSA à ceux qui en font la demande afin qu'elle puisse expérimenter au moins en partie cette liberté, liberté chérie ?

Je sais...vous allez me dire que...

Mais : nous sommes en guerre et nous nous battrons quoi qu'il en coûte, n'est ce pas ?

Il est temps de transformer cette parole en acte si l'on veut se donner une chance de détourner la jeunesse de la violence et la voir adhérer de manière certaine à notre combat  ! Il est temps de donner aux jeunes si toutefois nous continuons de croire que pandémie et misère on parties liées ! Il est temps de donner aux jeunes sans contre parties, sans attentes : faisons leur confiance pour inventer notre monde de demain quitte à leur faire comprendre que le RSA n'est qu'une base d'envol : à eux d'en faire ce qu'ils souhaitent !

Nous avons besoin de soldats dans les banlieues pour mener ce combat "hygiéniste" ? Nous avons besoin de conseillers pour sensibiliser les populations, nous avons besoin d'énergies pour rompre les isolements, et pourtant nous ne faisons rien pour cette jeunesse qui, parfois, crie famine : pire au travers de la polémique sur les parasite nous continuons à la culpabiliser, alors même que nous savons qu'il faudra des années à l'économie pour se redresser ! Un comble quand même ! 

Donnons aux jeunes des armes pour se battre dans un combat qui vaille, pour tous, la peine d'être vécu, maladie, isolement, confiance en soit, retour vers la société, tous ces termes doivent pouvoir être mis sur la table, y compris avec les jeunes, y compris avec les plus compromis dans la violence et les traffics. Si nous voulons leur faire comprendre que nous ne sommes pas leurs ennemis, il faut casser leur ghettos, briser leurs habitudes, et leur apprendre à regarder le ciel autrement.  

Cà va nous couter ma bonne dame ?

Cà nous coutera certainement moins que le sang et les larmes auxquels ces enfants semblent promis...                

 

    

   

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