Risquer l’irrespect.

Bon ok, j’l’ai mis le masque, mais comment dire j’ai presqu’envie d’en faire une chronique vulgaire, colérique, insupportable ! Ouais j’ai passé l’âge et pourtant ce masque, votre masque i’m’donne envie de sonner le clairon de la révolte, et pourtant...

Et pourtant je le reconnais j’ai été un des premiers à en acheter, mieux, à le porter de manière quasi systématique dans la rue.

Alors il m’a sans doute fallu quelque chose pour que ce masque devienne un objet de crispation, de colère, d’incompréhension !

Il était beau au début et tout à coup je me suis rendu compte que, peut être, il protégeait d’autre chose. J’avais beau le grimer, lui écrire sur le front un « fuck you » bien désuet et sans doute passé de mode, il m’apparaissait que justement, ce « fuck you » était devenu inaudible, visible certes mais sans grande porté. On m’avait incité, mieux, obligé à porter un masque mais je me demandais de plus en plus si ce masque n’était pas d’abord et avant tout un bâillon, un empêcheur de « gueuler en rond » ! Une sorte de sourdine ! Un extincteur de voix !

Et il m’est apparu qu’on avait donc mieux maintenant que les CRS ou les unités motocyclistes pour faire taire toute contestation, toute remise en cause de la société ! On avait LE CORONA VIRUS et son masque obligatoire !

Qu’importe que la menace soit particulièrement ciblée, qu’importe que les victimes se recrutent essentiellement dans une classe d’âge assez bien désignée, il fallait que le masque s’impose, il fallait que le dogme de l’auto protection... ou de l’auto silence laisse son emprunte dans la société !

Et de fait quelle réussite :

Tues soudain les manifestations de colère, les revendications salariales, les contestations sociétales ! Interdites les embrassades, les accolades, et autres petits bisous ! On fait désormais un écart  lorsqu’il s’agit de croiser quelqu’un et on tremble à l’idée de traverser une foule d’une dizaine de personnes. On en est ainsi rendu à un point où ( et même si c’est pas mon habitude personnelle) « aller s’taper une chopine entre potes semble passer pour la plus grave des menaces » !

Bref, sans le dire, mais en le disant quand même on semble se diriger, en tout cas pour nos sociétés latines, vers une mort sociale, une mort irrémédiable.

L’autre comme menace ! L’autre comme un ennemi !

Dans d’autres temps pas si lointain, ce discours, qui n’avait pas encore ce « drapé médical », semblait des plus abjects à la grande majorité de mes concitoyens, et voilà qu’il est passé, là, comme une lettre à la poste, et qu’on nous a imposé en son nom une réclusion de deux longs mois sans que personne ne se pose de question, alors même qu’on a vu tous les scientifiques, tous les politiques s’empêtrer dans les contradictions les plus étranges, les plus incompréhensibles...

Tout c’est donc passé ainsi, comme si nous avions admis la transition de notre modèle vers une société de la peur et de la fermeture à l’autre. Ce que même Le Pen n’avait pas réussi à.faire,  un petit virus, dont on dit qu’il ne résiste pas plus d’une heure à l’air libre (pauvre Jean Marie) nous l’a imposé, dicté, et personne jusqu’à maintenant n’a semblé contester !

Chapeau l’artiste !

Jusqu’où va donc aller ce silence, cette discipline si surprenante quand on se réfère à l’esprit gaulois ! La maladie suffira t-elle à nous condamner à cette « petite mort » ?  A cet énorme déclin de la pensée et de l’activisme politique et social ? A ce SILENCE qui sied si bien à une société vieillissante ?

A l’aune de cette crise, oui, il va y avoir des morts, des morts sociaux, des « morts humains », perdus, parce que pendant ce temps là on ne se préoccupe pas de ce qu’ils deviennent, on ne s’inquiète pas du « No Future » qui va peu à peu miner leurs esprits si notre société se referme sur elle même et condamne les « vrais plus fragiles » à un isolement social et financier grandissant !   

Vous m’direz qu’en même temps « çà tombe bien » l’corona virus fait le plus de victime là où le chômage et la pauvreté sont les plus présents, une aubaine ?  `

Et si c’était plutôt là que se situait le problème ? 

Dieu que j’étais « tranquille » durant le confinement ! Je mourrais, certes, mais comme c’était en silence, un silence quasi impensable, j’avais le sentiment d’être serein...Jusqu’au moment où je me suis demandé si justement çà n’était pas çà, la mort, et s’il n’était pas urgent d’en sortir, quitte à m’apercevoir, une fois à l’extérieure que la vie était certes « une maladie mortelle », mais une maladie bien plus douce que celle qui visait à me faire étouffer dans un pot à confiture !

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