Moderniser pour prospérer ?

Je sais que je dépeins souvent ma société sous ses aspects les plus sombres, mais à l'aube d'une crise qu'on nous annonce sans précédent, c'est une manière pour moi d'interroger le constat de long terme selon lequel depuis près de 90 ans maintenant nous n'avons quasiment jamais cessé de nous enrichir...

Je n'y connais donc rien à la chose économique, n'empêche qu'il n'y a pas besoin de sortir de l'ENA pour constater à quel point la politique économique de nos gouvernements et de la BCE ont favorisé de manière scandaleuse les catégories moyennes supérieures et ce au détriment des autres !

Entre les crédits d'impôts pour ceci, les défiscalisations machins pour truc, et surtout surtout la taxation quasi unique des revenus directs du travail, les autorités et l'opinion publique se sont arrangés pour "suicider" les catégories populaires. Etouffée par une inflation à zéro qui leur interdit l'accès à l'emprunt, elles en paient pourtant plein tarif l'envolée déraisonnée des logements, et la mécanisation effrénée de tâches devenues trop chères !

Comment s'étonner de la fureur des. gens les plus modestes, ces gens dont la société voudrait bien se défaire ou pour le moins tenir à l'écart de toute décision politique et sociale ? 

Dans ce qu'on a le front de présenter comme la cinquième puissance économique du monde, de surcroit accueillante à toute la diversité, on maintient de facto les plus modestes dans des positions sociales impensables qui font qu'il leur est impossible ou presque de trouver un logement parce qu'ils n'ont pas de travail, et de trouver un travail parce qu'ils n'ont pas de logement ! A moins bien sûr, qu'ils acceptent (et çà se fait plus souvent qu'on ne croit ) de dormir dehors !

Mieux, pour corser un peu la chose, nous nous sommes arrangés pour faire en sorte que l'emploi soit si rare que, de toute manière, on ne puisse plus raisonnablement espérer faire baisser le nombre de chômeurs en deçà des 3 millions !

Bref, le coût social de l'intégration personnelle est devenu aujourd'hui exorbitant !

On oubliera ici de rappeler que nos 80% de bacheliers, censés participer lors du projet initial à la modernisation du pays, se retrouvent de facto sans emploi, ou derrière les rares caisses encore parsemées dans les magasins ! On taira le fait que plus de Cinq mille candidats se pressent à un concours qui recrutera tout au plus 200 adjoints administratifs, et ce silence permettra sans doute de mieux justifier encore la position d'un gouvernement qui entend durcir un peu plus les conditions d'accès à des indemnités de chômage dignes permettant de subsister !

Tout se passe donc maintenant comme si nous avions choisi une catégorie de la population contre l'autre, un mode de vie contre l'autre ! Nous avons entériné la quasi disparition de notre tissus industriel largement délocalisé et ce faisant nous avons mis à bas le monde ouvrier dont les oripeaux ne font plus peur à personne. Vive maintenant le webmaster qui crée tout au plus 200 postes de travail là ou il y en avait naguère des milliers !

Résultat : finie la construction de logement bon marché, nous saluons maintenant le règne de la petite maison individuelle dont l'un des résultats les plus catastrophique est de participer à l'étalement urbain et à la raréfaction des terres agricoles ! Eliminé le projet de "mixité sociale" les voisins se ressemblent désormais tellement qu'on se demande s'ils ne pourraient pas jouer ensemble à échanger de maison ou de monospace tous les quinze jours (histoire de se dépayser un peu). 

Grace à la mécanisation de nos industries mais aussi en grande partie de toute notre économie, nous avons supprimé un grand nombre de postes pénibles, sans intérêts, et sans qualifications, mais nous n'avons pas pensé le devenir des gens qui les occupaient et surtout surtout nous avons abouti à une course sans fin au diplôme et à la formation qui nous coute cher et trop souvent ne débouche sur rien !    

Aujourd'hui que la crise économique menace de renforcer encore le constat que je viens de faire je voudrais rappeler que ces évolutions nous ont été vendues (un peu comme les 35 heures d'ailleurs) comme le moyen de mettre fin aux emplois pénibles, à la précarité, et à la pauvreté. Mieux ce projet était à la base de la lutte contre le chômage, un chômage que la modernisation du pays devait faire disparaitre...

 

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