La tentation traditionnaliste

 cea3b402-241b-11e1-a8f4-f9ad5a5d6252.jpg

J'ai longtemps hésité à aborder le sujet des chrétiens de droite, traditionnalistes et apparentés, qui, tous les jours plaident pour une Eglise qui se ferme et qui s'affirme dans des options passéistes et surannées. Je ne voulais pas leur faire de pub. Mais je me suis aperçu que malgré l'intensité du bruit qu'ils font, ils sont franchement minoritaires. Je ne veux pas les ménager. Ils sont une plaie pour l'Eglise et même pour l'humanité. Je veux dire ici pourquoi.

Il y a une demi-douzaine de sites Internet tenus par ces chrétiens d'un autre âge : Le Salon Beige, Riposte Catholique, Observatoire de la Christianophobie, Les 4 Vérités... etc. En fait, derrière tous ces sites, on trouve les mêmes personnes. Ils sont très actifs mais n'abordent que des sujets qui fâchent. Je voudrais en aborder quelques-uns ici.

1. La France doit être catholique, c'est "la fille aînée de l'Eglise"

C'est ce qu'ils avancent pour justifier leur ardeur à uniformiser la société. La France n'est pas plus fille aînée de l'Eglise que n'importe quel pays. Il n'y a pas de privilège ou d'héritage dans la propagation de la foi. Un peuple ne passe jamais avant les autres. Mieux encore, ce sont les pays les plus pauvres, les plus souffrants qui doivent passer en premier rang devant Dieu et l'Eglise. Un pays qui fait le fier ne prend que la dernière place. C'est écrit explicitement dans l'Evangile. Et cela impose, bien entendu, de quitter l’argument « nos pauvres d’abord » qu’ils avancent si souvent.

2. Il faut retrouver les "racines chrétiennes" de la France, une "civilisation" chrétienne

Ces "racines" n'existent pas. La foi s'enracine dans les cœurs, pas dans l'histoire d'un pays. Marion Maréchal Le Pen l'a même reconnu explicitement pour justifier le rejet des étrangers. Elle distinguait l'engagement d'un pays et l'engagement personnel. Un chrétien a pour racine sont attachement à Dieu, à Jésus... Et souvent, les traditionnalistes sont bien en peine de parler de cet attachement personnel.

Parfois, ils parlent de "valeurs chrétiennes". Mais pour eux, il ne s'agit ni l'ouverture au plus pauvre, ni d'amour de tout homme. Non, quand on lit bien leurs textes, les vraies valeurs, pour eux, ce sont l'héritage et le mérite. Pour eux, quelqu'un qui "hérite" est privilégié. L'héritage qu'il a reçu lui donne des privilèges à côté des autres. Et le mérite dont ils parlent est le moyen pour le non-privilégié d'avoir droit à cet héritage. Mais le mérite dont ils parlent est un mérite très étroit : se taire et subir, c'est cela qui pour eux est "méritant" !

Ils avancent le fait que la religion catholique doit s’imposer aux autres. Belle invention. Ils n’ont jamais compris le message de la parabole du bon grain et de l’ivraie, ni même celle du Samaritain. Laissons-leur le temps de comprendre tout cela !

3. La liturgie passe avant l'accomplissement de l'Evangile dans la vie quotidienne

C'est la plus grande imposture. Pour la justifier, ils disent que la célébration liturgique existait avant la mise par écrit des évangiles. Ils oublient que l'Evangile avec un grand E avait été entièrement prononcé par Jésus-Christ, fils de Dieu. Il a enseigné cet Evangile (Bonne Nouvelle) pendant 3 ans et c'est seulement au terme de ces trois qu'il a institué l'Eucharistie. Un chrétien est celui qui aime et qui célèbre cet amour. On ne peut pas faire l'impasse sur l'un pour ne vivre que l'autre. Il est d'ailleurs très symptomatique que quand ils parlent de leur charité personnelle, ils invoquent le caractère "privé" de celle-ci. Et jamais, ils ne parlent de l'aspect communautaire de cette charité... C'est du minimalisme, une déformation grave de ce qu'est la vie chrétienne.

4. Le retour à la messe d'avant le Concile s'impose : 

Cette messe voyait des prêtres habillés avec des ornements d'un autre âge tourner le dos aux fidèles. Ils célébraient en latin et chacun des fidèles, enfermés dans des bulles individuelles, suivaient la messe dans un missel. Ces fidèles n'étaient jamais "dérangés", n'avaient aucun contact avec leurs voisins et communiaient « sur la langue »... Voyons cela en détail :

Le latin serait donc préférable. Je ne connais pas un seul être humain qui emploie le latin pour son oraison personnelle. Le latin n'est certainement pas la langue du cœur (C'est peut-être pour cela qu'ils y tiennent !)... La relation personnelle que j'ai avec Dieu m'incite bien évidemment à parler à Dieu dans ma langue de tous les jours. Il n'y a pas d'exception à cela. 

Le latin n'est pas plus "sacré", plus "noble" que les langues vernaculaires. Pour sourire, regardez cette phrase en latin. Elle fait partie du Te Deum que la prière des heures nous propose à prier tous les dimanches soir :

Tu ad liberandum suscepturus hominem, non horruisti Virginis uterum.Littéralement : "Pour délivrer l'homme, tu n'as pas abhorré l'utérus de la Vierge." Est-ce plus "saint" que de dire : "Tu n'as pas craint de prendre chair dans le corps d'une vierge, pour libérer l'humanité captive" ?

Le "dos au peuple" serait le signe que tous se tournent vers Dieu. Oui, bien sûr. Pour une prière communautaire, cela s’imposerait. Mais pour l’Eucharistie ? Jésus a-t-il tourné le dos à ses disciples le soir de la Cène ? Pour l’eucharistie, le prêtre est au service de l’assemblée. La moindre des choses, pour eux, est de ne pas lui tourner le dos et de les regarder. La messe de Pie V n’a jamais tenu compte de cela.

Le « geste de paix » instauré lors du concile de Vatican II n’a pas lieu d’être pour ces gens. Ou alors, de manière minimaliste : juste à ses voisins de droite ou de gauche. Ben oui : entrer en relation avec ceux qui sont autour de soi, c’est briser la bulle personnelle à laquelle ils tiennent tant.

Pour justifier la « communion sur la langue », ces gens avancent l’argument du respect pour l’hostie consacrée. La beauté du geste symbolique de la main tendue ne les touche pas une seconde. Pour eux, la main, c’est sale ! Ils oublient ainsi que la langue qu’ils tendent est l’organe des péchés de gourmandise, de gloutonnerie. C’est avec la langue qu’on diffame, qu’on médit, qu’on calomnie, qu’on insulte et qu’on injurie… Quel est donc ce divin réceptacle que l’on tendrait au prêtre ?

Heureusement, ces gens sont très peu nombreux. En France, ils sont plus répandus qu’ailleurs. Mais, même sur ce territoire national, ils sont en minorité. La toute grosse majorité des hommes savent le message d’amour et de paix de Jésus, le Fils de Dieu. Ils savent le double commandement d’amour de Dieu et des hommes (Les deux sont « semblables ») qu’il nous a donné.

Ils se targuent de nombreuses vocations. Alors que la proportion de ces vocations sur l’ensemble des vocations au niveau mondial est absolument infime. Quand les prêtres donnent le choix au fidèles de recevoir la communion sur la main, ceux-ci, dans leur immense majorité, choisissent ce geste humble et parlant... Leurs idées politiques restent minoritaires malgré la montée du FN. D'ailleurs, La Croix a publié, il y a peu, un sondage qui essayait de voir où partaient les voix des catholiques. L'extrême droite y est minoritaire.

Ces gens, sur les réseaux sociaux, insultent, injurient, diffament, font des procès d'intentions très fréquents, ironisent, manient le sarcasme... envers les chrétiens qui ne pensent pas comme eux. Preuve, s'il en fallait, de la haine viscérale qu'ils ont pour ceux qui sont différents.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.