Changer le monde, c'est rompre mes habitudes...

L'actualité récente nous met très près de nous, à portée d'engueulade diraient certains, des situations qui nous dérangent terriblement. Que ce soit Georges Floyd, le mouvement Metoo, ou le cri d'alarme des scientifiques pour le sauvetage de la planète, nous recevons ce qui est dit en pleine gueule et nous nous voyons intimider l'ordre de changer nos habitudes...

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Hier, sur Twitter, j'ai été très frappé (le mot est faible) de voir les réponses à un tweet de la députée Obono (FI). Elle avait eu l'audace d'écrire "Castex, encore un homme, blanc, de droite..." Elle dénonçait ainsi trois caractères du Premier Ministre qui montraient que le monde ne changeait décidément pas. Curieusement, ce n'est pas le fait qu'elle souligne que ce soit un homme qui soit à Matignon qui allumait les colères. Dans toute la Vème République, il n'y a eu qu'une seule femme Premier Ministre et pendant peu de temps. Cela semblait clair pour les contradicteurs d'Obono. On aurait pu choisir une femme. On ne la critique pas non plus pour le "de droite". On semble reconnaître que décidément Macron, c'est définitivement "Et de droite, et de droite".

Non, ce qui a enragé les lecteurs du tweet, c'est évidement le mot "blanc". Beaucoup prennent ça pour une déclaration de guerre, comme si les noirs ne pouvaient pas donner cet avis-là, qu'ils devaient rester dans l'ombre et se taire. Ils devraient être bien content déjà qu'on les laisse vivre parmi nous, non.

Dans le même temps, un grand journal américain, le New-York Times, décidait d'écrire désormais le mot Black avec une majuscule et le mot withe avec une minuscule. Il n'en fallait pas plus pour donner à ce choix un caractère inadmissible, insupportable pour beaucoup. Tous les adjectifs ont été employés pour qualifier cette mesure : "traîtres, nous ne plierons jamais, vendus, les blancs comptent aussi... etc."

Comme si une guerre était allumée, celle des blancs contre les Noirs. (Tiens, ben oui, je vais faire comme le NYT...) Les Noirs peuvent exister mais rester tranquille, ne pas donner leur avis, leurs espoirs, leurs rêves... C'est à eux de changer, pas à nous... Et on accommode cela des poncifs "je ne suis pas raciste, ma meilleure amie est noire", "je ne suis pas raciste mais il y a des limites", "je ne suis pas raciste mais je n'aime pas les noirs (sic)"...

La veille, je parlais de tout autre chose avec des gens. Je leur partageais le fait que depuis 6 ans, j'avais choisi de rouler sur autoroute avec mon régulateur de vitesse bloqué à 100 km/h. Beaucoup ont pris cela comme une invitation à faire la même chose (ce qui était un peu vrai mais pas que). Je disais que casser mes habitudes me permettait d'être plus Zen face au réchauffement climatique. D'ailleurs, j'ai aussi opté pour le 0 déchet et d'autres petites choses qui, je dois le dire ont bousculé ma vie quotidienne. Et bien non, je ne pouvais pas dire ça. "D'ailleurs, rouler moins vite, ça ne change presque rien. Mieux vaut obliger les gros pollueurs à changer", me dit-on. "C'est un non-sens, cela ne change rien à la teneur du CO2 dans l'atmosphère, tu es un danger pour les autres conducteurs"... Bref, toute une série de parades pour éloigner d'eux le spectre de la limitation de vitesse...

Vous voyez où je veux en venir, je suppose...

Ce que l'affaire Floyd a révélé, c'est que les Noirs en ont assez de ne pas être reconnu comme des êtres humains à part entière. Ils demandent que nous changions leur regard sur eux, pour qu'ils deviennent nos égaux, ne plus être contrôlés au faciès, ne plus être discriminé à l'embauche . L'initiative du New York Times va dans ce sens. Ils disent "nous avons reçu votre message, nous allons faire pour vous, un petit geste de discrimination positive. Nous écrirons Black avec une majuscule". Bien sûr, c'est symbolique, ça ne change rien en soi, mais c'est rompre une habitude pour que les choses, au final, se passent mieux. C'est une manière de leur dire "vous valez mieux que ce que nous vous donnons". Le racisme est dénoncé par tout le monde ou presque. Il faut les petits pas de ce genre se multiplient. Rompre nos habitudes, c'est changer le monde. 

Il en est de même pour l'écologie. Si nous ne cassons pas notre manière habituelle de vivre, l'humanité entière disparaîtra. Et casser nos habitudes, c'est de toutes petites choses : laisser nos voitures à l'extérieur des villes, choisir le vélo quand c'est possible, rouler moins vite, trier et choisir ses déchets, acheter malin... Tout cela ne résout pas tout, évidemment. Mais c'est transformer petit à petit notre vie pour un avenir meilleur.

Un mot encore sur le féminisme qui est aussi un domaine de discrimination. Changer nos habitudes, c'est accepter de voir beaucoup plus de femmes aux postes de commandements, par exemple. Mais c'est aussi adopter l'écriture inclusive. Je l'adopte. Ca ne change pas grand chose mais c'est un signe pour les femmes : "je vous ai entendu, j'essaie de vous mettre à votre vraie place quand j'écris"...

Faire avancer l'humanité, c'est briser nos habitudes au jour le jour... Je change mes habitudes pour que toi, tu puisses vraiment t'épanouir. Aucune défaite là-dedans. Juste un peu d'amour...

Et la Députée Obono avait raison : Une Première Ministre Noire et de Gauche, ça n'aurait pas du tout fait de mal à la France. Vous avez Taubira, non ?

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