Deux femmes, deux voiles, deux sourires...

Le 28 mai dernier, je publiais un tweet qui a suscité, bien malgré moi, un déferlement de haine. Beaucoup y ont vu de la provocation. Or, telle n'était pas du tout mon intention. Je dis ici ce que ce tweet évoque en moi.

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Le voilà, ce fameux tweet. Deux femmes, deux voiles, deux sourires... La première est Maryam Pougetoux, musulmane et représentante de l'UNEF, Syndicat étudiant. L'autre est une religieuse catholique des Soeurs Apostoliques de St Jean, une congrégation nouvelle née dans les années 70.

La première, je ne la connais que par les médias. Rappelez-vous : pour beaucoup, le port de son voile était problématique, contraire à la laïcité. L'autre, je ne la connais pas personnellement mais je connais bien la spiritualité de sa congrégation, que j'aime beaucoup. J'ai, à plusieurs reprises fait des retraites dans des prieurés de la Communauté Saint Jean.

C'est le hasard pur qui m'a fait penser à rapprocher ces deux photos, une recherche sur Google en l'occurrence. Je trouvais beaucoup de ressemblance dans les modèles de leurs voiles et je me disais que, si elles se rencontraient un jour, elles auraient plus de choses à partager qu'on ne le pense. L'une a choisi de militer dans une organisation syndicale et j'ai toujours eu beaucoup de respect dans cet engagement. J'ai moi-même été délégué syndical et je mesure l'importance du temps et du travail qu'exige ce choix. L'autre, religieuse apostolique, partage son temps entre la prière et le service des autres et j'ai aussi beaucoup de respect pour cette vocation si proche du message évangélique. 

Je me suis donc mis à rêver que ce serait vraiment chouette de pouvoir inviter ces deux femmes à partager un repas avec moi,  qu'on aurait beaucoup de choses à se dire...

Vous voyez que faire une comparaison entre deux religions ne m'a pas effleuré l'esprit. Je n'ai même pas songé à la signification du voile musulman (si peu comprise de beaucoup de chrétiens ) ou à celle du voile catholique (si ignorée par ces mêmes chrétiens).

Alors, Maryam, alors ma Soeur, si vous lisez ceci et si vous acceptez mon invitation, dites-le moi. Je rêve de ce moment de convivialité .

Face aux dissensions entre les églises chrétiennes, alors que des théologiens se rencontrent, débattent, mesurent la hauteur, la largeur, la profondeurs des obstacles qui nous séparent, en 1943, un homme décide de sauter au-dessus de ces barrières et fonde une communauté oecumenique qui rassemble des frères de différentes confessions. Il s' agit de Frère Roger et sa "parabole" de communion de Taizé. J'aime beaucoup cette démarche. Je veux très humblement essayer de faire la même chose avec les musulmans. Passer l'obstacle de nos différences pour vivre des moments de vie avec eux. Ma démarche s'inscrit dans cela.

Je m'attends à reecevoir des réactions virulentes à ce billet. L'islamophobie s' affiche ouvertement partout et ne m'épargnera pas. Je demande aux autres lecteurs de les excuser. Il faut du temps pour aimer...

 

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