Moi, le chrétien et Macron...

Après ce 1er tour, beaucoup me demandent pourquoi je suis si méfiant, vis-à-vis de Macron... Ceci devrait les satisfaire...

D’abord, une précision. Je ne suis pas Français. Bien que je ne regarde que les télés françaises et que je ne lis que les titres français, bien que je n’écoute que les radios françaises, je ne suis pas de l’intérieur. La plupart du temps, je ne discute que sur Twitter. On ne peut donc pas dire que je suis un vieux connaisseur de la politique française. J’ai beaucoup à apprendre. Vous avez beaucoup à me donner.

Beaucoup me demandent comment un chrétien peut-il donner son soutien au Mélenchon des insoumis et comment je suis si méfiant vis-à-vis de Macron.

Réglons tout de suite le problème du second tour. Si je devais voter, sans état d’âme particulier, je voterais Macron. Le Pen est pour moi une hydre d’égoïsme et de repli sur soi à écarter du pouvoir impérativement.

Pour moi, un chrétien, ce n’est pas seulement quelqu’un qui suit l’enseignement d’un maître appelé Jésus. C’est d’abord et avant tout un attachement à ce Jésus. Cet attachement est plus important que tout ce qui advient dans ma vie d’homme. Il passe avant ma pratique religieuse, avant mon engagement chrétien, avant les autres attachements de ma vie… Pour un religieux, cet attachement passe même avant l’observance de sa règle. En effet, ce Christ à qui je suis tant attaché, demande de faire les choses sans jamais rompre le lien avec lui, de laisser de côté parfois mes jugements humains pour essayer de discerner les siens.

Par attachement, donc, je lis l’évangile souvent, très souvent… Et sans trop de difficultés, petit à petit, je découvre qui il est, ce qu’il aime, ce qu’il déteste, les gens qu’il choisit de fréquenter, son attitude pour le frère, le prochain, celui ou celle que la vie a mis sur son chemin.

Et je découvre…

-          Les premiers à être prévenus de son incarnation sont des bergers, c’est-à-dire des parias, des rejetés, des gens à qui on refusait tous les droits.

-          Que quand il parle de bonheur (les béatitudes) il commence par les pauvres, les attristés, les doux, les persécutés pour la Justice

-          Que pour lui, l’héritage ou le mérite (valeurs de droite) n’ont pas beaucoup d’importance : Ouvriers de la 11ème heure, accueil du larron crucifié avec lui dans le Paradis…

-          Qu’il marque une très nette importance à celui qu’on rejette : Nicodème, la Samaritaine, le Samaritain de la parabole, les gens de Tyr et Sidon…

-          Qu’il est curieusement muet sur les insurrections contre le pouvoir romain.

-          Qu’il nous donne les questions qu’il nous posera quand nous comparaitrons devant Dieu.

Mt 25 :  34 Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : “Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde.

35 Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ;

36 j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !”

37 Alors les justes lui répondront : “Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ?

38 tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? tu étais nu, et nous t’avons habillé ?

39 tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?”

40 Et le Roi leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.”

41 Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : “Allez-vous-en loin de moi, vous les maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges.

42 Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’avais soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ;

43 j’étais un étranger, et vous ne m’avez pas accueilli ; j’étais nu, et vous ne m’avez pas habillé ; j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité.”

44 Alors ils répondront, eux aussi : “Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, avoir soif, être nu, étranger, malade ou en prison, sans nous mettre à ton service ?”

45 Il leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait.”

46 Et ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes, à la vie éternelle. »

 

On le voit donc, choisir Jésus, ce n’est pas n’importe quoi. Ce n’est pas de voter nécessairement pour ses amis, pour des gens qui ne reflètent pas ce choix radical. Il prend résolument le parti de ceux qu’on rejette. Et le fric, la finance et l’enrichissement, vraiment, il n’aime pas trop…

 Revenons à Macron : Regardons l’homme. C’est difficile. Cet homme n’a pas de CV très long. On sait que c’est un ENArque, qu’il a travaillé peu de temps à la Banque Rothschild , ce qui lui a permis d’etre millionnaire en trois ans, qu’il y a été conseiller financier, puis celui de Hollande (toujours pour l’économie et la finance). Puis qu’il est devenu ministre pour arrêter avant son terme cette mission. C’est tout.

Ses discours ne nous en apprennent pas beaucoup plus. Pour chaque point de programme, quand il les commente, il a de belles envolées lyriques, mais pas beaucoup plus. Du genre « Nous construirons ensemble un avenir où chaque français aura sa place ». L’autre jour, avec des amis, nous avons joué à « parle comme Macron ». Ce n’est pas très difficile et les envolées de rire furent très nombreuses.

Alors, mon attachement à Jésus dont l’Evangile est immensément plus important que tous les discours de Macron me dit STOP. Je n’ai pas à voter pour un golden boy, un homme de la finance, qui, quand il parle salaire et travail, prend l’exemple du costume qu’un jeune travailleur se paiera avec son salaire. Non, pour moi, très peu de tout ça… Si vous voulez me convaincre du contraire, il faudra me trouver dans l’Evangile la preuve que je me trompe.

 Non, c’est drôle de le dire, mais c’est la vérité, je préfère Mélenchon qui prend systématiquement parti pour le pauvre, le chômeur, les femmes, les étrangers... Et de plus en plus de chrétiens, en France font ce même choix. Les inégalités sont si grandes dans le monde qu’une insurrection est inéluctable. Seul Mélenchon en parle explicitement.

 Certains me disent : « oui, mais Macron est pour l’accueil des réfugiés ». Je n’ai pas dit que tout était faux en lui. Je dis que cela ressemble à une espèce de perche tendue aux gens de gauche pour faire avaler le reste. Mais je le dis clairement : je peux me tromper.

 En discutant avec moi, j’espère que vous aurez à l’esprit que je suis Belge, de Belgique et donc, qu’il n’est pas strictement nécessaire pour vous de me convaincre à tout prix. Je ne voterai jamais pour Le Pen, Mélenchon, Macron ou Fillon : ils ne se présentent pas en Belgique.

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