Etre chrétien, être de gauche

Il y a quelques années seulement, je ne me posais pas la question de savoir si être chrétien, cela nécessitait de voter à gauche ou à droite. Ici en Belgique, le clivage gauche-droite est bien moins installé qu’en France.

Il y a quelques années seulement, je ne me posais pas la question de savoir si être chrétien, cela nécessitait de voter à gauche ou à droite. Ici en Belgique, le clivage gauche-droite est bien moins installé qu’en France.

Pour moi, être chrétien, c’est d’abord et avant tout un attachement indéfectible avec la personne du Christ. Et rien, en moi, ne surpasse cet attachement-là.

Je dis « pour moi », car je sais qu’il y a des chrétiens qui sont plus attaché à l’Eglise, à l’histoire des chrétiens, à la Tradition, à l’héritage chrétien… Je ne peux pas parler pour eux. Pour moi, l’attachement au christ est Premier, tant chronologiquement que spirituellement.

Cet attachement me pousse évidemment à mieux connaître Jésus, à étudier de près sa vie sur terre, son enseignement, ses miracles… Bref, je côtoie l’évangile tous les jours… Et lentement, on y trouve des lignes de forces, des lignes qui donnent l’idée de la vie et de la vie en société dont rêve l’homme de Nazareth…

Je voudrais essayer ici d’en donner la teneur.

La première chose que l’on constate, c’est que Jésus insiste très fort sur l’Amour. Il parle de son Père comme de quelqu’un qui aime chaque homme, il aime lui-même tous ceux qu’il rencontre, chaque miracle est un geste d’amour. Et même sa passion et sa mort se réclament de son Amour. Concrètement, il donne un « commandement nouveau » : Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimé ». Il ne parle pas de l’amour-sentiment. Non, il parle de cette faculté que l’être humain possède de faire passer l’autre avant soi, même si cela nous coute. Aimer, c’est une décision : celle de pratiquer la prévenance (mot désuet mais qui, pour moi, est le plus beau de la langue française).

Car, ce que Jésus propose, c’est non seulement de s’aimer entre ses disciples, mais aussi d’aimer son prochain, même les gens qui nous rebutent, qui ne pensent pas comme nous, ceux qui nous sont étrangers, ceux qui ne croient pas comme nous ou qui ont une autre religion, ceux qui ne croient pas et les agnostiques… Lire l’Evangile, c’est recevoir cela en pleine gueule. Et quand on le lit tous les jours, l’âme ne peut que se métamorphoser pour essayer d’épouser les formes de ce message radical.

La vie de cet Homme montre aussi que dans l’amour, il y a des « préférences » et elles font mal : priorité aux petits, aux faibles, aux malades, aux mourants... On ne peut pas effacer cela de l’Evangile. C’est trop flagrant. Pas l’ombre d’un « mais » pour édulcorer un peu la teneur de cet amour-là. Pas de tiédeur ou d’« à peu près »

Alors, il n’y a pas à en sortir : l’engagement est indispensable. Nombreuses sont les associations auxquelles j’ai adhéré pour essayer de donner forme à cet amour : ONG d’aide au Tiers-Monde, amicales d’entraide ici, groupes chrétiens d’attention aux autres…

Et là, peu à peu, la réalité m’apparut : Il y a des formations politiques qui préconisent le contraire de ce que j’essaie de faire. L’exclusion, le mépris, l’égoïsme se font politique dans les partis de droite. Pour moi, par exemple, il n’est pas question d’approuver la suppression de l’impôt sur les grandes fortunes jumelée avec une hausse de TVA sur les produits de base indispensables.

Ceci dit, je ne me retrouve pas toujours dans les positions des partis de gauche… Je suis nuancé et même le parti belge dans lequel je milite n’a pas toujours mon accord sur tout.

Donc, oui, pour moi, un chrétien doit être de gauche mais garder en toutes choses son esprit critique.

Face à ce christianisme d’ouverture, il y a un christianisme identitaire. Celui-ci, en France, s’affiche haut et fort. Et ces gens-là veulent avoir le monopole de la prière, des sacrements, de l’étude des textes ecclésiaux. Au risque de les mettre en colère, je voudrais leur dire ici qu’ils ont tout faux. Nous sommes nombreux, à gauche, à pratiquer notre religion le dimanche et même parfois en semaine, à prier tous les jours, à lire les encycliques… etc. Cela dérange les identitaires, mais c’est la pure vérité. Ce matin encore, quelqu’un me désignait comme un protestant qui s’ignore. Ben non, catholique, vrai catholique, au moins autant qu’eux. Ma présence dans des pastorales et des mouvements catholiques est bien réelle.

 

Donc, oui, chrétien, voulant vivre la vie comme le Christ me le demande, prenant au sérieux son commandement nouveau, votant à gauche par nécessité. Mais fidèle au Pape et à l’enseignement de l’Eglise. Telle est ma route.

Belle et heureuse année 2017...

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