On agresse des journalistes et Mediapart se tait

Quand des journalistes se font agresser au cours de manifestations jaunes, le silence est-il la meilleure politique ?

À Rouen, on tabasse un agent de sécurité qui protégeait une équipe de LCI. À Marseille ou à Toulon, des journalistes de France 3 ou de l'AFP sont insulté.e.s et pourchassé.e.s. À Toulouse, on menace dans des termes choisis une journaliste de La Dépêche du Midi. Dans le Nord ou dans l'Yonne, on empêche la diffusion des journaux locaux.

Dans les commentaires de Mediapart même, on évoque couramment Radio Paris pour parler de Radio France, on insulte copieusement les journalistes, y compris à l'occasion les journalistes de Mediapart, et Mediapart constate tout benoîtement que... le fossé se creuse. Pas que la liberté de la presse est menacée, non : que le fossé se creuse.

On peut comprendre la défiance qu'inspirent bon nombre de médias et d'éditocrates aux Jaunes, et pas qu'aux Jaunes d'ailleurs. Il aurait d'ailleurs peut-être mieux valu se rendre compte avant le moment jaune que les vecteurs d'information ne sont pas exempts d'idéologie, et que cette idéologie est bien sûr le plus souvent l'idéologie dominante : la déception aurait été moins forte.

Un vecteur d'information, quel qu'il soit, est un élément pour se former son opinion ; ce n'est pas, ce n'est jamais un catéchisme. C'est peut-être pour avoir oublié (ou ignoré) cette évidence que tant de Jaunes sont aujourd'hui si furieux contre les journalistes, comme si les journalistes formaient une masse homogène et indistincte.

Il faut voir comment certain.e.s abonné.e.s continuent de reprocher (plus d'un an et demi après !) le choix qu'avait fait Mediapart de voter et faire voter Macron : pour avoir été à l'époque pas qu'un peu contrarié par ce parti-pris électoral, il ne m'est pourtant jamais venu à l'idée que c'est Mediapart qui avait fait élire Macron.

Idem aujourd'hui : je suis aujourd'hui pas qu'un peu contrarié par ce que je tiens pour le parti-pris favorable de Mediapart à l'égard des Jaunes, et je suis donc bien placé pour comprendre que certain.e.s Jaunes puissent être contrarié.e.s par ce qu'elles et ils tiennent pour le parti-pris défavorable à l'égard des Jaunes qu'elles et ils perçoivent dans d'autres journaux. (Si c'est à tort ou à raison, je n'en sais à peu près rien, n'étant pas consommateur de la majeure partie de ces journaux.)

Mais, tout cela posé, je me demande bien ce qui justifie l'étrange silence assez peu confraternel de Mediapart sur ces agression de journalistes. Je me demande ce que signifie cette indifférence de la part des abonné.e.s par ailleurs si prompt.e.s à s'émouvoir (à très juste titre) de la brutalité des forces de l'ordre.

Peut-être faudrait-il tout de même se rappeler qu'il est toujours préférable d'avoir des journaux qu'on peut critiquer que n'avoir pas de journaux qui, pour le coup, seraient effectivement irréprochables.

 

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