Les flics sont-ils cons ?

Alors que, dans le sillage de la mort de Floyd à Minneapolis et la remise au premier plan de la mort de Traoré, ressurgit le débat sur le racisme et la violence à l'intérieur des institutions chargées du maintien de l'ordre, les policiers et leurs familles semblent avoir choisi la pire manière de répondre. Pourquoi tant de bêtise ?

Pour ce qui me concerne, je ne fais pas partie de celles et ceux qui considèrent que la police est par nature viciée. Je la tiens plutôt pour un mal nécessaire : il serait sans doute préférable que nous soyons capables de vivre en société sans police mais les faits sont têtus et, les choses et l'humanité étant ce qu'elles sont, je constate que là où il n'y a pas de police, c'est la loi du plus fort qui s'impose... et la loi du plus fort me paraît plus détestable encore que la police.

Je ne fais pas partie non plus de celles et ceux qui tiennent pour acquis que tous les policiers sont racistes et assoiffés de sang, quand bien même certains biais policiers font que, dans les faits, les Noirs et les Arabes sont très considérablement plus contrôlés par la police que les Roses : c'est amplement documenté et il me paraît inutile de revenir là-dessus.

De même, quand bien même les policiers ne seraient pas tous assoiffés de sang, les errements de la doctrine de maintien de l'ordre à la française font que l'usage de la force, dégénérant souvent en violence, s'est beaucoup trop banalisé selon moi. De ce point de vue, quelles qu'aient été (et quelles que soient encore) mes réticences à l'égard du moment jaune commencé en novembre 2018, je dois dire que la répression qui lui a été opposée m'a paru non seulement d'une rare stupidité, mais aussi d'une intolérable violence.

Cela posé, quand nous apprenons que des groupes Fassebouque autorisent des propos parfaitement racistes (et donc illégaux) parmi la gent policière, quand nous constatons les dérives (pourtant dénoncées depuis longtemps) du délit d'outrage (voir ici le blog du CODEDO : COllectif pour la DÉpénalisation du Délit d'Outrage/Contre les violences policières), quand nous soulignons (là encore, depuis longtemps) les contrôles au faciès, quand nous dénonçons un usage disproportionné de la force, quand nous remarquons, comme dans l'affaire Traoré, les curieuses impasses de l'instruction dès que la force publique est mise en cause,  il ne s'agit pas, ou en tout cas pas toujours et certainement pas de ma part, de dénoncer l'institution policière en elle-même. Il s'agit bien plutôt d'en dénoncer certaines pratiques, et un certain usage politique qui est fait d'elle.

En fait, tout le monde aurait intérêt à avoir une police respectable et digne de confiance. Tout le monde, à commencer par les policiers eux-mêmes.

C'est pourquoi je suis extrêmement surpris que ce soit encore et et toujours l'esprit de corps le plus étroit qui règne en maître dans les récentes réactions policières, alors même que nombre d'agents reconnaissent qu'il serait temps de faire le ménage dans leurs rangs. Une certaine Mathilde, policière de son état, déclare dans un article du Monde : « On a déjà tous entendu des histoires de racisme. Il y a des brebis galeuses dans la police, des collègues qui doivent être sanctionnés. Mais on ne peut pas mettre dans le même sac 150 000 fonctionnaires. »

Je vous demande pardon, Mathilde, mais c'est en vous taisant que vous contribuez à mettre tous les policiers dans le même sac raciste. Il se trouve que, peu de temps auparavant, trois CRS ont été renvoyés devant la justice pour faux et violences : un seul a commis les violences, mais les deux autres ont couvert et ont menti. Dans ce cas très précis, ce n'est pas une brebis galeuse : ce sont trois brebis galeuses.

Voilà pourquoi les policiers et les familles de policiers devraient plutôt, dans leur propre intérêt et dans le nôtre, s'associer à une véritable politique d'éradication du racisme dans l'institution policière (mais évidemment pas à la mode grotesque d'un Castaner).

On aurait pu espérer quelque chose comme ça :

Shériff de Flint (Michigan) © TODAY

ou encore comme ça :

Chef de la police de New-York © RMC

Au lieu de cela, ils préfèrent aller faire les pitres devant le Bataclan ou ailleurs. Autant arborer une banderole clamant leur soutien aux policiers racistes, ce serait plus clair.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.