Trois axes de prospective post-électorale camerounaise

Il y a au moins deux façons d’observer la situation post électorale et générale, soit considérer que les camerounais sont des humains entièrement à part, soit considérer que les “bonnes pratiques” ayant fait leurs preuves ailleurs pourraient être essayées aussi au Cameroun.

L’élection présidentielle d’octobre aura vécu au Cameroun. Comme nous l’annoncions plusieurs jours avant le scrutin dans ce billet, le “candidat naturel” est resté dans le Palais d’Olivier-Clément Cacoub.

Si l’on admet que « la nature humaine est partout la même », ce qui semble être le cas, car la constitution actuellement en vigueur, le principe même d’élection, sans oublier les toges et perruques des magistrats qui ont tant fait jaser (et sourire!) ne sont faites ni d’obom, ni de ndop (deux étoffes traditionnelles camerounaises). Autrement dit, le système actuellement aux commandes a été copié ailleurs.

Notre conviction est qu’une bataille (pas une guerre, pas un conflit!) pour la modification des lois mérite d’être menée. Une fois que les lois contiendront les graines permettant « les respirations naturelles de la démocratie », alors celles-ci se feront naturellement.

« Une armée victorieuse l’est avant même de livrer bataille. Une armée vaincue se lance d’abord dans la bataille et ensuite recherche la victoire. » aurait dit le stratège Lao Tseu. La compétition (pas la guerre!) se gagne AVANT le face à face! Voici selon nous trois axes qui pourraient être explorés afin de mettre en place le cadre.

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1/ Il faut que la discrimination devienne un délit !

Autrement dit, il faut que rabaisser un citoyen en utilisant son sexe, son âge, ses conceptions philosophiques (appartenance aux ordres initiatiques - Franc Maçonnerie, Rose Croix ….- inclues!), son orientation sexuelle, son identité de genre ne soit plus une opinion. Tenir des propos dévalorisants devrait être un délit.

Cela ne fera pas disparaître les discriminations immédiatement, mais légiférer ainsi fournira une base légale permettant à TOUS LES CITOYENS D'ÊTRE EFFECTIVEMENT des camerounais à part entière.

Dans les faits, actuellement, la plupart des camerounais ne se mobilisent que pour les causes les touchant directement. En public, tout le monde dit de façon “politiquement correcte” : « moi je ne suis pas tribaliste (au sens camerounais du terme, différent du sens donné par le dictionnaire Larousse) ! C’est l’autre qui l’est ! ».

Et si on passait des paroles aux actes? Puisqu’aucun camerounais n’est tribaliste, alors gravons dans la loi le désir de vivre ensemble tant proclamé : faisons du tribalisme (et de toutes les discriminations) des délits !

2/ Le droit de marche doit être clarifié

Les manifestations sur la voie publique au Cameroun sont régies par la Loi n°90 /055 du 19 décembre 1990 (quelques articles ici) fixant le régime des réunions et des manifestations publiques.

Si la démocratie camerounaise est effectivement “apaisée” comme le dit le locataire du Palais d’Etoudi, alors l’interdiction des réunions des partis politiques devrait devenir l’exception et non la règle.

Il est en outre surprenant que des statistiques annuelles des interdictions ne soient pas tenues par les partis politiques car dire : “le Cameroun n’est pas démocratique” est une chose. Mais affirmer, chiffres à l’appui : “en, 2018, les seules réunions politiques autorisées ont été celles du parti au pouvoir et des partis de la majorité présidentielle” est autre chose.

Cet argument utilisant des données (data argument) pourrait et devrait être utilisé pour faire un plaidoyer auprès de l’administration nationale et des organisations internationales afin que transparaisse au quotidien l’aspect “apaisé” de la démocratie vanté.

La vivacité de la démocratie devrait ne pas se mesurer exclusivement lors des élections! Certains candidats à la dernière élection sont des juristes. Ces thématiques auraient pu constituer des axes de leur combat pré-électoral, car la fixation des préalables a une influence déterminante sur le processus qui n’est que l'aboutissement des dispositions légales prises en amont.

Site Internet Conseil National de la Communication du Cameroun (CNC) Site Internet Conseil National de la Communication du Cameroun (CNC)

3/ Le métier de journaliste doit être respecté !

Le site du conseil national de la communication (CNC) est l'illustration parfaite de certaines “singularités médiatiques” camerounaises.

Un guide du journaliste en période électorale est annoncé sur la page d’accueil du CNC (voir capture d'écran ci dessus). Mais en cliquant sur le lien, surprise ! Aucun contenu n’est disponible à cette adresse ! (voir capture d'écran en bas de page)

Théoriquement, des guides de ce type sont largement diffusés avant, pendant et après les périodes électorales précisément pour rappeler aux journalistes ce que la loi leur permet ou pas.

Si rien n’est dit, ni rappelé, doit on être surpris que des journalistes tels que Mathias Mouende ou Josiane Kouagheu soient arrêtés simplement parce qu’ils sont venus effectuer la couverture médiatique des manifestations voulues ou organisées par des membres ou des groupes de l'opposition?

Une des batailles juridiques devrait aussi être celle faite pour améliorer la Loi de 1990 sur la communication sociale. Texte dont l’article 89 remplace : “toutes dispositions antérieures contraires … notamment les lois du 29 juillet 1981 sur la liberté de presse, N66/LF/18 du 21 décembre 1966 sur la presse et ses modificatifs; N87/019 du 17 décembre 1987 fixant le régime de la communication audiovisuelle au Cameroun.”

Une fois de plus, la protection de l’exercice du métier de journaliste doit être garantie que l’on publie un article sobrement et subtilement intitulé “Top 50 des homos au Cameroun” ou que l’on couvre une manifestation de l’opposition.

Nous en revenons à l’impératif de protéger TOUS les citoyens sans exclusive. Car à force de laisser faire des discriminations “parce qu’elles ne nous concernent pas” le jour où l’on est soi même victime de discrimination on est surpris que d’autres n’en aient cure.

Site Internet Conseil National de la Communication du Cameroun (CNC) Site Internet Conseil National de la Communication du Cameroun (CNC)

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