Rue Buffon, une main brisée(2)

Suite à l'appel à témoins publié sur mon blog, Pierre Conejero a reçu de nombreux messages de témoins directs ou indirects des violences qu'il a subies de la part des CRS le 1er mai rue Buffon, à deux pas de chez lui. Il dépose plainte ce mercredi 30 mai. L'impunité ça suffit.

Ce mercredi 30 mai 2018, je me rends à l'IGPN pour déposer une plainte à la suite de violences sur ma personne. Violence exercée par des CRS, rue Buffon à Paris, lors du 1er mai 2018.

J'attends en confiance des fonctionnaires de la police et de la justice, de comprendre les raisons de cette violence. La vérité judiciaire est un des fondements de la démocratie.

Les forces de l'ordre se sont-elles autonomisées dans l'exercice de leur Mission et appliquaient-elles leur propre justice sur le terrain ?

Certains s'étonneront de ma détermination à savoir pourquoi des policiers m'ont bastonné, ont brisé ma main, ma richesse de travailleur, un choix de vie, une fierté jamais démentie. Alors que d'autres, trop nombreux malheureusement, ont vécu de plus grandes souffrances en exerçant leur droit à manifester. Simplement mon histoire - leurs histoires, nous interrogent sur notre capacité a vivre en démocratie dans une société civilisée.

Ecrire n'est pas mon métier.

Merci. Merci à ces "fonctionnaires trop nombreux": instituteur.trices, professeur.es, qui, le jour de la rentrée, nous assenaient un "racontez vos vacances".

Oui, merci, aux bailleurs sociaux des HLM, qui me permirent d'avoir une chambre où mon père confectionna mon bureau d'étude.

Merci , aux personnels de l'APHP, qui, avant de me demander mon numéro de carte bancaire, réparent et soignent avec attention ma main défaite.

Merci, à ce commandant de police, qui me fit accompagner aux urgences. Et à tous les autres pour qui la violence n'est pas la norme dans l'exercice de leurs missions.

Merci, aux jeunes et courageux Street-Medics une femme et un homme (ils ont accepté de témoigner), qui me ramassèrent ce jour là, après que les CRS m' eurent balancé comme un vulgaire paquet de viande.

Merci, enfin, aux autres personnes qui ont aussi répondu à mon appel et à toutes celles qui m'accompagnent sur ce nouveau chemin.

Le 1er mai 2019, j'en serai

Pierre Conejero

 

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