La tête dans les étoiles, avec un scaphandre

A peine remis de notre petite semaine passée à regarder le ciel, nous allons tranquillement revenir sur cette bonne vieille Terre, mais en se réacclimatant tout doucement : on va encore un peu parler d'étoiles en faisant un détour par les océans.

A peine remis de notre petite semaine passée à regarder le ciel, nous allons tranquillement revenir sur cette bonne vieille Terre, mais en se réacclimatant tout doucement : on va encore un peu parler d'étoiles en faisant un détour par les océans.

C'est en effet une belle annonce qui a été faite hier, (relayée par un article de Science Daily dont je reprends beaucoup d'éléments) avec l'annonce de la découverte d'une immense colonie d'étoiles de mer, aussitôt baptisée « Cité des étoiles » (ce talent pour le marketing...), sur une montagne sous-marine à 1400 km au sud de la Nouvelle-Zélande, à la limite du cercle Antarctique.

 

Montagne, c'est vraiment le nom : son sommet est à 90 mètres sous la surface, et sa base environ 800m plus bas, soit environ deux tour-eiffel et demi. Les étoiles de mer y sont incroyablement nombreuses, puisqu'on estime leur effectif à plusieurs dizaines de millions sur les quelques centaines de kilometres carrés de cette montagne, et c'est la première fois qu'une telle concentration est observée.

 

D'habitude, ce sont les coraux et les éponges qui occupent ce biotope. Mais ils se trouve que cette montagne est située sur la dorsale de Macquarie, qui est connue des spécialistes des courants marins pour une autre raison : C'est un des endroits où le courant marin froid qui tourne autour de l'Antarticque fait un crochet, brassant ainsi ses eaux avec des eaux plus chaudes du nord.

 

Il y a donc matière à soupçonner une corrélation intéressante entre toutes ces observations bio-météorologiques ! Et ainsi permettre, en même temps que l'on se pâme de bonheur à regarder ces étoiles de mer tendre les bras pour filtrer le courant de 4 km/h et y attraper tranquillou leur nourriture (ce qui explique en partie leur grand nombre), d'observer les effets que des variations de température peuvent avoir sur les biotopes sous-marins. Des mesures de température et de salinité ont été faites et vont pouvoir être comparées aux précédentes qui datent des années 60.

 

C'est aussi un bonheur de taxonomiste car, vous me voyez venir, on suspecte la présence d'un certain nombre d'espèces jamais décrites. Pas inintéressant, surtout quand on veut bien se rappeler que dans le monde vivant, les étoiles de mer sont des cousines relativement proches d'animaux comme nous, en tout cas beaucoup plus proches de nous que les crustacés ne le sont, par exemple. Si si, je vous assure, ca peut vous servir dans un dîner en ville.

 

Pas inintéressant non plus, quand on sait que sur les centaines de milliers de montagnes sous-marines dignes de ce nom, seules quelques centaines ont été explorées extensivement. Elles sont évidemment passionnantes pour les géologues, mais ce sont aussi souvent des réservoirs de biodiversité, des « aires d'autoroutes » sur les grandes voies de migrations sous-marines. Sont-elles des incubateurs pour l'apparition de nouvelles espèces ? Interagissent-elles avec d'autres biotopes sous marins ? Quelle conséquence la pêche peut-elle avoir sur elles, et réciproquement ?

 

Ce sont de nombreuses questions qui impliquent des compétences différentes. Cela explique le fonctionnement intrinsèquement multidisciplinaire des équipes envoyées sur places. Les études sont menées par des spécialistes des montagnes sous-marines qui, constatant l'éparpillement de leurs données, se sont regroupés il y a quelques années pour coordonner leur action au sein du CenSeam. Ils nous en donnent aujourd'hui un beau résultat... Mais je parle, je parle, et j'oublie de vous montrer en vrai ce que ça donne.

 

Vous êtes prêts ? Allez, oubliez quelques minutes les fracas du monde, mettez votre combinaison de plongée virtuelle, cliquez ici et imaginez un instant que vous êtes les premiers yeux à voir ce que vous voyez, dans le silence des fonds...

Crédit photo : NIWA ©2008.

 

 

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