Mars, Phoenix, les pectoraux et la boîte à baffes

Damned. Neuf mois que l'expédition « Phoenix » est partie, que j'attends son amarsissage, et voilà que je me plante d'une journée.

Damned. Neuf mois que l'expédition « Phoenix » est partie, que j'attends son amarsissage, et voilà que je me plante d'une journée. Croyant que c'était pour ce soir, je voulais vous appâter ce matin, et vlan ! au réveil, toutes les radios me narguent et claironnent que hourra, Phoenix est bien arrivé ! Pan sur mon bec.

 

Vous n'y perdez pas au change : vous pouvez retrouver déjà une moisson d'images ici, sur le site du Jet Propulsion Laboratory (JPL), qui est décidément une machine à rêves depuis le succès en 2004 de l'exploration martienne par les deux rovers Spirit et Opportunity (qui, aux dernières nouvelles, y gambadent encore). Tout y est : premières photos du site, les panneaux qui se sont correctement déployés, le personnel de la NASA qui applaudit ... J'emploie le terme « machine à rêve » volontairement car le JPL est, au delà évidemment d'un laboratoire scientifique de tout premier plan, un vecteur de communication fabuleux pour la NASA, préoccupation dont on parle ici de temps en temps. Et je serais eux, je mettrais la gomme sur les premiers jours, car la mission de Phoenix s'annonce moins propice à un storytelling martien que ses prédecesseurs : la sonde ne se déplace pas et l'on aura pas les angoisses cinématographiques incroyables de 2004 du genre : «Spirit » va-t-il ou non réussir à contourner le caillou ? « Opportunity » va-t-il réussir à monter cette pente ? (ou inversement : la mémoire me fait défaut !) Suspenses hitchkockiens à l'époque.

 

Phoenix va-t-il se rattraper par des analyses nouvelles ? Certes. Deux appareils (parmi d'autres) vont fonctionner en complémentarité : un bras articulé capable de creuser en profondeur (50cm) et un dispositif d'analyse des échantillons prélevés par ce bras .Cela tombe bien, Phoenix s'est posé à dessein sur une zone ou de l'eau sous forme de glace est présente en subsurface, et pourra être analysée. Va-t-on pour autant y chercher voire trouver de la vie ? Contrairement à ce que je lis ici ou là, la réponse est non. Le dispositif n'est pas prévu pour cela. On pourrait certes mettre en évidence la présence de carbonates, mais serait-ce le cas qu'on n'aurait absolument pas la certitude que ceux ci seraient d'origine biologique. Et de l'aveu même des concepteurs de la mission, ce n'est pas le but. Cela n'empêche pas une partie de la presse de faire tous les raccourcis les plus raccoleurs, et j'ai envie de sortir la boite à baffes du lundi pour le site du Nouvel Obs. Non pas qu'il soit le seul à faire une titraille (en l'occurence, ici c'est plutôt dans le chapô qu'il y a un problème) approximative afin de maximiser le nombre de clics. Mais parce que c'est la deuxième fois en moins d'une semaine que sur de tels sujets, ce site fait une clé de bras à la réalité de l'exploration martienne pour mieux vendre sa salade. En effet, il y a quelques jours, ils avaient choisi de mettre en lumière un papier récent de Science qui, sur la base d'observations issues du rover Spirit, concluait à la présence sur Mars de dépots riches en silicates. D'une prudence de sioux, les auteurs du papier de Science avancaient timidement que ces dépôts pourraient être dus à la présence passée de sources hydrothermales ( mais que d'autres explications étaient possibles) qui, elles, pourraient aller de pair avec la présence d'une ancienne vie microbienne, mais pas forcément. Admirez l'empilement des conditionnels...Titre du Nouvel Obs « De possibles traces de vie découvertes sur Mars ». Evidemment, titrer « De possibles traces de non-vie sur Mars » aurait été moins vendeur, mais tout aussi rigoureux ; conclusion déontologique de base : il ne fallait titrer ni l'un ni l'autre.

 

Soyons clair. Il ne s'agit pas de dénier le droit d'un site internet à se tromper. Ca arrive à tout le monde, et j'essaierai de le reconnaître sans détour quand mon tour viendra. Mais à ce stade, il s'agit manifestement d'une volonté de prendre n'importe quelle information qui vienne de Mars et de mettre « vie » dans le titre de la dépêche. Or ce titre « nouvelobsien » est quasiment la seule valeur ajoutée du site, car ces dépêches ne sont pas fabriquées par le site qui les achète manifestement en flux et se contente de les retitrer ( parfois) et de proposer des liens (souvent intéressants). Il y aurait pourtant à dire, montrer que justement, ces données qui tombent une semaine avant l'arrivée de Phoenix traduisent une compétition scientifique entre équipes qui se montrent leurs pectoraux se positionnant sur le créneau de l'analyse des sols martiens. Dire que tout ce petit monde essaie de tirer le profit maximum d'information géologiques pour aller vers du biologique, sans en avoir vraiment les moyens et que cela est un problème épistémologique en soi. Dire que justement, l'instrumentation capable de déceler de la vie est un problème pas encore résolu. Voilà, il y a matière à écrire un petit papier passionnant qui mettrait cela en lumière. Ca demanderait juste qu'un humain appelé « journaliste » y consacre le temps nécessaire. Appelle, vérifie, recoupe. A ce titre, nouvelobs.com serait un site d'information. Dans le cas qui nous concerne, il n'est qu'un aimant à clics pour engranger de la pub.

 

P.S. : Si vous voulez voir un robot qui a un bras articulé ET qui gambade, c'est pour le 30 juillet...

 

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