La Vie, ce gros blob poilu (et salé)

Vous avez envie de vous balader en Australie et dans le Dakota, tous frais payés ? Fastoche : il suffit de partir à la recherche du blob poilu, la nouvelle star des amateurs de trace de vie primitive.

Vous avez envie de vous balader en Australie et dans le Dakota, tous frais payés ? Fastoche : il suffit de partir à la recherche du blob poilu, la nouvelle star des amateurs de trace de vie primitive. Que les envieux réfléchissent à deux fois, cependant, avant de se bousculer au portillon : ces deux sites de recherche ont intéressé l'équipe de la géologue Kathleen Benison pour des raisons autres que leurs infrastructures touristiques : au contraires, ce sont des sites parmi les plus inhospitaliers du monde...En effet, c'est dans des lacs salés que cette équipe est allé fouiner, environnements considérés comme les moins propices à accueillir la prolifération de formes de vie. Et, suivez mon regard... comparables à certains sites martiens qui s'avèrent richent en sels, de sorte à tempérer les espoirs de trouver d'y de la vie présente ou fossile.

 

 

Evidemment, la donne changerait singulièrement si, dans sur des sites homologues terrestres, on trouvait des bonnes raisons d'être un peu optimiste...C'est ce que semblent démontrer les résultats de l'équipe de Benison, récemment publiés dans Astrobiology : rien que le titre de cette revue vous prouve à quel point ce genre de recherche intêresse ceux qui cherchent de la vie dans l'univers. Sur la photo, vous pouvez distinguer des structures sphériques avec des piquants : ce sont eux, les blobs poilus (hairy blob), en tout cas c'est ainsi qu'ils ont été astucieusement nommés par l'équipe, ce qui les rend attachants et assure une reprise généreuse de leur découverte sur tous les blogs et sites de science qui s'intéressent à la question.

 

 

D'après les chercheurs, cette structure irrégulière ne peut être le fait d'une réaction inorganique. Au contraire, chaque « poil », pris en masse pour former, à plusieurs, un blob, serait la trace d'un microorganisme... Les arguments pour cela sont assez techniques : chaque poil est constitué de graphite dont l'organisation signe une origine plutôt biologique. Par ailleurs, chacun est recouvert de gypse, ce qui est interprété comme le résultat d'une utilisation par le microorganisme, du soufre contenu dans l'eau de cet environnement décidément hostile.

 

 

Ce qui est intéressant dans ces résultats, c'est que ces structures ont été découvertes à la fois dans un environnement fossile, dans un dépôt datant de 250 millions d'années ( le Dakota), et dans un lac salé contemporain ( l'Australie). En outre, l'équipe a aussi identifié sur le site australien des microorganismes vivants, inconnus auparavant et qui seraient des bon candidats pour devenir des blobs poilus. On voit donc la chaine du raisonnement qui se construit : on passe de l'organisme vivant à sa forme momifiée, si j'ose dire, puis de celle-là à la forme fossile, et puis on ajoute que tout cela ressemble à Mars et là, tout le monde retient son souffle et se prend à rêver qu'on trouve le même sur la planète rouge.

 

 

Cette recherche s'inscrit donc dans le registre assez classique des extrémophiles, ces organismes qui font leur vie dans des endroits repoussants, et qui, par leur particularités, permettent d'explorer es conditions limites du vivant (jusqu'à en trouver d'autres...). Reste la prudence inhérente à ce genre de découverte. Les chercheurs ne sont pas sur à cent pour cent qu'il s'agit de traces de vie, et annoncent des vérification complémentaires. On se souvient que ce genre de « petite réserves » en bas de page, peuvent avoir des conséquences importantes... La logique en chaîne que l'on vient d'évoquer plus haut porte en elle-même sa propre faiblesse : il faudra solidifier la causalité stricte d'une étape à l'autre et vérifier que chaque structure est nécessairement causée par la précédente avant de sabrer le champagne.

 

 

Reste aussi, une paille, à trouver ces structures sur Mars, où, pour l'instant, Phoenix se réjouit déjà d'avoir trouvé de l'eau en surface. Resterait alors à savourer le joli paradoxe d'avoir détecté de la vie dans un de ses sites les moins probables, mais juste le plus propice à en conserver la trace...

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