Réponse à François Cocq

Cher François Cocq

Avant de vous lire, je ne vous connaissais pas. Après vous avoir lu, je vous devine trop bien. A partir du moment où votre grand chef a sonné l'hallalli, vous vous sentez des instincts de meute. Vous tentez un « J'accuse » à la Zola. Vous vous fixez des objectifs déraisonnables. Vous chargez sabre au clair mais outillé d'un couteau en plastique. A la fin de l'envoie, vous ne touchez rien. Comme vous l’exprimez  sur votre blog, « il ne faut polémiquer ni avec ce qui n’en vaut pas la peine, ni avec celles et ceux qui n’en valent pas la peine ». Je prends donc ce double risque en vous répondant. Je vis dangereusement !

Vous vous êtes empressé de prendre la plume pour répondre à la soi-disante « saillie du béarnais » Olivier Dartigolles, porte-parole du Parti communiste français, dans un quotidien palois.

Cet empressement excessif montre deux choses. D’abord, une grande  fébrilité. Contrairement à ce que vous avancez, la proposition d'un processus collectif pour décider d'un projet et d'une candidature commune à l'élection présidentielle pour la gauche d'alternative à la politique actuelle recueille un accueil très favorable chez des électeurs et des militants de toutes les sensibilités de la gauche. Vous n'en voulez pas, c'est votre droit le plus absolu. Comme nous pouvons ne pas vouloir d'une candidature solo, sans la moindre discussion, bazardant le front de gauche et la gauche, les partis, le collectif et l'Humain d'abord. Ce débat est un débat sérieux car il porte sur des enjeux cruciaux : l'avenir de notre pays, l'évolution de notre société, de quoi seront faites les prochaines années. De régressions ou de progrès ? D'aventures personnelles vouées à l'échec ou d'une dynamique collective qui rassemble et gagne ? Mais cette sortie verbale résulte aussi d’une méconnaissance de la situation politique. J’entends ici parler de la situation au sein de la grande région Aquitaine-Limousin et Poitou-Charentes que je connais bien.

Revenons-en aux faits. A la lecture de l’entretien accordé par Olivier à la République des Pyrénées, vous ne semblez retenir que les passages qui vous arrange, grossissant même le trait avec unique objectif de déboucher sur des polémiques stériles et des attaques ad hominem. Position suicidaire au vue de la situation politique actuelle et de l’état de la gauche dans notre pays.

Car, au-delà de la réponse à une question portant sur les conditions similaires de déclarations de candidature de Jean-Luc Mélenchon et de Jean Lassalle, bien d’autres idées et réflexions personnelles sont évoquées, dans cet entretien, par le porte-parole du PCF. Sur cela pas une ligne.

Curieux silence aussi dans votre réflexion personnelle sur la liste dite « citoyenne » présentée lors des dernières élections régionales en Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes. Liste soutenue par des dirigeants nationaux du PG et financée avec le soutien d'élus du PS,qui prive les citoyens d’élus de la gauche d'alternative, dont des membres du PG, pendant 6 ans. Alors qui alimente la division et le sectarisme ?

Quant au jugement que vous portez sur la présence d’Olivier Dartigolles au conseil municipal de Pau, elle révèle une totale méconnaissance de la réalité politique. Sur les six derniers mois de l’année 2015, Olivier Dartigolles  a parcouru pas moins de 35 000 kilomètres à l’échelle de la grande région. Il est donc évident qu’un tel engagement personnel lors des régionales apparait peu compatible avec une présence assidue au conseil municipal de Pau. Vous le savez d'ailleurs tout aussi bien que moi.  D’ailleurs, durant ces multiples déplacements, le conseiller municipal Palois a toujours gardé un œil sur l’actualité de sa ville comme en témoigne, par exemple, sa rencontre avec les cheminots Béarnais en plein cœur de l'été. J'ai eu la chance d'accompagner Olivier dans ce périple en Aquitaine, Limousin et Poitou-Charentes. Je vous souhaite vraiment, un jour, d'avoir une telle énergie. Un carnet de campagne est d’ailleurs à votre disposition pour vérifier ces multiples rencontres et déplacements. Si tout le monde pouvait faire autant « de terrain » cela ne serait déjà pas si mal. Comme jeune communiste du 47, j'ai fait la campagne de Jean-LucMélenchon lors des dernières élections européennes. Pour le coup, là, on peut parler d'une totale absence de notre député européen à l'échelle de sa circonscription. Je le fais sans esprit de polémique. Je trouve cela infiniment regrettable car de tels comportements alimentent le rejet et le discrédit de la politique.  Quand on donne des leçons, en parlant de « revenant » concernant le porte-parole du PCF, il faut être irréprochable. La leçon de morale est un exercice dangereux.Après les régionales, Olivier a ressenti le besoin de souffler comme il l'indique dans cet entretien. Quoi de plus normal et, j'ai envie de dire, de plus humain. Si vous vous impliquez un jour vous aussi avec une telle endurance et intensité, vous en éprouverez aussi peut-être le besoin. Et nous ne serons pas là pour vous jeter des pierres.

Vous donnez beaucoup de leçons dans votre billet. Votre ton, péremptoire 
et agressif, laisse peu de place à l'indispensable débat d'idées. Alors que vous prétendez que chaque clic sur JLM2017 serait « automatiquement synonyme de partage d’analyse et de construction collective », le PCF fait le choix d’aller à la rencontre de 500000 personnes d’ici l’été pour construire un socle commun en vue de 2017. Sur cela pas un mot non plus.

Enfin concernant la comparaison entre la déclaration de candidature de Jean-Luc Mélenchon et Jean Lassalle, il n’y a, contrairement à ce que vous avancez, et à ce qu'à pu écrire Jean-Luc Mélenchon sur sa page Facebook, pas le moindre « propos haineux ». Avez-vous seulement pris la peine de lire l'article. J'en doute. Alors que JLM annonçait, il y a quelques semaines, sur TF1 : « Moi, je propose ma candidature. C’est le peu
ple qui va en disposer. Je ne demande la permission à personne. Je le fais hors cadre des partis »., Jean Lassalle déclarait pour sa part : « Je veux rencontrer le peuple (…), pour marcher vers 2017, la démarche que j'engage est hors cadre des partis». Il s’agit simplement d’une analyse purement sémantique et en aucun cas d’attaques personnelles. Ce qu'exprime Olivier, et que je ressens aussi avec beaucoup d'inquiétude, c'est une présidentielles réduite à un concours de « sauveurs », de « personnalités » - toujours les mêmes au passage....- qui alimente ce que nous avons toujours combattu concernant la 5° République, le présidentialisme, des citoyens réduits à l'état de spectateurs ou de supporters. L’homme qui se dit être à la disposition du peuple n’accepterait-il pas la critique, le débat sur la gravité de la situation politique et la manière d'y répondre? Inquiétant.

Les hommes et les femmes de ce pays, les syndicalistes, les artistes, les jeunes, les ouvriers … Toutes celles et ceux qui font la gauche au quotidien, sur le terrain, dans les entreprises, les universités, les lycées aspirent à autre chose qu’à un super candidat auto proclamé. Ceux 
qui font la gauche d’aujourd’hui, ce sont les hommes et les femmes présents dans la rue contre la loi El Khomri, ceux qui chaque soir se rassemblent dans diverses places de France. Nous aspirons à faire bouger les choses de façon collective.

Alors Monsieur Co
cq, le débat et les convergences oui. 

L’insulte et la polémique non.

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