Droit de grève, la droite propose sa mise à mort en citant Margaret Thatcher.

Alors que la France est secouée par un mouvement social d’ampleur, que la jeunesse de ce pays est en train de se lever contre l’avenir marchand que lui promet le gouvernement, la droite soumet une proposition de loi pour mettre fin au droit de grève. Honte absolue.

Dans ce projet, enregistré à la présidence de l’Assemblée Nationale le 11 avril 2018, l’exposé des motifs précise que « le droit de grève, comme tout droit, est susceptible d’abus. Cela peut notamment être le cas face à des grèves à objectif purement politique et des grèves portant une atteinte excessive à la continuité du service public ». Le ton est donné !

Cette proposition de loi, qui repose sur 3 articles, est une attaque sans précédent contre un droit constitutionnel garantie aux citoyens français.

Dans l’article 1, les député(e)s proposent que « toute participation à une grève politique est constitutive d’une faute lourde justifiant le licenciement ». Que signifie « grève politique » ? Les député(e)s considèrent-ils que la mobilisation des cheminotes et des cheminots est une grève politique ? Et celle des personnels soignants ?

La grève « est la cessation collective et concertée du travail par les salariés d'une entreprise en vue d'appuyer des revendications professionnelles ». En réalité, toute grève revêt inévitablement un caractère politique. Notre mobilisation contre la réforme de la SNCF le démontre. Derrière la défense du service public ferroviaire se pose la question de savoir dans quelle société on veut vivre.

Aujourd’hui toutes les cheminotes et tous les cheminots sont déterminés, à la fois à défendre leurs conditions de travail, mais également un transport de voyageur sécurisé, accessible par tous, partout sur le territoire. Oui nous défendons un modèle de société, la solidarité chevillée au corps, nous mènerons le combat jusqu’au bout.

Au cœur de l’article 2, et cela représente une attaque d’extrême gravité, il est proposé que « pour être légale, la grève doit être votée par un scrutin organisé à bulletin secret et sous réserve que 50% au moins des salariés de l’entreprise s’y déclarent favorables ». Les conditions de vote sont fixées par l’employeur. Ben voyons ! Autant dire que chaque patron décidera lui même d’autoriser la grève de ces salariés.

Fait surprenant au regard du contexte actuel, cette proposition de loi indique que « pendant la durée du préavis, les parties intéressées sont tenues de négocier ». Qu’en pense Madame Elisabeth Borne ? Depuis maintenant plus de 10 jours de conflit, la ministre des transports refuse toutes négociations alors que nous avons mis sur la table des propositions sérieuses et financées.

En réalité cette loi répond à un objectif unique, mettre sous l’éteignoir le droit de grève. Il est insupportable pour les capitalistes que les salariés puissent s’organiser collectivement, résister aux attaques anti-sociales par la grève, et porter des propositions qui amènent à un autre modèle de société. Un modèle de société où le partage des richesses, la solidarité remplacent la concurrence, l’exploitation et la recherche des profits.

Mesdames et Messieurs les député(e)s, ce projet indigne d’élu(e)s de la nation, nous ramènerait au temps des forges. Celui où le patron pratiquait l’esclavage ouvrier.

Nous ne laisserons pas faire. Ni aujourd’hui, ni demain. Partout vous trouverez face à vous des femmes et des hommes déterminés, mobilisés, conscientisés et unis pour mettre en échec cette proposition de loi.

Un seul chiffre, et je reprends ici vos propres arguments, en 2016, la France a connu 801 grèves, dont 691 grèves locales et 113 grèves générales interprofessionnelles ! Voilà où se situe notre niveau de détermination !

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