Jour 3. Confinement. Le jour d’après.

Chaque soir à 19h, dans le cadre du confinement que nous vivons, je publie mon journal de bord. Un récit intime, où je livre mes émotions, mes craintes, mes espoirs.

Ce matin réveil difficile. Les premiers rayons de soleil percent déjà, et viennent heurter mes paupières bien trop lourdes. La nuit a été agitée. Premier signe d’un quotidien qui ne répond à aucune règle, je n’ai pas fermé les stores de mon balcon. J’attrape mon portable, je jette un coup d’œil à mes mails. Rien. Un regard circulaire me permet de mesurer les premiers stigmates de ce confinement, le désordre règne. Je me fais la promesse de ranger. Quand ? Ce n’est pas le temps qui manque.

 

Premier petit déjeuner au soleil. Abstraction faite du confinement, on se croirait en été. C’est plutôt agréable. La presse me manque. Lire les journaux numériques ce n’est pas la même chose. Le contact du papier me manque. En feuilletant la presse numérique je tombe sur le « Journal du confinement » de Leïla Slimani publié dans Le Monde. La romancière y raconte son confinement. On mesure immédiatement un décalage entre sa réalité et celles de millions de français. Pour nous pas de maison de campagne, pas de cages dorées au bord de la mer. Et pour certaines et certains, l’obligation d’aller bosser… au péril de leur vie. Je ne partage pas les critiques qui s’abattent sur elle. Elle a, comme tout le monde, le droit d’écrire et de raconter sa vie. À ceux qui ne sont pas d’accord, ne la lisez pas. La censure est le pire objet. Au moment d’écrire ces lignes, une question m’interpelle. Pris dans la spirale de la vie municipale, depuis quand n’ai-je pas pris le temps de me poser pour lire un livre ? Impossible de répondre. Je vais au moins mettre à profit cette période pour me gaver de lectures. 

 

Au moment de descendre ma poubelle, je me rends compte à quel point les gestes de la vie quotidienne sont marqués par le COVID-19. Je vais prendre l’ascenseur, une première depuis le début du confinement. Précaution, je m’entoure la main de sopalin pour ne pas toucher les boutons. Dérisoire surement. Vite, revenir dans un le lieu de confinement, qui apparaît aujourd’hui comme notre ultime protection. 

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10H20. Sortie du jour. Footing. Croyez-moi, après des mois sans activité sportive, une véritable épreuve s’annonce. Toujours pas d’ascenseur, trop risqué. L’expérience de la poubelle ne m’a pas convaincu. Dans la rue, mes premières foulées sont hésitantes. Rapidement le rythme revient. C’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas. La sidération est toujours de mise à la vue de ses rues désertes et silencieuses. Je ne m’y fais pas. Direction le cimetière Montparnasse, puis le boulevard Raspail et enfin le boulevard Edgard Quinet. Sur ce trajet, quasiment personne. Les seules personnes que je croise sont des joggeuses ou des joggeurs. Nous échangeons un regard complice, comme si un lien nous unissait. Nous sommes tous unis dans cette bataille à mort contre ce virus. 23 minutes et 5KM plus tard retour au domicile. Tout à l’heure je vous disais que cela (le footing) ne s’oublie pas, il faut croire que mes poumons ne sont pas du même avis. Les escaliers qui mènent au 7 étage terminent de m’achever. Au moment de fermer la porte, toujours la même sensation. Va-t-elle se rouvrir un jour ? 

 

Le soleil pointe toujours le bout de son nez. J’en profite, entre deux machines, pour manger un morceau. Pourtant, malgré cette apparente quiétude, impossible d’être relâché. Les questions s’entrechoquent dans ma tête. Comment allons-nous traverser cette crise ? Jusqu’à quand ? L’annonce de l’Agence santé Publique France à midi à fait l’effet d’une bombe. Elle estime « très vraisemblablement nécessaire » la prolongation du confinement. On parle même de 6 semaines. Ne nous mentons pas, cela s’annonce dur et pénible. Après 72h de confinement, c’est déjà difficile. Je multiplie les coups de fils, les messages. S’accrocher aux interactions sociales, même virtuelles et à distance. Ne pas rester isolés. J’ai une pensée pour ma grand-mère, partie début février. Finalement, elle aura évité le pire. Jusqu’au bout elle aura décidé de tout. 

 

Retour à mes Jeannette. Quel chemin parcouru par ces femmes et ces hommes. Un an de combats, de déceptions, de pleurs face aux banques, aux institutions et aux financiers. Si un message doit sortir de ce livre, c’est que même face à une montagne la solidarité et la force des convictions peut faire des miracles. En lisant cette épopée, j’ai une pensée pour les « petites mains ». Toutes ces caissières, ces infirmières, ces ouvrières qui travaillent dans les usines agro-alimentaire, ces auxiliaires de vie, dans les services publics, qui sont en première ligne. Il faudra demain repenser à leur quotidien, leurs conditions de travail et notamment salariale. Nous ne devons pas les oublier une fois la crise passée. 

 

Dans l’après-midi, une nouvelle en provenance de Lyon me fait sursauter. Dans la cité des gaules des policiers ont verbalisé des SDF pour refus « de se confiner ». Mais comment se confiner quand on n’a pas de domicile ? Une chose est sûre, le COVID-19 n’attaque pas la bêtise humaine.  

 

La journée défile plus vite que prévu. Déjà 18H. J’ai enfin terminé la saison 1 de la série Baron Noir. Époustouflant. Mais aussi terrible pour l’image de la politique. Alors que la série a été écrite des années auparavant, cela renvoie à l’affaire Fillon, De Rugy et autres. Un pouvoir qui rend fou.  Espérons que tout cela soit derrière nous. Ce soir pas de saison 2, priorité à la lecture. 

 

Au programme, l’essai de Corinne Morel-Darleux « Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce ». Oublier pour quelques minutes le cauchemar qu’on traverse. 

 

 

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