Primaire à gauche : tenir le cap pour gagner en 2017.

Selon le dernier sondage réalisé par TNS Sofres-One point pour Le Figaro, LCI et RTL Jean-Luc Mélenchon se trouverait au  coude-à-coude, voir devant, F.Hollande au premier tour de la présidentielle de 2017. Cédant à l’euphorie Jean-Luc Mélenchon a indiqué dans le journal Le Monde  « souhaiter ardemment la candidature de François Hollande ». Indiquant au passage, dans une modestie tout relative, « c’est la panique à bord. Les socialistes peuvent tout accepter sauf que je leur passe devant ».  De quoi renforcer son sentiment de candidat providentiel. 

Pourtant analyser ce sondage sur ce seul fait serait une erreur lourde de sens. A y regarder de plus près ce sondage confirme deux choses. 

En l’état actuel du paysage politique, le second tour de la présidentielle se ferait entre la droite et l’extrême droite; la gauche, et avec elle ses valeurs de progrès,  disparaissant automatiquement du premier tour.  Cela doit nous interroger. Une victoire sur le Parti Socialiste au premier tour serait-elle suffisante ?  C’est vrai: battre le président sortant, et envoyer aux oubliettes cinq ans de trahisons et de renoncements, nous ferait extrêmement plaisir. Personne ne peut le nier. Pour autant, accepter de laisser le pays entre les mains de la droite ou de l’extrême droite pour le simple plaisir de battre le parti socialiste serait un prix bien trop lourd à payer. Les conséquences terribles pour la vie de millions de personnes. Il faut en avoir conscience. Nous sommes à un tournant de l’histoire politique de notre pays. Essayons, comme les communistes l’ont toujours été, d’être à la hauteur.  Par des postures politiciennes ne nous laissons pas enfermer. La droite et l’extrême droite ne rêvent que de cela. La situation est déjà assez complexe: ne leur déroulons pas le tapis rouge. 

Selon ce même sondage, 74% des français et 83 % des sympathisants de gauche sont favorables à l'organisation d'une primaire de la gauche dans la perspective de l'élection présidentielle de 2017. Cela aussi doit nous interroger.  Lutte contre la loi El Khomri, "Nuit Debout", cheminots, intermittents… Partout sur notre territoire ça bouillonne; les consciences grandissent et les luttes tendent à gagner en force. Il se passe quelque chose de fort. La lutte politique, intimement liée à la lutte sociale actuellement en cours, produit des conditions nouvelles, modifie les rapports sociaux et transforme ceux qui prennent par à l’événement. Elle transforme leur manière de penser et de parler. Écoutons-les. Des milliers de gens se disent aujourd’hui disponibles pour construire, dans un cadre collectif, une alternative à gauche pour 2017. Mais ils exigent deux choses : être écoutés et construire une candidature en capacité de gagner.

L’attente est immense, renforcée par un dégout de la politique menée depuis 5 ans et qui est à l’opposée de celle annoncée en 2012.  

Au regard de ces éléments, une candidature de F. Hollande est totalement disqualifiée aux yeux du peuple de gauche. 

Alors peut-être la primaire n’est pas la solution magique. Le mot en lui-même peut renvoyer, il est vrai, à des batailles d’écuries politiques. Mais elle est l’occasion de redistribuer de façon durable les cartes pour faire émerger une nouvelle gauche. Une gauche de progrès social. C’est pour cela que nous les communistes avons dit dès le départ: « d’abord le programme, ensuite viendra le temps du choix du candidat ». Nous ne dérogerons pas à cette règle. 

Partir des exigences populaire et construite un socle commun, véritable droit d’entrée à la primaire. 

La grande consultation citoyenne intitulée  « Que demande le peuple » et lancée ce week-end par le conseil national du PCF est un premier pas en avant. Elle doit permettre de créer une dynamique de rassemblement et déboucher sur une co-élaboration d’un programme politique et un mandat populaire dont sera investie le ou la candidate désignée à l’issue des primaires.  Car ce n’est pas d’un chef ou d’un guide dont ont besoin les gens mais d’un débat politique sérieux et responsable. Ils ont, et expriment, le besoin de devenir acteur. Le besoin d’échanger et d’agir pour redonner un sens aux valeurs de gauche, en rupture avec la politique gouvernementale actuelle.

Car pour gagner en 2017 il faut arrêter avec la débat autour de « qui sera candidat » et se recentrer d’urgence sur « quel socle commun pour une alternative à gauche en 2017 ». Il nous reste un an pour construire ce que certains appellent un « ovni » politique. Nous, nous le qualifions d’espoir.

C’est vrai le chemin est difficile, semé d’embuches y compris au sein de notre propre camp. Pourtant une candidature commune est le seul moyen de « faire dérayer le cours normal des choses » pour reprendre une expression chère à l’économiste Frédéric Lordon; et ainsi éviter le duel droite/FN annoncé, et souhaité par les dominants de ce pays.

Populaire, citoyenne, collective, et programmatique. Voila le sens que nous souhaitons donner à cette primaire. Une primaire pour se donner la possibilité de gagner en 2017. Rien de plus, rien de moins. 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.