Enseigner derrière son écran

Je suis enseignant spécialisé dans une SEGPA du Sud de la France. Face à une situation si particulière, nous, enseignants, cherchons à accompagner au mieux nos élèves. Derrière l'ordinateur, sur le téléphone, l'enjeu est de continuer à créer de l'interaction et du lien avec eux et à assurer la continuité pédagogique

Dès l'annonce du confinement ce fût le branle-bas de combat, nous savions qu'il nous restait moins de 24 heures pour voir une dernière fois nos élèves en classe et donc commencer à amorcer la "continuité pédagogique". Parce qu'à entendre Jean-Michel Blanquer, nous pourrions croire que toute l'institution était prête, que nous étions tous rodés à l'environnement numérique et formés à l'utiliser mais ce n'est absolument pas le cas. Pour certains, ce confinement amène la première rencontre avec les outils numériques et aussi les difficultés qui vont avec. 

Tout d'abord, il existe de nombreux outils, presque trop puisqu'on ne peut pas se familiariser avec chacun et qu'il faut bien choisir lesquels on va utiliser avec les élèves. Dans ces moments là, les expériences des collègues, les échanges sont très utiles pour faire le tri et cibler quelques outils qui sont fiables et qui seront nos alliés dans les semaines à venir. Pour cela, j'ai choisi un outil de stockage numérique pour partager des cours des exercices et permettre aux élèves de déposer du travail, un outil qui permet de faire des exercices en ligne de manière interactive et ludique et enfin un espace de discussion instantanée pour échanger en direct (en vocal, texte ou vidéo). 

Une des premières choses rassurante que je remarque c'est qu'enseigner, même à distance, c'est être un pédagogue et faire des choix : en fonction de ce que l'on recherche, nous allons plutôt aller vers un quizz en ligne pour tester des connaissances, ou un simple espace de stockage si on cherche à ce que les élèves récupèrent du travail ou en déposent. Pour plus d'interactivités nous proposons une classe numérique avec des conversations instantanées, la possibilité d'échanger en vidéo et d'envoyer des photos pour essayer de surmonter des difficultés. On transpose donc des situations de classe avec de l'échange, des supports variés, des exercices plus classiques, des temps d'institutionnalisation du savoir (cours, vidéos explicatives...). Enseigner à distance c'est donc avant tout enseigner. 

Ce qui me paraît donc intéressant dans cette situation c'est que nous prenons le temps d'explorer les possibilités du numérique et de se les approprier pour aider à la transmission du savoir. Nous avons en une semaine réussi à garder du lien, à faire travailler nos élèves et à prendre en main des outils qui pour certains étaient encore inconnus il y a quelques jours. À la fin de ce confinement, nos expériences nouvelles seront de vraies plus values pour notre enseignement de tous les jours. 

Et le jour d'après ? Il faudra se servir de ce que nous aurons appris de cet enseignement à distance. Le lien entre classe et hors classe doit être facilité par le numérique, ce qui est déjà partiellement le cas avec des logiciels comme Pronote, mais l'expérience de ces semaines où nous restons en lien à distance doit nous amener à repenser notre utilisation de ces outils pour assurer la continuité entre l'école, les élèves et les familles.

Cette période nous amènera sûrement aussi à repenser notre pédagogie dans la classe et à y faire rentrer une bonne fois pour toute le numérique dans toutes les composantes de notre enseignement comme un facilitateur de la transmission des savoirs. C'est donc peut être l'occasion pour notre école de passer enfin dans l'ère du numérique. Et si certains y voient un risque pour notre métier, force est de constater que rien ne remplace l'enseignant, bien au contraire, le numérique n'est qu'un outil que l'on choisit en fonction de nos intentions tout en restant maîtres des contenus et de tous les choix pédagogiques et didactiques. 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.