Les cendres de Liu Xiaobo dans l'enfer de la Chine d'aujourd'hui

En 2007, avant même de rédiger la Charte 08, Liu Xiaobo considérait qu’en Chine l'Etat et le Parti Communiste Chinois avaient largement perdu la confiance du peuple. Et que leur légitimité en était donc atteinte.

Liu Xiaobo, page 1 du Monde du 15 juillet 2017 © Tieri Briet Liu Xiaobo, page 1 du Monde du 15 juillet 2017 © Tieri Briet
« Entre fleurs fraîches et tanks
S’éteint le siècle passé
Reste une obscurité sanglante
Le commencement du nouveau siècle
Sans la moindre lueur de vie. »

★ Liu Xiaobo, poème

« Je ne suis pas parti car je considère que j’ai une dette vis-à-vis des victimes de Tiananmen. J’ai participé à cet événement très important pour la paix et la liberté et je me considère comme un survivant. La plupart des morts sont des étudiants, des ouvriers, c’est-à-dire le peuple chinois. Personne ne peut entendre la voix de ces victimes. C’est pourquoi, en tant que survivant, je dois parler en leur nom.»

★ Liu Xiaobo, extrait d’un entretien de février 2007

Liu Xiaobo vient de mourir. Le jeudi 13 juillet 2017, persécuté par l’État chinois, le dissident de Tiananmen a succombé à un cancer du foie et à l’absence de soins. Sa femme, la poétesse et photographe Liu Xia, était à son chevet à l’hôpital où il avait été autorisé à se rendre par l’administration pénitentiaire, celle-là même qui l’empêchait de se soigner à l’étranger, dans un établissement spécialisé. Deux jours après, elle répandait les cendres de son époux dans les eaux sombres d’une mer couleur de plomb, au large de Dalian. Liu Xiaobo est le premier prix Nobel de la paix à mourir emprisonné depuis Carl von Ossietzky, le pacifiste allemand  qui était détenu par les nazis et s’est éteint en 1938, dans un hôpital lui aussi. Le Parti Communiste Chinois de 2017 peut maintenant s’identifier pleinement au  Parti national-socialiste des travailleurs allemands, le fameux NSDAP (Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei) qui dirigea le IIIe Reich.

Liu Xiaobo, Vivre dans la vérité Liu Xiaobo, Vivre dans la vérité
« Inhumain, une insulte, une honte, dégoûtant » : ce sont les mots, que l’artiste chinois Ai Weiwei a utilisés sur twitter pour décrire les conditions d’incinération de Liu Xiaobo, le journal Le Monde allant jusqu’à parler d’une «incinération kafkaïenne» dans son édition du 15 juillet. L’auteur et opposant Mo Zhixu a publié, sur son compte twitter, le contrechamp de la photo officielle diffusée par les autorités chinoises. On y voit les hommes de main du Parti Communiste Chinois présents en nombre pour surveiller les proches du dissident.

En 2007, avant même de rédiger la Charte 08Liu Xiaobo  considérait qu’en Chine le pouvoir avait largement perdu la confiance du peuple. Et que sa légitimité en était donc atteinte. Dix ans après, ce sont nos chefs d’État qui redonnent une légitimité au pouvoir chinois et à son président, Xi Jinping. Le jour même de la mort de Liu Xiaobo, les présidents français et américain ont qualifié Xi Jinping de «grand leader», lors d’une conférence de presse conjointe à l’Élysée. C’est l’habituelle putasserie des puissants, quand ils se servent des médias pour s’envoyer entre eux des fleurs déjà pourrissantes.

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