Ce que Trump nous dit de l'époque: questions à Christian Salmon

Questions à Christian Salmon suite à son article "Ce que Trump nous dit de l'époque". Comme souvent, vous livrez une des meilleures analyses du phénomène Trump, tout médias confondus. J'avais prévu d'écrire un long article sur le phénomène Trump. J'y ai renoncé en vous lisant car je n'aurais pas fait mieux ! Cependant il y a quelques angles morts dans votre analyse...

Questions à Christian Salmon. Lire Ce que Trump nous dit de l'époque

 Je suis en train de lire Fear de Bob Woodward. Ce qu'ont pu témoigner les collaborateurs de Trump à la maison blanche renforce cette analyse et cet avertissement: la base électorale Trumpienne est solide et elle est vitale pour Trump. Elle nourrit le monstre.  En politique, les dynamiques (surtout de rejet) sont plus fortes que tout. Beaucoup d'Américains se sont mobilisés contre l'Etat pour abattre un "système" qui remet en question leur prévalence raciale et historique.  Les simples chiffres qui signalent que cette Amérique là est effectivement minoritaire ne doivent pas nous rassurer car leur mobilisation est sans égale par rapport aux anti-Trump, qui ne sont sociologiquement qu'un agrégat de minorités aux intérêts souvent divergents. Qu'est-ce qui tient les partisans de Trump, et pas seulement les plus radicalisés d'entre eux?

Il y a un angle mort dans votre analyse: le fait religieux. Il est peu de dire qu'en France nous nous ne comprenons plus grand chose au lien puissant qui associe fait religieux et fait politique (J'ai une thèse en cours de finalisation sur cette articulation en terre africaine) .  L'électorat de Trump s'est renforcé auprès de conservateurs qui méprisaient un personnage fort peu chrétien. Ce paradoxe mérite d’être étudié. Aussi je vous pose la question: dans quelle mesure adhèrent-ils à sa politique sachant qu'il est l'exact opposé de cet idéal puritain du bon WASP ? Cette adhésion n'est-elle que l'expression d'un compromis historique (faute de mieux) et un rejet des politiques progressistes  en faveur des minorités comme le suggèrent certains analystes ? On sait que Trump incarne une certaine vision virginale du capitalisme états-unien (il est perçu comme un "batisseur") d'avant la globalisation financière (dont il a pourtant bien profité...). L'Amérique s'est toujours vécue comme une utopie réalisée suivant la brillante formule de Jean Baudrillard. L'Amérique originelle, celle des communautés rurales a été celles de sectes religieuses protestantes (Voir chapitre éponyme de Max Weber dans L'esprit du capitalisme). N'y a t-il pas pas derrière un retour fantasmé aux sources, une réification de l'Amérique virginale blanche des pilgrim fathers qui fuyaient l'impureté des sociétés historiques européennes ? N'est-on pas en train de vivre un retournement historique majeur, une contre-révolution (un chant du cygne?) qui remet radicalement en question l'entrée progressive de l'Amérique dans l'histoire, c'est à dire dans le jeu des nations à travers la globalisation du capitalisme (promu par ceux-là même qui entravent l'action de Trump à la maison blanche, Voir Fear, Woodward)?

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