4 spectacles sous le coup d'oeil critique de Patrice Élie-dit-Cosaque

Tous mes rêves partent de Gare d'Austerlitz (mise en scène Marjorie Nakache) / Caillasse (mise en scène Rémy Vachet) / L'Attrape Dieux (mise en scène Laurent Robert et Thibault Pasquier) / Cri de mes racines (mise en scène Yna Boulangé)

> Le coup d’oeil critique de Patrice Elie-dit-Cosaque - Émission Grand Large le 10 juillet 2019

Patrice Élie-dit-Cosaque est journaliste à France Ô. 

Retranscription

« J’ai trois raisons différentes d’aimer trois spectacles différents, et ces trois raisons-là me tiennent toutes les trois à cœur, donc ça va être trois coups de cœur en un, voilà, désolé je casse un peu la règle…

Alors j’ai choisi, pour commencer, Tous mes rêves partent de gare d’Austerlitz, pour ce qu’elle a d’universel. Donc juste en deux mots : des femmes sont en prison, et on a un pan de vie, et on voit comment le théâtre finalement, avec la petite dernière qui vient d’arriver, comment le théâtre permet effectivement de sortir des frontières. Ça c’est pas nouveau, ce qui est nouveau et ce qui est intéressant c’est que c’est pas un texte, et c’est pas une pièce, et un spectacle larmoyant sur un sujet terrible : les femmes enfermées etc, etc,… ça devient une comédie, avec quelques moments un peu… pas dramatiques mais un peu plus… sérieux, mais c’est essentiellement une comédie.

Donc j’aime cette performance, le fait de tourner en quelque chose d’abordable, de drôle, malgré la gravité du sujet. Donc ça c’était mon premier coup de cœur, et puis les six filles qui sont dans ce spectacle sont vraiment formidables, et la mise en scène, et aussi bien en termes de lumière que d’ambiance sonore est très très bien montée, très très bien faite, voilà.

Donc ça c’est le premier coup de cœur pour ce que ça a d’universel, et de pouvoir se dire que comme les outre-mers, l’universalité n’a pas besoin forcément de mettre un polynésien par-ci, un par-là, voilà c’est quelque chose qui peut parler à tout le monde, c’est un spectacle qui peut vraiment voyager partout en outre-mer.

Deuxième coup de cœur, enfin deuxième premier coup de cœur : c’est pour Caillasse, parce que c’est inattendu, d’avoir ce type de spectacle-là en provenance de Nouvelle-Calédonie. Pour moi, forcément, c’est pas forcément un spectacle visuel presque de mimes avec très peu de paroles, paroles de mots ; c’est un spectacle visuel qui évoque pourtant aussi un sujet grave, qui est l’enfermement (encore une fois), le fait d’être bagnard, et de pouvoir partir, peut-être se dédoubler et de pouvoir s’évader de cette façon-là, et en cela c’est aussi un spectacle très drôle et à la fois sur une thématique très grave, donc j’ai aimé ça.

Aussi pour des raisons un peu similaires, j’ai aimé L’Attrape Dieux parce qu’on part sur une espèce de truc qui ressemble à… pas un one man show, mais une espèce de spectacle d’humoristes ; et on en arrive à des choses profondes puisque ça parle de croyance et du processus de la croyance, et pourquoi on croit, et je trouve ça vraiment formidable, cette manière de nous amener vers un type de spectacle, et bim ! tout d’un coup de nous prendre par la main pour nous emmener vers un autre type de spectacle, plus grave, plus sérieux dans la thématique, mais en même temps dans la mise en scène, très légère.

Et puis : en fait c’est pas un coup de cœur, c’est beaucoup un coup de pouce, parce que je trouve que quand on est au festival d’Avignon il y en a pour tout le monde, il y en a pour les grands, les petits, il y a pour ceux qui aiment la chanson, il y a des concerts, il y a des théâtres musicaux, et puis il y a des spectacles de danse chorégraphique. C’est un coup de cœur-coup de pouce parce que je trouve que le travail que font Josiane Antourel et Yna Boulangé* est vraiment magnifique, et qu’il mérite d’être vu, peut-être plus vu, encore.

Cette espèce de dialogue, avec le corps, c’est très important ; c’est aussi de l’expression théâtrale, c’est l’absence de mots mais c’est une présence des corps qui dit aussi des choses, et j’ai beaucoup aimé le message, le dialogue qu’elles ont toutes les deux avec leurs corps, avec peu de mots, avec quelques images aussi. C’est quelque chose qui est difficile des fois à défendre, mais qui mérite d’être vu, entendu, écouté. [...]»

*Cri de mes racines [ndlr].

 Écoutez l'audio pour connaître la suite, sur "l'envie d'être surpris" !

Critique de Tous mes rêves partent de Gare d'Austerlitz, Caillasse, L'Attrape Dieux, Cri de mes racines

Patrice Élie-dit-Cosaque

 

> La lecture

Yna Boulangé, danseuse interprète de Cri de mes racines, a choisi de nous faire partager plusieurs poèmes de Joseph Zobel, "Ode", "Dans un jardin", "Ballade" et "Mon Vieux". Ces écrits du poète martiniquais éclairent l'offrande dansée d'Yna Boulangé et de Josiane Antourel à Haïti.

Voici le début de "Mon Vieux" :

"On ne se connaissait pas 

On ne s'était jamais vus

Ni vu ni connu du tout

On s'est rencontré

je ne sais par quel hasard

On s'est dit

tu

mon cher

mon vieux [...]"

 

Lecture de poèmes de Joseph Zobel

Yna Boulangé

 

⇒ Retrouvez Josiane Antourel et Yna Boulangé de Cri de mes racines en podcast sur notre site (émission Grand Large du 17 juillet 2019)

 

Cri de mes racines © Philippe Bourgade Cri de mes racines © Philippe Bourgade

 

 

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