Les effets pervers de la libéralisation de la carte scolaire

Dans le 4ème arrondissement de Paris, les élèves sont amenés à classer par ordre de préférence lorsqu'ils remplissent leur fiche de voeux 3 lycées qui se trouvent à 150 m de distance, et de fait, si l'un est toujours en tête, il recevra tous les meilleurs, le second tous les moyens et le 3ème tous ceux dont les résultats sont faibles.

Dans le 4ème arrondissement de Paris, les élèves sont amenés à classer par ordre de préférence lorsqu'ils remplissent leur fiche de voeux 3 lycées qui se trouvent à 150 m de distance, et de fait, si l'un est toujours en tête, il recevra tous les meilleurs, le second tous les moyens et le 3ème tous ceux dont les résultats sont faibles. Les enseignants des trois établissements ont tous les mêmes titres, la même ancienneté, grosso-modo la même pédagogie, les établissements les mêmes projets, et l'un des trois pourrait bien devenir un "lycée poubelle". Philippe Tournier intervenait hier à l'invitation de l'OZP, l'observatoire des zones d'éducation prioritaire. Secrétaire général du principal syndicat de chefs d'établissement, il n'est pas allé jusqu'à utiliser ces termes-là, mais il a donné un autre exemple, celui de son lycée, souvent classé en tête, et qui n'a plus que les très bons élèves de la partie ouest du Val-de-Marne, et les élèves du secteur, dont quelques uns sont en difficulté. Résultat, des classes avec des élèves à 6/20 et d'autres au-delà de 15, plus d'élèves moyens... Inutile de dire que ceux qui ont 6 n'ont aucun espoir de rattraper les autres. Il donne encore un autre exemple des effets pervers de la libéralisation de la carte scolaire. Une petite ville compte trois collèges. Celui du centre mise sur l'excellence. Celui de la périphérie a choisi l'éducatif, l'épanouissement des élèves, et s'en sort bien. L'établissement intermédiaire, qui n'a pas d'autre projet que de "courir derrière" celui qui accueille les enfants des notables, a perdu d'avance!

Son syndicat ne milite pourtant pas pour un retour à la sectorisation. Les situations créées sont à peu près irréversibles. De plus, comment dire à l'un des rares très bons élèves venus d'une banlieue difficile dans un lycée coté qu'il faut qu'il retourne de là où il vient ? Dès lors, quels systèmes imaginer pour minimiser les effets de la libéralisation de la carte scolaire ? Il n'y a sûrement pas de recette générale, à appliquer uniformément dans tout le pays, mais localement, par bassins, à trouver des solutions, par exemple des établissements multi-sites, ou des quotas non pas sociaux, mais de niveaux scolaires... Encore faudrait-il qu'une administration territoriale de l'Education nationale soit capable de les mettre en place... 

Une information donnée par ToutEduc.

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