Mandat d'arrêt international émis contre Nethanyahu : il était temps !
Un mandat d’arrêt international a été émis publiquement par la CPI contre le premier ministre isréalien Benjamin Netanyahu, contre son ministre de la défense Yoav Galant, ainsi que contre Mohamed Deïf, commandant des brigades Al-Qassam porté disparu.
Le gouvernement israélien a immédiatement répliqué en accusant la CPI d’antisémitisme, le premier ministre allant jusqu’à comparer son cas à celui du capitaine Dreyfus, salissant encore une fois notre histoire.
Les principales figures de l’opposition israélienne ont presque unanimement condamné cette décision, de Yair Lapid (Yesh Atid), qui estime que « ces mandats d'arrêt sont une récompense pour le terrorisme », à Benny Gantz (Unité nationale), Avigdor Liberman (Israël Beytenou), ou encore Yair Golan, président du Parti Travailliste (centre-gauche). Dans le cadre d'une société aussi militarisée que la société israélienne, la complicité dépasse en effet largement les clivages politiques institutionnels.
Parmi les député•es de la Knesset, seul•es celleux de la coalition de gauche Hadash-Ta’al (4 député•es) soutiennent la décision de la CPI.
Les Etats-Unis l’ont pour leur part immédiatement contesté, rapidement suivis par d'autres Etats parmi les 124 pays ayant ratifié le traité de Rome.
Sans surprise, la Hongrie défie la Cour et invite le premier ministre israélien sur son sol, alors que l’Allemagne a immédiatement annoncé son refus d’appliquer la décision avant de se rétracter, sans avoir pour autant exprimé de ligne claire.
Côté français, l’intervention du Quai d'Orsay dans les négociations de cessez-le-feu entre le Hezbollah et Israël aurait été conditionnée à un refus de coopérer avec la CPI.
La justice pénale internationale a ses limites, et son application demeure très relative. Elle est constamment bafouée à l’échelle mondiale depuis sa création, comme en témoignent encore récemment la situation au Soudan, en Syrie, en Ukraine, ou encore celle des Arménien•nes du Haut-Karabagh, des Ouïgour•es en Chine ou des Rohingyas au Myanmar.
De plus, les membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU semblent bénéficier d’une certaine passivité, voire même d’une franche impunité. Par exemple, les complices français du génocide rwandais auraient dû comparaître devant les tribunaux, de même pour la destruction de la Libye que la France et l’Angleterre ont sciemment anéantie, les responsables russes du groupe Wagner ou encore les Etats-Unis pour la totalité de leur politique étrangère.
A ce titre, rappelons que sur les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité, deux sont signataires du traité de Rome sans l’avoir ratifié (Etats-Unis et Russie) et que la Chine ne l’a jamais signé.
La CPI compose donc avec ses moyens. Dans le contexte actuel, son personnel a subi de très fortes pressions, allant parfois jusqu’aux menaces de mort.
Aussi imparfaite et sélective qu’elle puisse être, la justice internationale constitue cependant un levier d’action et une boussole morale, à travers les messages que ses instances délivrent.
Cet apport n’est pas négligeable, en particulier alors qu’un génocide est en train d’être perpétré. Sa délégitimation pure et simple, en particulier dans ce contexte, constituerait un précédent dangereux pour sa crédibilité.
Si la justice punitive à l'égard d’individus dans un système global ne suffit pas, elle a son intérêt notamment pour établir leur part de responsabilité dans un processus de déshumanisation et de destruction de masse.
La CPI a le pouvoir d’anonymiser et de rendre secrète certaines de ses procédures afin de faciliter les arrestations. La menace de requalification de crimes de guerre en crimes de génocide ou en crimes contre l'humanité peut également constituer un moyen de pression juridique. L’Etat israélien, son armée et une partie de sa population devront tôt ou tard rendre des comptes, de même que leurs soutiens.
Parmi celleux-ci se pose notamment le cas de plus de 4000 soldat•es franco-israélien•nes, qui ont pour certain•nes fièrement exhibé leurs exactions sur les réseaux sociaux (violences, actes de torture, etc.), et sont par conséquent facilement identifiables. La complicité génocidaire concerne aussi en France une grande partie des éditorialistes, des représentant•es politiques, ainsi que certaines entreprises présentes sur place ou fournissant des armes et des composants à Israël.
Maintenant que la procédure est enclenchée, un travail d’investigation approfondie doit être mené pour que justice soit faite. Il en va de la survie même de la justice internationale, comme du peu de crédibilité qui pourrait encore subsister des prétentions de l’Occident à respecter les droits humains les plus élémentaires.