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Billet de blog 11 octobre 2024

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La communion des larmes n’a pas eu lieu

Au lendemain des multiples et unanimes commémorations des victimes israéliennes du 7 octobre 2023, Tsedek! lance la publication d'une série d'articles consacrée à la question. Ou pourquoi il nous est impossible de “pleurer ensemble”…

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Ce lundi 7 octobre 2024 se sont enchaînées les commémorations pour les victimes israéliennes de l’attaque dirigée par le Hamas survenue un an auparavant. L’occasion pour la machine médiatique de leur rendre hommage en déployant un puissant arsenal émotionnel et politique : Tour Eiffel éteinte, duplex BFMTV depuis Tel Aviv, photos et vidéos des otages, discours de Michel Barnier à la cérémonie du CRIF et ruban jaune sur la veste d’Arthur. Dans ce cadre, le soutien officiel à l’État d’Israël et son droit à se défendre sont partout réaffirmés.

À ce moment-là, on peut pleurer mais on ne peut décemment pas pleurer ensemble”. Cette phrase que Louisa Yousfi écrit dans son essai Rester barbare trouve alors un nouvel écho dans nos esprits. Car ici, pleurer ensemble reviendrait à accepter une lecture raciste du 7 octobre, celle d’un combat du bien contre le mal, de la civilisation contre la barbarie. Une lecture qui fait des victimes israéliennes les seules victimes, les seules dignes de notre attention et de nos hommages. Et qui fait de ces victimes les victimes d’un “pogrom”, du “pire massacre antisémite depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale”, “parce que juives”. Nous ne pouvons pas pleurer décemment ensemble car cet ensemble invisibilise les Palestinien·nes historiquement colonisé·es, réprimé·es et aujourd’hui victimes de génocide. Cet ensemble érige la peine en valeur absolue dans une abstraction anhistorique. Il entretient la sidération et la sidération empêche de penser.

À Tsedek!, puisque nous luttons pour un processus de décolonisation qui répondra à un objectif de justice et d’égalité pour tous·tes, nous estimons impossible de pleurer les victimes du 7 octobre sans les resituer dans le contexte plus global de la colonisation israélienne et de la résistance des colonisé·es palestinien·nes. Nous pleurons mais notre peine ne se suffit pas à elle-même. Elle ne se substitue pas à l’analyse mais la rend d’autant plus urgente, alors que le génocide des Palestinien·nes de Gaza se poursuit, et que les massacres continuent en Cisjordanie et au Liban. 

Ce geste politique et le refus de nous rattacher au sentiment majoritaire des nôtres a contribué à nous marginaliser, que ce soit auprès de nos familles, nos ami·es ou notre communauté religieuse. C’est un fait, les Juif·ves antisionistes sont minoritaires en France. Le sionisme a colonisé les imaginaires juifs, au point que bon nombre d’entre eux ne peuvent imaginer une judéité qui s’en affranchisse, voire qui s’y oppose. Cet état de fait explique en partie pourquoi la communion des larmes est aujourd’hui impossible. 

À partir de demain et tout au long du mois, nous publierons une série de textes visant à explorer cette impossibilité, pour mieux la comprendre mais surtout pour pouvoir la défaire.

Ces quelques jours qui séparent Roch Hachana de Yom Kippour nous donnent l’occasion de l’affirmer avec clarté : pleurer ne suffit pas. Il faut maintenant réparer.

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