Rafah est une petite zone au sud de la bande de Gaza, à la frontière égyptienne, déjà surpeuplée (275 000 habitant·es) avant le lancement de l’opération génocidaire israélienne. Aujourd’hui, plus de la moitié de la population de Gaza, 1,5 millions de Palestinien·nes dont 610 000 enfants, y est réfugiée, fuyant les massacres que l’armée israélienne effectue depuis 4 mois. La plupart dorment dans des tentes, n’ont pas accès à l’eau potable, à la nourriture, à l’hygiène, aux soins, générant une crise sanitaire d’une ampleur inédite. La spécialiste mondiale de la santé, Yara Asi, décrit la situation comme “une catastrophe humanitaire grave créée par l'homme”.
L’armée israélienne a déjà tué plus de 30 000 personnes et blessé au moins 65 000 autres depuis le 7 octobre. Cette catastrophe, orchestrée par le siège israélien sur la bande de Gaza réduisant considérablement l’entrée de vivres, d’eau et de carburant, constitue un deuxième front de guerre qui tue des centaines de personnes chaque jour. Alex de Waal, historien spécialiste de la famine, déclare à propos des conditions de vie à Gaza : “Il n'y a aucun cas depuis la Seconde Guerre mondiale où une population entière a été réduite à une famine extrême et à la misère avec une telle rapidité.”
Cette catastrophe ne peut que s’aggraver avec l’invasion des forces israéliennes à Rafah. Les Palestinien·nes de Gaza n’ont nulle part où aller. Leurs maisons sont détruites, les mosquées, les églises, les écoles et les hôpitaux sont bombardés. Il n’y a pas d’endroits sûrs à Gaza.
Ce génocide est la continuation de la Nakba qui a débuté en 1948 avec l’expulsion de 750 000 Palestinien·nes et la destruction de plus de 500 villages. Le nettoyage ethnique de Gaza et ses horreurs sont diffusés en temps réel sur nos écrans et avec le silence complice, voire le soutien, de nos dirigeant·es. L'évacuation des réfugié·es nous est présentée comme une solution humanitaire qui viserait leur sécurité alors qu'elle est un prolongement de la violence et du nettoyage ethnique. Le silence des grands médias occidentaux est assourdissant et, lui aussi, complice.
Il n’est pas trop tard pour arrêter les forces israéliennes et prévenir les crimes de guerre qu’elles s’apprêtent à commettre à Rafah. L’armée israélienne a regagné la confiance de la population israélienne depuis l’opération qui a permis de libérer 2 otages israélo-argentins la semaine dernière, célébrée comme une opération à l'exécution “parfaite”. Elle a pourtant tué au moins 76 Palestinien·nes, dont de nombreux enfants. Depuis des décennies, la société israélienne s'est fascisée tandis que les Palestinien·nes sont toujours plus déshumanisé·es ; elle demeure insensible aux massacres à Gaza, lorsqu’elle ne les encourage pas directement. Cette déshumanisation traverse également la société française, et est relayée par des personnalités représentant la communauté juive dans l’espace public, qui se sont constituées en relais de la politique génocidaire israélienne à l’instar du président de la FSJU qui a déclaré sur son compte X “il n’y a pas de Gazaouis innocents”, ou du président du Crif qui établit une hiérarchie entre victimes israéliennes et palestiniennes. Ces déclarations exposent dangereusement les Juif·ves de France en les associant comme un seul corps à la rhétorique suprémaciste israélienne.
Il nous incombe à tous·tes, militant·es antiracistes comme du mouvement social dans son ensemble, de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour éviter la tragédie sanglante qui s’annonce à Rafah. Nos yeux doivent être rivés sur Rafah, et la pression maintenue et intensifiée pour que le génocide et l’impunité israélienne cesse. Nous appelons à poursuivre la mobilisation et à rejoindre la campagne BDS.